22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 11:23
Décryptage du dernier remaniement gouvernemental en Algérie.

Depuis l’indépendance du pays en juillet 1962, jamais le remaniement des équipes dirigeantes n’a rimé avec l’abandon de la moindre parcelle du pouvoir au peuple. À ce titre, le dernier en date ne déroge pas à la règle. Bien que le contexte puisse différer des précédents [ce remaniement ressemble beaucoup plus à un sursaut d’orgueil d’un boxeur ayant quasiment perdu le combat], il ne faudrait s’attendre à ce que le peuple algérien en tire un quelconque avantage. Car, il s’agit au mieux d’une nouvelle reconfiguration du pouvoir au sein du sérail et au pire d’un plan visant à brider davantage la société.

De toute évidence, les institutions sont façonnées de sorte que les chefs aient tous les pouvoirs. Et paradoxal que cela puisse paraître, les chefs inamovibles ne se font pas de mal entre eux. Ils cherchent avant tout à trouver l’homme susceptible de garantir la pérennité du système, assimilé d’ailleurs à tort à la stabilité de l’Algérie. Pour assurer le contrôle du pouvoir, il arrive que des clans se disputent les rôles. Étant d’accord sur la mise à l’écart du peuple, ils parviennent souvent à des compromis.

D’ailleurs, en l’état actuel des choses, et en dépit des changements intervenus au sein du DRS, rien ne prouve que le rôle des services secrets soit réduit. L’opacité est telle qu’il est difficile d’affirmer quoi que ce soit. Ce que l’on sait, en revanche, c’est qu’à chaque fois que le pouvoir est enrhumé, c’est le peuple algérien qui tousse. Mais pourquoi la presse algérienne s’est précipitée à évoquer la mise au placard des services secrets ? Ne le fait-elle pas pour discréditer le clan adverse. On peut penser ça, car elle nous a habitués, par le passé, à jouer des sales rôles.

Cela étant dit, comment doit-on décrypter tout ce remue-ménage ? Étant donné que les luttes de position au sein du régime ne servent l’Algérie, à travers ce énième grenouillage politique, le système dans son ensemble étale au grand jour sa mauvaise foi, dont le but sous-jacent serait de fausser les élections présidentielles d’avril 2014. La nomination de Tayeb Belaiz [une nomination que les constitutionnalistes qualifient d’anticonstitutionnelle] au ministère de l’Intérieur révèle l’affolement ce pouvoir à l’approche de chaque rendez-vous électoral. Peut-on imaginer, dans les pays organisés, qu’une nomination anticonstitutionnelle puisse se faire sans que le peuple ne descende dans la rue et réclame des comptes ?

Hélas, cette désaffection du peuple, pour des raisons que l’on ignore, la presse n’en fait pas un événement. En revanche, elle éprouve une délectation à fausser le débat en pariant sur la victoire de tel ou tel clan. « À force de se demander si Bouteflika va vers son quatrième mandat et si le général Toufik est d’accord ou non, …, on oublie de constater que le pays reste politiquement verrouillé… Que les débats essentiels sur l’avenir du pays, son économie et ses relations avec le monde sont évacués », écrit K. Selim, dans un article intitulé « un jeu de cache-cache sans les Algériens ».

Quoi qu’il en soit, dans un pays où la presse a pour cible les partis d’oppositions, dont le FFS demeure la bête noire, on ne s’étonne guère que les vrais enjeux soient tus. À sept mois des élections présidentielles, le constat amer qui se dégage est celui d’une Algérie abandonnée à un régime qui fait passer les intérêts individuels avant ceux de la nation. Car, un pouvoir émanant du peuple ne verrouille pas le champ politique. Au contraire, il œuvre autant que faire se peut à faire participer le peuple dans la gestion de ses affaires.

De la même manière, les institutions sont faites de sorte qu’aucun homme politique, prestigieux soit-il, ne soit pas providentiel. Et si un responsable occupe un poste, il devra rendre des comptes, car le pays débourse de l’argent pour que cette mission soit accomplie. Dans les pays qui se respectent, un président ou un chef des services secrets sont des simples citoyens vivant grâce au salaire payé par les contribuables. Partant, ils doivent rendre des comptes.

En Algérie, et c’est dans ce sens que les deux clans sont à mettre dans le même sac, à chaque rendez-vous électoral, on assiste à une lutte au sommet de l’État pour savoir qui va obtenir une part plus importante du gâteau. Quel spectacle désolant ! Quant au peuple algérien, de quelle unité peut-il se targuer quand ses rangs sont tout le temps dispersés ? Depuis 51 ans, il est incapable de proposer une alternative à ce régime. Et quand il a eu l’occasion de le faire, il s’est tourné vers le parti le plus extrémiste.

En somme, il va de soi que le sort du prochain rendez-vous est joué d’avance. Peu importe le clan qui aura réussi à avoir le dessus sur l’autre clan, le régime gardera la main. Encore une fois, les Algériens verront la reconduction du régime illégitime [puisqu’ils ne se sentent pas concernés par l’avenir de l’Algérie] pour une période de cinq langues années. Ne dit-on pas d’ailleurs que les peuples n’ont que les gouvernements qu’ils méritent. Le tout est de savoir si un jour il y aura un sursaut salvateur pour le pays. Il est fort possible que l’attente soit langue.

Ait Benali Boubekeur

14 septembre 2013 6 14 /09 /septembre /2013 09:27
Les atermoiements qui déboussolent la base militante.

Du 5 au 7 septembre 2013, le FFS a tenu son université d’été à Bejaia. Celle-ci intervient, comme le signale si bien le premier secrétaire, Ahmed Betatache, dans un contexte alambiqué. En effet, bien que la société en général adopte la politique de l’autruche [en cachant sa tête, elle croit que le danger la guettant disparait par la même occasion], l’état du pays –et c’est le moins que l’on puisse dire –est calamiteux. La multiplication des scandales financiers, le verrouillage du champ politique et les intimidations tous azimuts paralysent sérieusement le « fonctionnement normal » des institutions du pays. Pour empêcher la société de se prendre en charge, le régime fait en sorte de pérenniser cette situation. Aidé par ses relais, ce pouvoir a toujours su tirer son épingle du jeu.

Quoi qu’il en soit, malgré la faiblesse de l’opposition, phagocytée par le pouvoir, le FFS a toujours joué un rôle décisif. Ayant évolué dans un climat hostile depuis sa création, le parti fondé par Hocine Ait Ahmed n’a jamais courbé l’échine face à la pression des pouvoirs publics. Faisant du droit du peuple algérien de choisir librement ses représentants un principe tangible, Hocine Ait Ahmed a déployé, tout au long de son combat, toute son énergie pour que les rênes du pouvoir soient détenues par les Algériens. « Les Algériennes et les Algériens, notamment les jeunes, les femmes et les acteurs sociaux, doivent s’impliquer activement dans la construction d’une alternative démocratique et la recherche d’une issue pacifique à la crise multidimensionnelle qui ronge notre pays depuis l’indépendance », lit-on dans la déclaration de synthèse rédigée à l’issue des travaux de l’université d’été. Or, bien qu’on ne doute pas de la bonne foi des participants aux travaux de l’université d’été, le sujet qui préoccupe les Algériens en ce moment n’est pas traité en profondeur.

En effet, paradoxal que cela puisse paraitre, le sujet des élections présidentielles a été éludé. Quelle attitude doit alors adopter le militant face à l’absence de choix de la direction ? Dans mon long séjour au village, il se trouve que les discussions entre militants tournent autour de ce sujet. Bien que chacun de nous ait son propre avis, on aurait aimé que le parti se soit déjà prononcé sur la question. Du moins, on aurait aimé que le parti se positionne pour qu’on fasse de ce positionnement le nôtre. Hélas, le temps où le FFS adoptait des positions offensives semble appartenir à une autre ère. Cela étant dit, il se peut que la situation recommande plus de retenue. Mais, ce qu’on peut dire, c’est qu’au temps d’Ait Ahmed, il suffit qu’on ait son message entre les mains pour que le problème soit simplifié au maximum. Lors des élections de mai 2012, les militants avaient eu droit à une analyse détaillée dès le 18 mars 2011, complétée par l’interview du 4 juillet 2011, de la part du président Ait Ahmed.

Or, à sept mois des élections présidentielles, le militant du FFS navigue à vue. Bien que les arguments qui ont motivé notamment la participation du parti en 2012 soient repris par le premier secrétaire lors de son discours d’ouverture de l’université d’été, on n’ose pas aller au fond du raisonnement. « Je rappelle que notre participation aux élections législatives dernières visait à mettre le mouvement dans la situation de statu quo politique. Elle avait aussi pour but de faire face aux défis et aux dangers qui nous menaçaient », argue-t-il. Est-ce que les éléments qui ont motivé le parti à prendre part à ces élections sont toujours d’actualité ? La réponse est oui. On peut même dire que la situation s’est empirée. Donc, si les dangers sont toujours là, il faudra agir en conséquence. Sauf si l’enjeu des élections n’est pas le même. Ainsi, si le régime décide d’exclure le peuple algérien de la prochaine joute électorale [en 2012, le peuple algérien s’est exclu lui-même], il faudra dénoncer ce jeu criminel. Dans tous les cas, la position du FFS doit être claire. Et si le militant du FFS est exigeant, c’est parce qu’on a été habitué à la franchise et à la clarté du temps où Ait Ahmed dirigeait le parti. De toute façon, quelle que soit la position du parti, la base a toujours respecté le choix. Il suffit juste de l’argumenter honnêtement. Enfin, le FFS ne devrait avoir aucun reproche à se faire si le régime ne jouait pas le jeu de la démocratie.

Ait Benali Boubekeur

2 septembre 2013 1 02 /09 /septembre /2013 13:22
Comment le FFS affrontera le prochain rendez-vous électoral sans Hocine Ait Ahmed ?

La célébration du 50eme anniversaire de la naissance du FFS survient cette année dans un contexte politique difficile. En effet, cette commémoration va intervenir à quelques mois seulement des élections présidentielles, prévues –si le régime s’en tient au calendrier –en avril 2014. Dans pareil rendez-vous –et qu’il en déplaise aux adversaires du FFS –, la position du FFS a toujours été capitale. Habitué à gérer de tels événements, il ne va pas déroger à la règle. Qu’on ne s’y méprenne pas non plus : l’affaire du changement n’est pas celle d’un seul parti.

D’une façon générale, l’opposition algérienne [surement pas celle qui vient au secours du régime à la moindre difficulté] peut-elle constituer un pôle capable de bousculer le régime ? Dans ce cas, quel rôle jouera le FFS à l’occasion de ce rendez-vous déterminant pour l’Algérie ? Bien qu’il ne subsiste pas doute sur la détermination du parti à jouer un rôle capital, la base est tout de même impatiente de connaitre sa position. En plus, les éléments qui ont motivé la participation du parti en 2012 sont toujours d’actualité. La différence réside peut-être dans l’enjeu de la joute. En effet, si le régime peut concéder la défaite aux élections législatives, il n’en est pas de même des élections présidentielles.

Faut-il pour autant négliger à ce rendez-vous ? La réponse est évidemment non. L’opposition doit au contraire s’investir davantage. L’échec de l’Algérie est aussi le sien. Par ailleurs, bien qu’on puisse reprocher au régime la mainmise sur la vie politique, l’opposition ne s’est pas acquittée convenablement de sa mission. « En dépit de toutes les crises qui se succèdent, se chevauchent et secouent le pouvoir, l’opposition peine à reprendre l’initiative politique », écrit Hocine Ait Ahmed dans un message de mars 2010. Et ce ne sont pas les résultats des élections législatives de mai 2012 qui contrediront cette allégation. En effet, il a suffi au régime de mobiliser sa clientèle pour qu’il gagne sans difficulté ces élections. Bien que le FFS ait déployé toute son énergie sur le terrain, le taux d’abstention a été tel que le régime s’est succédé à lui-même.

Cependant, malgré le verrouillage derechef du champ politique après l’installation de l’Assemblée nationale [les pouvoirs publics refusent tout débat sur la succession au chef de l’État, Abdelaziz Bouteflika], le militant du FFS ne doit pas renoncer au combat. Dans les différents débats entre militants dans les villages les plus reculés d’Algérie, le rôle du FFS revient avec acuité. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ces attentes sont légitimes. « Nous avons besoin d’évaluer rigoureusement les capacités d’interventions de notre parti, tant au plan national qu’international pour tracer les chemins de changement », exhorte le chef charismatique du FFS, dans le message de mars 2010, les responsables du parti à se poser les bonnes questions.

Pour lui, ce changement ne peut intervenir que grâce à la mobilisation pacifique des Algériens. Surtout, qu’on n’attende pas les Occidentaux nous venir en aide. Ceux-ci n’ont rien à serrer de la souffrance des peuples dominés. À vrai dire, il n’y a que les profits qui les intéressent. Pour Hocine Ait Ahmed, « les puissances en mesure d’influer ou d’influencer les régimes autoritaires observent une attitude floue et donne une impression de valse-hésitation. » En effet, bien qu’ils claironnent leur attachement aux valeurs universelles –celles-ci sont respectées à l’intérieur de leurs frontières –, les interventions en Irak, en Afghanistan, en Libye n’ont apporté que des malheurs. Quand aux régimes qui coopèrent, comme c’est le cas de l’Algérie, les puissances occidentales font tout leur possible pour que les dirigeants inamovibles restent en place.

Toutefois, depuis la chute certaines dictatures en 2011 –celle de l’Égypte a mis fin au processus démocratique en juillet dernier –, l’Algérie ne peut pas rester à l’écart. Cela dit, la décennie noire a vacciné le peuple algérien contre toute précipitation. En tout cas, des expériences précédentes, on déduit que les régimes dictatoriaux sont imbattables sur terrain de la violence. Du coup, pour parvenir au changement, à chaque rendez-vous électoral, il faudrait que ce régime soit mis en minorité. Dans ce cas de figure, ou bien le régime accepte le verdict des urnes [dans ce cas, le but est atteint], ou bien il va recourir à la violence en perpétrant un coup d’État [et son image recevra un coup à l’étranger].

Enfin, pour arriver à ce stade, l’opposition doit faire preuve de réalisme. Se remettre en question pour pouvoir avancer n’est pas une offense à soi-même. Au contraire, cela l’aidera à pallier ses carences. Dans une série d’interrogations, Hocine Ait Ahmed soulève les problématiques essentielles, et ce, après avoir souligné les capacités du parti à constituer une alternative politique et sociale : « 1- Mais quelle est l’efficience de notre parti ? 2- De quelle capacité d’intervention disposons-nous dans la société et dans les institutions ? 3- Au-delà des utopies mobilisatrices et de la radicalité de nos positions, avons-nous réussi à faire barrage à la restauration de la dictature ? » Les messages de Hocine Ait Ahmed étant d’actualité, il faudrait que la nouvelle direction du parti s’en inspire. En un mot, le parti ne doit pas éluder aucune question ni négliger aucune piste.

Ainsi, bien que le régime soit responsable, en grande partie bien sûr, de la crise politique que vit le pays, la responsabilité –et c’est le moins que l’on puisse dire –est partagée. De la même manière, la désaffection du peuple algérien, à chaque rendez-vous électoral, ne peut-être passée sous silence. Car, il est indubitablement à l’origine du la pérennisation du régime. D’ailleurs, à sept mois des élections présidentielles, l’absence d’engouement de sa part suscite beaucoup d’inquiétude. Attend-il un Messie ? Si tel est le cas, il faudra qu’il se ravise. En outre, dans l’intérêt du pays en général et des générations futures en particulier, le peuple algérien n’a plus désormais le droit à l’erreur. En d’autres termes, l’avenir du pays est si important qu’il doit se mobiliser pour soustraire le pays entre les mains du régime qu’il l’a cloué au sol.

Hélas, c’est dans ce sens que le discours de l’opposition n’est pas assez audible. « Se préserver, survivre pour survivre n’est pas l’ambition de notre parti ; ce n’est pas une option viable », une logique qui a prévalu du temps où Hocine Ait Ahmed était aux commandes. En tout cas, à défaut de prendre une option offensive, l’avenir du parti n’est pas dans l’attente d’une solution qui pourrait venir de ce régime. Enfin, en dépit de l’immense tache qui attend le peuple algérien, si la mobilisation est au rendez-vous, ce régime ne pourra jamais s’imposer indéfiniment à la volonté générale.

Ait Benali Boubekeur

5 août 2013 1 05 /08 /août /2013 09:03
Compte rendu de la rencontre fédérale du 03 aout 2013.

Dans le but de mettre en œuvre les résolutions du 5eme congrès du FFS, la fédération de Tizi Ouzou a organisé, avant-hier, une rencontre avec des élus, locaux et nationaux, à la maison de la culture « Mouloud Mammeri ». Bien que les conditions de travail soient difficiles en ce mois sacré, la vie du parti, selon Farid Bouaziz, l’organisateur de la rencontre, nous incite à nous surpasser.

Cependant, avant de rentrer dans le vif du sujet, le fédéral invite l’assistance à observer une minute de silence à la mémoire des militants qui nous ont quittés au cours du mois de ramadan. Il s’agit entre autres d’Ahmed Ait Ahmed, Si Larbi Mohamed, Ait Lounis Akli, tous trois anciens de 1963, et Mourad Kacer.

Dans un exposé d’une vingtaine de minutes, le fédéral annonce d’emblée le plan d’action de l’instance qu’il dirige. De toute évidence, après la tenue du 5eme congrès, où la fédération de Tizi Ouzou a accompli un travail remarquable, il est temps de mettre les bouchées doubles. Du coup, après une halte de deux mois [des membres de l’instance fédérale, dont son premier responsable, sont impliqués dans l’élaboration du règlement intérieur du parti], la fédération de Tizi Ouzou est désormais prête à réinvestir le terrain. En tout état de cause, « le plan d’action de la fédération s’inspire des résolutions du 5eme congrès du FFS », argue le fédéral.

Par ailleurs, à l’approche du cinquantième anniversaire de la fondation du FFS, la fédération de Tizi Ouzou sera à la hauteur de l’événement. Pour ce faire, le fédéral propose la mise en place d’un « comité de pilotage des festivités du cinquantième anniversaire de la fondation du FFS. » Bien que le programme ne soit pas encore arrêté, la célébration, selon le fédéral, devra être grandiose. En tout cas, « le programme du 50eme anniversaire s’étalera sur une année », suggère-t-il. Cela dit, pour ne pas griller les étapes, c’est au comité de pilotage qu’incombe la tache de préparer ledit programme. Parmi les activités envisageables, on peut retenir : 1) Organisation des conférences-débats, 2) Recueil de témoignages des anciens, 3) meeting national le 29 septembre 2013.

Cependant, avant de développer le deuxième point du plan de la fédération, inhérent à juste titre au lancement du « forum des élus », Farid Bouaziz ouvre une petite parenthèse sur le sens du consensus national, le slogan du FFS lors du congrès de mai dernier. Pour lui, le changement n’est pas l’affaire de la direction du parti. Le militant doit s’engager pleinement sur le terrain. En outre, en dépit du flou entourant la prochaine élection présidentielle, le militant du FFS doit être mobilisé sur le terrain, et ce, quelle que soit la décision du parti.

Pour revenir à l’ordre du jour, force est de reconnaitre que le fédéral accorde une grande importance au sujet du « forum des élus ». Ainsi, après huit mois des élections locales, la fédération de Tizi Ouzou songe au suivi des élus. Concrètement, cela consiste à éviter le scénario de la précédente mandature. Pour rappel, entre 2007 et 2012, le FFS a perdu un nombre important de ses élus.

Actuellement, bien que globalement la situation soit gérable, dans quelques localités, ça se passe cahin-caha. Pour remédier à ces lacunes, « pendant ce mandat, on doit s’approcher des élus », estime le fédéral. Pour lui, cela va se matérialiser par la création du forum des élus. Ce dernier aura assurément un double impact. D’un côté, il permettra le contact avec les élus et, de l’autre côté, il contribuera à la redynamisation des sections. Grosso modo, « il sera un outil de mise en œuvre des résolutions du cinquième congrès du parti et le renforcement du consensus au sein de la fédération de Tizi Ouzou », tranche-t-il.

Comment se dérouleront les travaux du forum ? La wilaya de Tizi Ouzou est scindée en six zones. « Chaque zone verra l’organisation de trois rencontres sur : 1) état des lieux, 2) relation élus-administration, 3) propositions et perspectives de développement », prpose-t-il. À la fin de ces journées de formation, une rencontre, sous l’égide de la fédération, de tous les élus de la wilaya de Tizi Ouzou se tiendra en vue de dégager une synthèse.

Quant au dernier point de l’ordre du jour, le fédéral annonce la liste du nouveau secrétariat fédéral. En effet, la mission du précédent étant achevée, le fédéral, conformément aux statuts du parti, en propose une nouvelle équipe. Composée de militantes et de militants très impliqués, celle-ci a pour mission de mettre en œuvre les résolutions du 5eme congrès du FFS. Pour parvenir à ses fins, la mission du nouveau secrétariat consistera à se rapprocher, autant que faire se peut, des jeunes, des femmes et des syndicats.

Enfin, après la présentation du plan d’action de la fédération, l’assistance est invitée à en débattre. Globalement, le plan est approuvé par la majorité. Toutefois, certains intervenants ont préféré parler d’autres sujets aussi importants que le plan d’action déjà évoqué. En fait, la scène politique nationale est tellement effervescente pour ne pas la passer sous silence. Finalement, la rencontre fédérale s’est terminée dans un climat fraternel, une devise chère au FFS.

Ait Benali Boubekeur

1 août 2013 4 01 /08 /août /2013 13:07
À propos des dernières révélations d’Ahmed Taleb Ibrahimi.

Décidément, la décennie noire n’a pas livré tous ses secrets. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que chaque révélation sur l’interruption du processus électoral de janvier 1992 conforte le camp des légalistes. Dans une série d’interviews à la chaine qatarie « El Jazeera », Ahmed Taleb Ibrahimi met à nu les grenouillages des « janviéristes ». Bien que certaines révélations laissent le téléspectateur perplexe, il n’en reste pas moins que ses allégations ne sont pas en contradiction avec la version communément admise. Ainsi, malgré son appartenance au courant islamiste, force est de reconnaitre qu’il tient ses informations du fait de son appartenance aux différents régimes postindépendance.

D’une façon générale, si ses allégations étaient vraies, on pourrait identifier définitivement les seuls responsables de la tragédie algérienne. Le fait que le responsable du FIS de l’époque, Abdelkader Hachani, ait renoncé à tous les sièges, que son parti aurait pu gagner sans ambages au second tour, est la preuve que les tenants de la ligne dure ne cherchaient pas à éviter la confrontation. À en croire Ahmed Taleb Ibrahimi, les dirigeants du FIS étaient prêts à céder les sièges en ballotage au FLN. Dans ce cas, le FIS se serait contenté d’une majorité simple. En plus, d’après le président du Wafa, les islamistes ne tenaient même pas à diriger le gouvernement. Selon lui, ils voulaient proposer cette mission à Hocine Ait Ahmed.

Cependant, ce dernier point mérite qu’on s’y attarde un tout petit peu. Car, un homme qui renvoie dos à dos les partisans de l’État intégriste et ceux de l’État policier, peut-il accepter de servir l’un de ces courants ? D’ailleurs, ce qu’Ahmed Taleb Ibrahimi ne dit pas, c’est que la proposition n’est pas parvenue à Hocine Ait Ahmed. Ce que l’on sait dans cette affaire, c’est que chaque camp compte sur Ait Ahmed pour légitimer son pouvoir. En fait, lorsque le président du FFS, accompagné d’une délégation de son parti, a rencontré Khaled Nezzar, celui-ci lui a proposé à peu près les mêmes responsabilités. Or, Hocine Ait Ahmed –bien qu’il puisse aider son pays par tous les moyens –n’aurait pas accepté un mandat, si ce dernier ne lui avait pas été confié par le peuple. Dans toutes les démocraties du monde, un chef de gouvernement est sensé mettre en œuvre le programme pour lequel sa majorité a été élue. À moins que le pays coure un danger de dislocation, on voit mal Hocine Ait Ahmed diriger un gouvernement à majorité islamiste.

En revanche, si le processus démocratique n’avait pas été stoppé, le président du FFS aurait joué pleinement son rôle. Pour étayer cette thèse, on peut évoquer son expérience en tant que député à l’Assemblée nationale constituante (ANC) en 1962 et en 1963. À ce propos, son implication et ses interventions furent les plus marquantes dans l’histoire de cette assemblée. Hélas, les détenteurs du pouvoir réel n’ont pas donné la moindre chance à la poursuite du processus démocratique. En mettant le chef de l’État en 1989 devant le fait accompli à l’occasion de l’octroi de l’agrément au FIS [pour plus d’information, il faudra parcourir les mémoires de Chadli Bendjedid], les hommes de l’ombre ont privé le FIS de sa victoire et éjecté, par la même occasion, Chadli Bendjedid de son poste.

En guise de conclusion, il va de soi que les révélations d’Ahmed Taleb Ibrahimi accablent les « janviéristes ». Bien qu’ils soient sévères, pour le commun des mortels, elles ne reprennent que ce que tout le monde sait. En effet, il n’y a qu’à voir la manière dont est gérée la période post coup d’État pour qu’on ait une idée sur le refus des vrais décideurs de céder les rênes du pouvoir. Cela dit, il n’est pas exclu que le président du Wafa ait agi par esprit de vengeance. Il est un secret de polichinelle que les règlements de compte en Algérie sont l’exercice le plus prisé. Du coup, bien que ces informations soient pertinentes, toujours est-il, il faudrait les manier avec des pincettes.

Ait Benali Boubekeur

31 juillet 2013 3 31 /07 /juillet /2013 09:41
Égypte : quand la rue se substitue à la légitimité des urnes.

Ces derniers jours, la violence en Égypte prend des proportions alarmantes. Pour l’instant, ce sont les partisans de Morsi, le président déchu, qui morflent. Et si les militaires décident de mettre à exécution leurs menaces, les dégâts seront encore plus importants. Ainsi, bien que la rue s’en tienne au combat pacifique, force est de reconnaitre que l’armée égyptienne s’ingénie à déplacer le combat vers le terrain des affrontements. Cette situation commence en effet à s’empirer depuis l’appel du général Al Sissi à des manifestations de rue en vue d’étouffer la voix de ceux qui réclament le retour à la légalité. « J’appelle tous les Égyptiens honnêtes à descendre dans la rue vendredi [26 juillet 2013] pour me donner mandat pour en finir avec la violence et le terrorisme », interpelle-t-il ses partisans.

Dans cette déclaration, on constate que le général Al Sissi, à travers son appel, scinde les Égyptiens en deux catégories : les honnêtes et les terroristes. En qualifiant les pro-Morsi de terroristes, le général se donne bonne conscience en anticipant d’éventuels dérapages. Quant au mandat que « les honnêtes » vont lui donner, il va de soi que cette voie n’est ni légale ni démocratique. Bien que le coup d’État du 3 juillet soit maquillé en « acte II » de la révolution, les militaires, avec la complicité de la gauche molle, a déjà mis en sourdine le processus démocratique. Pour rappel, celui-ci est survenu au forceps après les événements du 25 janvier 2011. Dans l’esprit des Égyptiens, le règne autoritaire n’était qu’un mauvais souvenir. En portant au pouvoir le président civil, Mohamed Morsi, l’Égypte a rompu avec la dictature militaire.

Toutefois, malgré la légitimité des urnes, les vrais décideurs n’ont pas voulu céder les rênes du pouvoir. Dans une interview à El Watan, Alain Gresh rappelle l’emprise de l’armée sur le processus démocratique. « Il faut garder à l’esprit le rôle du Conseil suprême des forces armées dirigées par le maréchal Tantaoui durant la période post Moubarak. C’est lui qui a fixé les conditions de la transition ainsi que sa gestion avec la terrible répression et son lot d’arrestations et de torture des activistes que ces derniers semblent oublier maintenant. La gestion de l’armée a été catastrophique », explique-t-il.

Quoi qu’il en soit, bien que les règles soient fixées par le commandement militaire, le peuple égyptien a sanctionné sévèrement, dans les urnes, les dirigeants de la période de transition allant de février 2011 à juin 2012. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le résultat de l’élection présidentielle de juin 2012 étaie, si besoin est, la volonté du peuple égyptien de tourner la page de 60 ans de règne militaire. Cela dit, le pouvoir réel a-t-il accepté sa défaite ? Bien qu’il ait accepté le verdict des urnes, dans la réalité, le pouvoir militaire guettait la moindre occasion pour revenir aux Affaires. Profitant de l’incompétence des Frères musulmans de gérer le pays, une fois ceux-ci sont confrontés à la réalité du pouvoir, les militaires manœuvraient, depuis des mois, en sous-main pour reprendre le pouvoir. Avec quelle manière ? « L’armée s’efforce de déplacer la confrontation avec les Frères musulmans sur le terrain sécuritaire parce qu’elle sait très bien qu’elle aurait du mal à gagner sur le terrain électoral », estime François Burgat, le grand spécialiste du monde arabe.

En tout cas, à défaut de bénéficier d’un mandat électoral, le général Al Sissi se contente d’un bain de foule, assimilé, selon lui, à un mandat électoral. Or, sur le terrain, les places publiques sont déjà occupées par les pro-Morsi, au lendemain du coup d’État, réclamant le retour à la légalité. Dans ces conditions, l’affrontement, entre les partisans et les adversaires de Morsi, est inéluctable. Ainsi, le vendredi 26 juillet 2013, plus de 100 morts sont enregistrées dans les rangs des Frères musulmans. « Mais malgré l’atmosphère inquiétante et les morts, les pro-Morsi se disaient déterminés à rester, en dépit de la répression de l’armée », écrit la correspondante d’El Watan au Caire.

En somme, il va de soi que l’armée va tout faire pour éteindre la voix des légalistes. Et si la répression devenait intenable, les radicaux risqueraient de passer, eux-aussi, à l’action. Ce qui risque de compromettre davantage l’avenir de l’Égypte. Pour le moment, les Frères musulmans agissent intelligemment. Selon Ahmed Arif, le porte-parole des Frères musulmans, leur mouvement ne s’attaquera à aucune institution. Pour prouver sa bonne foi, il invite les télévisions du monde entier à venir en Égypte couvrir leurs manifestations. De leur côté, les putschistes sont-ils prêts à gérer cette période dans la transparence ? Le coup d’État est en soi un acte de violence. Par conséquent, l’avenir démocratique de l’Égypte ne peut être sauvé que par les légalistes, à condition qu’ils ne rentrent pas dans le jeu des putschistes.

Ait Benali Boubekeur

28 juillet 2013 7 28 /07 /juillet /2013 14:12
Hommage à Mourad Kacer.

Il y a une semaine, le FFS a perdu une de ses voix de sagesse. Indéniablement, celle de Mourad Kacer va être associée à la longue liste des militants qui ont voué leur vie pour le combat démocratique. Cela dit, bien qu’il rejoigne des militants de valeurs, à l’instar de Rabah Aissat et autres, sa disparition à fleurs d’âge en rajoute un peu à la douleur. En tout cas, que ce soit au sein de sa famille politique, le FFS, ou chez les militants de la cause démocratique, sa perte est ressentie comme une onde de choc. Cette reconnaissance est un juste retour à son engagement. Car, le guerrier de la cause démocratique n’a jamais lésiné, de son vivant, sur les efforts. Dès son jeune âge, il s’est engagé en politique. Très vite, il s’est forgé une réputation de militant infatigable.

Dans les années 1990 et 2000, Mourad Kacer jouissait d’une réputation incommensurable à la fac de Tizi Ouzou. Il n’y avait pas à l’époque un étudiant qui ne connaisse pas son nom. Déployant des efforts sans vergogne, Mourad et quelques camarades ont fait de la section estudiantine « Ali Mecili » une véritable rampe de lancement du parti. Naturellement, sa compétence l’a propulsé à des hautes responsabilités au sein du parti. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Mourad s’est acquitté avec brio de sa mission. Pour rappel, au début des années 2000, la mission consistait à éviter la dislocation de la Kabylie. Ce qui n’était pas une mince affaire.

Toutefois, bien que le but de cette note ne vise pas à remuer le coteau dans la plaie, ce n’est pas non plus une occasion de trop de rappeler que le mouvement des Arrouch –un mouvement qui a détourné la colère saine des jeunes de la région –surfait sur la vague du fascisme. Bien que quelques militants de base soient désabusés par un discours où l’exploitation du sang a été mêlée aux calculs machiavéliques des faux représentants de la région, les esprits vaillants étaient là pour déjouer le complot. Mourad Kacer a été, à cette occasion, en première ligne. Pour fermer cette parenthèse, il va de soi que le temps a donné raison à la ligne politique défendue par Mourad. Et surtout, il a contribué amplement à réduire l’influence de ce courant extrémiste.

En tout état de cause, malgré son départ aux États-Unis, cet infatigable militant n’a pas renoncé au combat. Bien que le sort se soit acharné contre lui ces dernières années, il a milité jusqu’à l’ultime round. Je pense notamment à la campagne pour les élections locales de novembre 2012. En tout cas, si je dois retenir une chose de Mourad [on a activé à des degrés différents : je suis un militant de base et lui un responsable compétent], ce sera indubitablement sa simplicité. Je retiens de Mourad son aisance à expliquer simplement les choses au militant, et ce, quel que soit son niveau. Au du moins, il disait avec des mots simples ce qu’on avait du mal à formuler.

Grâce à l’avènement des réseaux sociaux, les échanges avec lui furent à chaque fois une occasion d’apprendre quelque chose. En tout cas, il a toujours répondu aux sollicitations. Après l’éclosion des printemps nord-africains, il a tout de suite mis son expérience au service de la cause du changement. De New York où il résidait en 2011, il a publié une contribution décrivant les dérives dictatoriales en Afrique en général et en Algérie en particulier. Pour lui, le contact de ces sociétés avec les puissances occidentales n’a pas permis l’instauration de la démocratie. Et pour cause ! La colonisation –un système sur lequel les Occidentaux ont voulu transmettre les valeurs universelles a été porté par des incultes –avait fait régresser les pays occupés. Après la libération de ce système ténébreux, des hommes qui pensaient comme les colons leur ont succédé. Résultat des courses : la justice sociale, les libertés et le droit de choisir librement ses représentants sont renvoyés aux calendes grecques.

Quoi qu’il en soit, malgré ces vicissitudes, les idéaux et les aspirations, selon Mourad Kacer, sont restés vivaces. « Ils se sont transmis comme une mémoire commune, d’une génération à une autre au sein de ces peuples opprimés et spoliés de leurs libertés par l’installation aux commandes de leurs Affaires de véritables gouvernements vassaux qui, au fil des temps et des renoncements, se sont avérés être de véritables reliquats, et même pire que les régimes coloniaux », argue-t-il. Ainsi, pendant plusieurs décennies –ça perdure encore –, les Occidentaux ont encouragé ces systèmes en vue d’assouvir leurs intérêts mercantilistes, et ce, au détriment des peuples aspirant à la liberté.

Dans le cas algérien, après l’éclatement des révolutions, on n’est pas obligés, écrit Mourad Kacer, de faire un parallèle avec les pays voisins pour envisager la solution à la crise algérienne. En un mot, chaque pays a ses spécificités. Pour notre cas, Mourad Kacer a proposé trois mesures. En premier lieu, il s’agissait de rétablir les libertés. Ensuite, il fallait organiser des élections libres pour « une assemblée constituante ». Enfin, il fallait procéder à la séparation des pouvoirs et surtout la définition du rôle de l’armée.

En guise de conclusion, il va de soi que si l’Algérie veut sortir de la crise, elle devra mettre en œuvre ces trois mesures. Hélas, comme en 1962, le régime algérien ne pense qu’à la pérennité du système. La rente pétrolière est utilisée pour que le régime allonge sa durée de vie. Entre temps, l’Algérie se retrouve à la croisée des chemins. D’ailleurs, à huit mois des élections présidentielles, les Algériens naviguent à vue. Faut-il pour autant renoncer au combat ? Cette éventualité ne faisait pas partie du vocabulaire de Mourad Kacer. Du coup, le meilleur hommage à lui rendre, ce sera de continuer le combat qu’il a porté depuis plusieurs années.

Ait Benali Boubekeur

26 juillet 2013 5 26 /07 /juillet /2013 10:09
Les orientations du FFS issues de son 5eme congrès.

« Nous devons construire un parti et proposer un programme politique en phase avec la société. Le parti est un moyen nécessaire, mais non exclusif de notre démarche vers les libertés et l’autodétermination individuelle et collective », extrait d’un des messages de Hocine Ait Ahmed.

Cet extrait résume à lui tout seul l’idéal pour lequel le FFS se bat depuis un demi-siècle. Quoi que les bavardages médisants puissent colporter sur le FFS, s’il y a un point à retenir dans le riche combat du FFS, ce sera surement le point inhérent à la restitution du pouvoir au peuple algérien afin qu’il puisse décider librement de son sort. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce principe est resté et reste immuable tant que le statut du peuple algérien ne change pas. Que le FFS soit traversé par une période d’agitation –il faut dire que le parti a payé cher ses prises de position –ou en période calme, un homme exceptionnel, Hocine Ait Ahmed, a veillé –l’idée du présidium s’inscrit dans la même logique –à ce que le combat du FFS ne soit pas dévié d’un iota. Incontestablement, celui-ci s’inscrit dans la poursuite des objectifs qui ont fondé l’État algérien, à savoir la proclamation du 1er novembre 1954 et la plateforme de la Soummam, le 20 aout 1956. Et si ces deux principes n’avaient pas été foulés au sol par ceux qui ont pris le pouvoir en 1962, l’Algérie aurait eu une meilleure destinée.

Quoi qu’il en soit, bien qu’un demi-siècle soit passé après le recouvrement de l’indépendance, force est de reconnaitre que le peuple est toujours relégué au second plan. Et s’il y a un seul parti qui défend son droit à disposer de lui-même, c’est bien le FFS. Pour ce dernier, l’aboutissement de son combat ne peut se matérialiser que lorsque les rênes du pouvoir sont entre ses mains. Ainsi, bien que le pouvoir innove de décennie en décennie en soignant sa façade démocratique, dans le fond, le processus démocratique demeure biaisé. « Aujourd’hui, le statu quo politique, l’instabilité constitutionnelle, la crise morale, la crise économique et les injustices sociales trouvent leurs sources respectives dans l’absence d’un consensus national dans le pays », lit-on dans le document intitulé « résolutions politiques du 5eme congrès du FFS. »

D’ailleurs, en dépit de la profusion de promesses, le talent d’Achille du régime, comme le constatent les rédacteurs du document, reste son incapacité à mener la moindre réforme sérieuse. Pour dire les choses simplement, le désordre de 1962 nous suit jusqu’à nos jours. Dans certains cas, les tares sont tout bonnement décuplées, à l’instar de la généralisation de la corruption. De plus, ce point faible est exploité par « des oligarchies possédantes et des forces diverses qui instrumentalisent les archaïsmes. » Résultat des courses : la gestion des affaires du pays est au point mort. Et si le pays veut éviter la déroute, plusieurs mesures s’imposent en urgence. La première mesure consiste à rompre avec la gestion ayant prévalu jusque-là. « Concevoir et mettre en œuvre un développement économique, avec et pour la population », préconise le FFS. Pour faciliter la mise en application de ce programme, il est nécessaire, selon les rédacteurs du document, que la décentralisation soit effective et que les décisions au niveau inférieur soient prises en toute autonomie.

Toutefois, bien que le FFS estime que beaucoup de travail reste à faire, la mesure prioritaire, sans laquelle toutes les solutions sont vouées à l’échec, est « le respect de la dignité du citoyen. De la même façon, bien que le constat de blocage des institutions soit une réalité globalement partagée, le FFS ne se contente pas de faire l’état des lieux. Pour lui, la détérioration des rapports entre les gouvernants et les gouvernés –bien qu’elle pèse sur la relation de confiance –ne doit pas décourager les partisans du changement. « Et pourtant, l’espoir est toujours là : les Algériennes et les Algériens continuent, dans leur immense majorité, de rejeter les extrémismes et les dérives autoritaires et ils attachent un grand prix à la paix civile et à l’unité nationale. Les nouvelles dynamiques populaires, nées de la chute des dictatures dans les pays voisins, incitent, elles aussi, à l’optimisme », écrivent les rédacteurs.

Pour ce faire, il est primordial que les énergies saines du pays se mobilisent pour la réalisation de ce projet. « Un consensus national fondamental qui pourrait s’organiser autour de la démocratie politique, de la citoyenneté, du développement économique et de l’équité sociale », préconisent-ils le moyen de parvenir au changement. Pour que cette transition soit la moins difficile, la constitutionnalisation de tamazight comme langue nationale et officielle doit intervenir le plus tôt possible. Enfin, « ce combat politique, pour que les citoyens aient et exercent tous leurs droits, est toujours d’actualité. Le FFS l’a conduit et continuera à le conduire dans les institutions, à travers ses élus, et sur le terrain aux côtés de la population, avec ses militants et les mouvements associatifs et tous ceux qui partagent les idéaux auxquels notre président Hocine AIT AHMED a voué toute sa vie », concluent-ils. Et tant que cet objectif n’est pas atteint, les militants et ceux qui adhèrent au combat du FFS œuvreront sans vergogne pour sa concrétisation.

Ait Benali Boubekeur

NB : J’ai hésité avant de publier ce texte. La disparition de notre camarade Mourad Kacer m’a inhibé pendant plusieurs heures. A la fin, je me suis dit que là où il est, il sera content que le combat ne soit pas arrêté. Repose en paix cher camarade Mourad !

20 juillet 2013 6 20 /07 /juillet /2013 10:15
Henri Alleg : un homme de cœur tire sa révérence.

Il y a des disparitions qui marquent, et marqueront surement, l’opinion algérienne. Celle d’Henri Alleg, décédé le 17 juillet 2013 à Paris en est une, comme le prouve la multiplication des réactions sur la toile notamment. Bien que l’histoire officielle algérienne ait tout fait pour occulter les sacrifices des hommes, parmi eux figure Henri Alleg, son engagement en faveur de l’indépendance de l’Algérie ne passe inaperçu. Comme quoi, quand un homme possède de telles valeurs, l’histoire le retient bien. Et surtout, il n’y a pas besoin de décréter un deuil national pour que l’on reconnaisse l’amour du militant pour l’Algérie. En tout cas, pour Henri Alleg, cette histoire d’amour remonte au premier jour où il a foulé le sol algérien en 1939. « En montant les escaliers du square Port-Saïd à Alger pour la première fois après avoir traversé la méditerranée en bateau, j’avais compris que deux catégories de population vivaient dans votre pays : les colonisateurs et les colonisés. C’était le début de mon engagement », se confie-t-il en 2006 à un journal algérien.

Toutefois, pour que les choses soient claires, dans la mouvance communiste de l’époque coloniale, il faut distinguer le combat d’Henri Alleg de celui du parti de façon générale. En effet, bien que son idée soit faite sur l’avenir de l’Algérie, où tous les habitants, quelle que soit leur confession, vivront librement, il n’en est pas de même de l’appareil politique auquel il appartient. Pour ce dernier, son soutien à la classe ouvrière algérienne est « inséparable de l’intérêt national », écrit Jacques Charby, un autre grand humaniste. Cela étant dit, le propos aujourd’hui n’est pas d’examiner les positions politiques du PCA ou du PCF. Pour refermer cette parenthèse, on peut dire que la dimension humaniste d’Henri Alleg est incomparable avec celle des appareils, y compris parmi les formations nationalistes.

De toute évidence, c’est l’incapacité de ces partis à porter l’idéal de liberté qui incite le groupe des neuf à passer à l’action armée. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que celle-ci a pris tout le monde de vitesse. D’ailleurs, des Algériens autochtones ne savent pas sur quel pied danser. Mais, quand un homme est guidé par ses convictions, le choix est très vite fait. Ainsi, ni l’enlisement de la guerre ni les risques encourus ne dissuadent Henri Alleg de poursuivre son combat en faveur de l’indépendance de l’Algérie. L’interdiction de son journal, Alger Républicain, en juillet 1955, s’inscrit dans la logique de châtiment des voix contrariant le système colonial. Rentrant dans la clandestinité, il ne cesse de dénoncer la torture, érigée en règle par les paras. Bien que le PCF ait participé au vote octroyant les pleins pouvoirs aux paras, des communistes convaincus, comme Henri Alleg ou Maurice Audin, ne renoncent pas à leur combat.

Quoi qu’il en soit, un tel engagement ne reste pas impuni. Et Henri Alleg paie un prix très fort pour son engagement en faveur de l’indépendance de l’Algérie. Le 12 juillet 1957, les paras de la Xème division, commandée pour rappel par le général Jacques Massu, procèdent à son arrestation au domicile de Maurice Audin. Très vite, la brutalité dont font preuve les paras le conforte dans l’idée qu’il avait d’eux. « Je savais que si j’étais arrêté, je serais torturé, j’y étais préparé », se confie-t-il quarante ans après les faits au journal l’Express. En tout cas, l’homme de conviction encaisse, mais il n’abdique pas.

En plus, il dispose d’une arme plus redoutable que celle des paras : la plume. Celle-ci s’avère plus payante que les méthodes des paras. Et ce qui est répréhensible, selon lui, c’est le fait que ces méthodes soient faites au nom du peuple français. Tenant à faire éclater la vérité, il conclut son livre « la question » en écrivant : « Tout cela, je devais le dire pour les Français qui voudront me lire. Il faut qu’ils sachent que les Algériens ne confondent pas leurs tortionnaires avec le grand peuple de France, auprès duquel ils ont tant appris et dont l’amitié leur est chère. Il faut qu’ils sachent pourtant ce qui se fait ici en leur nom. » En tout cas, l’apparition de son livre, aux éditions Minuit, atteint l’effet escompté. Bien que le système colonial soit discrédité depuis longtemps par ses méthodes inhumaines, ce livre lui porte un coup fatal.

Hélas, après l’indépendance, les sacrifices de ce grand militant algérien ne sont pas récompensés. La prise du pouvoir par l’armée des frontières brise le rêve d’une Algérie apaisée. Car, sur le plan des libertés, un combat cher à Henri Alleg, l’Algérie des années 1960 ne différait guère de l’Algérie coloniale. La privation des libertés, que ce soit par les étrangers ou les nationaux, provoque les mêmes effets. Enfin, après le coup d’État de juin 1965, Henri Alleg est contraint de quitter son pays. Ainsi, pour y parvenir à leur fin, les dirigeants étouffent toutes les voix réclamant la liberté pour le peuple algérien. Là aussi, le grand homme se distingue par sa capacité à pardonner. Malgré une politique d’ostracisme à son égard, il n’est pas pour autant rancunier. « Je suis heureux et fier d’avoir pris part au combat pour l’indépendance », déclare-t-il à l’occasion du cinquantième anniversaire du cessez-le-feu.

Ait Benali Boubekeur

18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 10:45
L’avenir démocratique en Égypte est-il compromis ?

Il y a des définitions qui sont limpide. Quand l’armée dépose un président élu, cela s’appelle uniment un coup d’État. Qu’on le veuille ou non, cette acception n’admet aucune exception. Et ce n’est surtout pas aux Américains, spécialistes en la matière, qu’il faudrait rappeler cette évidence. Cela dit, existe-t-il alors une situation –puisque le coup de force militaire en Égypte est présenté comme un acte révolutionnaire –, où le coup d’État n’en est pas un ? Sous prétexte que la population est descendue dans la rue, l’armée égyptienne peut-elle déposer le président démocratiquement élu, en l’occurrence Mohamed Morsi, tout en se conformant à la légalité constitutionnelle ? Bien que leur acte ne soit pas désavoué par les Occidentaux [ils parlent même de la continuité de la révolution], les Égyptiens se rendront compte plus tard, comme les Algériens l’ont compris très vite après le putsch du 11 janvier 1992, que le coup d’État n’apporte que des malheurs.

En tout cas, bien que le soutien occidental ne soit pas tacite, force est de reconnaitre que leur attitude, tendant à faire passer ce coup de force pour l’acte II de la révolution, porte un coup fatal à la démocratie dans cette région sensible. « En s’empressant de prendre acte du coup d’État armé contre un de ces « mauvais » verdicts des urnes dont ils avaient mis, en Palestine notamment, des semaines ou des mois à s’accommoder, l’UE (Union européenne) et les États-Unis ont tristement renoué avec leurs vieux démons », déplore François Burgat. Quoi qu’il en soit, en agissant de la sorte, ces puissances discréditent avant tout leur modèle. Au du moins, on peut avoir la certitude que l’application des principes universels auxquels ils œuvrent sans vergogne chez eux n’ont aucune valeur au-delà de leurs frontières. Comme le dit si bien, Jack Brown, « éditeur d’international boulevard », les positions des Occidentaux sont « à géométrie et à géographie très variable ».

Cependant, sur le plan interne –la démocratie égyptienne ne peut être protégée que par les siens –, le recours au coup d’État risque de plonger le pays dans une crise encore plus abyssale. En effet, à la crise économique sévissant depuis des années, il s’ajoute désormais l’instabilité politique. Du coup, dix-huit mois après avoir donné une leçon au monde entier, en réussissant pacifiquement à se libérer de la dictature, l’Égypte retourne à la case de départ. Est-ce que l’absence des résultats économiques est à ce point catastrophique pour remettre en cause les acquis démocratiques ? En sus, bien que l’opinion puisse reprocher au président Morsi les mauvais résultats économiques, force est de reconnaitre qu’à son arrivée au pouvoir, la crise était déjà là. De la même manière, la fuite des capitaux étrangers, due au climat révolutionnaire depuis 2011, n’est pas imputable à l’élection de Morsi.

Incontestablement, la préoccupation de ces capitalistes n’a jamais été, et elle ne le sera jamais, philanthropique. Elle est en revanche motivée par le profit. Quant aux exigences du FMI, les conditions sont tellement draconiennes –elles visent notamment la réduction des subventions des produits de première nécessité –que le président Morsi les a rejetées. Se souciant de la situation des Égyptiens de condition modeste –il se peut qu’il cache son jeu –, le président Morsi contrarie indubitablement certains appétits. Car, en Égypte ou dans tous les pays, les détenteurs des grands capitaux n’admettent pas que leur marge de bénéfice soit diminuée. Et ce ne sont pas les généraux, dont le salaire à la fin de carrière avoisine les 20000 euros par mois, qui vont soutenir une telle politique.

Ainsi, à défaut de consentir des efforts, la panique s’en saisit des militaires. « Il faut rappeler que depuis des décennies l’armée gère près de 40% du secteur économique et elle est le premier récipiendaire de la manne américaine annuelle de 1,5 milliard de dollars », note Tariq Ramadan sur son blog. Du coup, le coup d’État en Égypte, d’après des révélations, a été décidé bien avant le 30 juin. Selon Reuters, écrit François Burgat, le 17 juillet 2013, sur son compte facebook, « le coup d’État aurait été en préparation depuis plusieurs mois. » À la colère des opposants, les militaires ont manœuvré en sous-main en vue de refermer la parenthèse démocratique. Tout compte fait, à ceux qui croient que l’Égypte retrouvera le chemin de la démocratie de sitôt, l’exemple algérien, comme le montre la difficile succession de Bouteflika, constitue une référence. Evidemment, l’apparence civile sera toujours maintenue. De la même façon, le calendrier électoral sera respecté. Mais, comme en Algérie, les résultats conforteront toujours les organisateurs des élections.

En somme, bien que les alliés, intérieurs et extérieurs, puissent apporter de l’eau au moulin des putschistes [en un temps recors, plus de 12 milliards de dollars atterrissent dans les caisses de l’État égyptien], la stabilité de l’Égypte, et le cas algérien constitue encore une fois la preuve tangible, sera précaire. Pour le moment, les Frères musulmans revendiquent pacifiquement le retour à la légalité. Ainsi, malgré la multiplication des provocations [51 militants pros Morsi sont tués], le scénario algérien est pour le moment évité. Jusqu’à quelle limite de répression le sang des soutiens de Morsi restera-t-il froid ? « Les semaines à venir révéleront encore davantage les différents scenarii envisagés pour faire accepter le caractère civil de cet État militaire », conclut Tariq Ramadan.

Ait Benali Boubekeur

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