24 septembre 2019 2 24 /09 /septembre /2019 19:14

À chaque lecture du nouveau discours de Gaid Salah, plusieurs questions me taraudent l’esprit. Est-ce qu’il croit vraiment à ce qu’il dit et surtout parle-t-il de l’Algérie profonde ? Alors que le peuple algérien crie haut et fort son rejet du régime, responsable de toutes les dérives depuis l’indépendance, le chef des armées salue les composantes du régime « qui ont pu réaliser, en un laps de temps, des résultats notables, qui ont contribué à rassurer le peuple et à instaurer un climat de confiance mutuelle. »

Bien entendu, dans son esprit, le panel et le gouvernement Bedoui représentent les institutions du pays. Mais que valent ces institutions si le peuple –hormis la clientèle acquise au régime –veut s’en donner des nouvelles où, cette fois-ci, elles ne seront pas façonnées par les hommes forts du pays, mais elles devront incarner la volonté de la plus large majorité du peuple algérien. Hélas, pour discréditer les revendications légitimes du peuple algérien, il les assimile à des manœuvres de son clan rival, dont les têtes d’affiche sont emprisonnées à El Harrach.

Toutefois, en évoquant la lutte intestine au sein du régime, et notamment le différend opposant Gaid Salah au trio Saïd Bouteflika, Mohamed Mediene et Atmane Tartag, le conflit n’est pas aussi vieux que le suggère la teneur des discours du chef de l’état-major. Pour bien le situer, il remonte à fin mars 2019. Jusqu’à cette date, ils réunissaient ensemble leurs forces en vue d’empêcher toute tentative d’émancipation du peuple algérien. De la même manière, et c’est le moins que l’on puisse dire, leur différend ne concerne pas la meilleure gouvernance ou la protection des intérêts de l’Algérie, mais la préservation des intérêts privés étroits.

Cependant, comme depuis 1962, à chaque fois que le clan dominant établit sa domination sur les autres clans du pouvoir, il présente son action comme la victoire du peuple algérien. « Le peuple s’est, ainsi, rallié à son armée tel un seul homme. Cette position, marquée par la communion, la solidarité et la compréhension commune de ce qui se passe dans le pays, restera gravée dans l’histoire », peut-on lire dans le discours de Gaid Salah à la veille du 31e vendredi de contestation populaire.

De quel peuple parle-t-il ? De la minorité criante qui a servi de clientèle au régime ? C’est sans doute de celle-ci qu’il s’agit. Soutenant sans vergogne la feuille de route du chef de l’état-major –après avoir soutenu avec la même force et la même détermination le cinquième mandat –, elle se regroupe autour du panel et de sa commission « indépendante » de préparation des élections. Son but –et c’est le seul –est de perpétuer un régime suranné qui la gave à satiété.

Quant au peuple, le combat pour qu’il reprenne les rênes du pouvoir ne fait que commencer. Probablement, il est encore plus difficile qu’avant la démission de Bouteflika. Car, celui qui fixe les règles de jeu ne tolère même pas la critique. Et si quelqu’un s’aventure à le faire, il gagnera sa place d’office à la prison d’El Harrach et sera accusé de trahison et de démoralisation de l’armée. Dans le fond, nos militaires sont peut-être plus perturbés par un chef des armées qui fait de la politique que d’un politique qui fait de la politique. Mais, en dictature, le plus fort est celui qui a « raison » quand le peuple est divisé. Face à un peuple uni et pacifique, la dictature mourra un jour  de ses contradictions. D’où l’intérêt de multiplier la vigilance jusqu’au départ de tous les symboles du régime et la reprise en main du processus politique par le peuple algérien souverain.

 

 

  

 

20 septembre 2019 5 20 /09 /septembre /2019 09:06

« Ce système, que certains veulent préserver coûte que coûte, n’a pas assuré l’édification de l’État, l’efficience du gouvernement, l’administration du pays et son développement. Mais il a réussi à empêcher le projet Algérie de devenir une réalité », extrait de la contribution de Mouloud Hamrouche, le 4 septembre 2019.

C’est ce système vicié que les tenants du régime veulent perpétuer. Bien qu’ils invoquent les intérêts suprêmes de la nation, dans la réalité, tout le monde sait que ce type de régime ne peut ni innover ni transformer le pays. Car le mal est dans son essence même. D’où l’exigence de définir le calendrier de son départ avant de parler de la prochaine étape.

Pourquoi une telle demande de la rue ? La raison est très simple : il n’a jamais toléré la moindre participation du peuple. Depuis 1962, ce régime, qui règne sans partage, a comme principal défaut le non-respect de la souveraineté du peuple. En empêchant le peuple de participer à la construction de ses institutions, le régime a renvoyé la libération du peuple –le territoire a été libéré par le sacrifice des meilleurs fils de l’Algérie – aux calendes grecques.

Bien que les responsables actuels considèrent que la crise commence seulement en 2019, dans le fond, le pays a été squatté par une clique se moquant éperdument de tout avis contraire à sa politique de dilapidation. En février 2019, le peuple algérien a tout simplement refusé la mort de son pays. Comme le dit si bien Mouloud Hamrouche, « par cette mobilisation inattendue, les Algériens ont refusé que leur pays chute ou cède au chaos. Non. Le peuple algérien n’a pas créé de nouvelles difficultés, ni de nouvelle déstabilisation, ni de nouveau dysfonctionnement, y compris sur le plan économique et social. »

En tout état de cause, qu’il en déplaise aux amateurs de cachir et à leur guide suprême, le mouvement du 22 février n’a rien d’antinational. Il a juste refusé l’humiliation, le partage des richesses du pays entre amis et son exclusion du jeu politique. Et si jamais il fallait designer un seul responsable de la crise actuel, cela ne pourrait être le peuple algérien, exclu de toute participation à ses affaires depuis l’indépendance.

Bien que le pouvoir de fait fasse semblant de s’inquiéter de la durée de la crise –en réalité, ils veulent le retour à la normale pour que leurs affaires continuent de prospérer –, le peuple algérien ne doit pas se résigner. La refondation d’une nouvelle République et le rétablissement de l’État de droit ne peuvent se faire avec la même classe dirigeante, installée depuis 1962.

D’ailleurs, y a-t-il encore des sceptiques sur les intentions hégémoniques du pouvoir réel ? Il suffit de disséquer les réponses hebdomadaires du chef des armées, le général Gaid Salah. Après chaque mobilisation du peuple algérien, il tente de réduire l’importance du mouvement et, en même temps, essaie de serrer davantage la vis sécuritaire. La dernière mesure en date étant l’interdiction de l’accès à la capitale par des Algériens des wilayas limitrophes. Même pendant la guerre d’Algérie, il n’y avait pas une pareille mesure.

Cela dit, le chef des armées, en tant que représentant du pouvoir réel, est dans son rôle. Son principal souci est de sauver le régime auquel il appartient depuis 1962. « Ils refusent tout bonnement un fonctionnement institutionnel de l’État et des pouvoirs. Car ils redoutent qu’un simple contrôle de légalité fasse fondre leurs armes : le mensonge, le chantage ou la menace. Ce sont des armes par lesquelles l’Algérie a été stoppée dans son élan et soumise à une régression générale terrible », écrit Mouloud Hamrouche dans sa magistrale contribution.

Pour le mouvement populaire, la démarche est inverse. Il veut aller à une nouvelle République où les institutions seront au-dessus de tous, surtout des fonctionnaires qui ne sont en poste que pour exécuter leur tâche en contrepartie d’une rémunération. Chacun doit se contenter de son rôle. Au peuple de définir ses institutions et le régime politique qu’il souhaite pour le pays. Et aux fonctionnaires de respecter la volonté populaire. C’est en tout cas le rôle qui échoit à cette merveilleuse jeunesse. Mais, pour réussir, il faut et il faudra maintenir l’esprit pacifique et civilisé du mouvement, et ce, quelle que soit la nature de la provocation.    

    

1 septembre 2019 7 01 /09 /septembre /2019 09:37

Il y a indubitablement des substantifs qui ne signifient pas la même chose pour tout le monde. Ainsi, si pour le commun des mortels, l’accompagnement signifie faciliter l’aboutissement d’un projet, pour Gaid Salah, cela signifie la réalisation de ses propres vœux. Bien que les cachiristes parlent encore d’un rapprochement de points de vue entre l’état-major de l’armée et le hirak, dans la réalité, les positions et les projections d’avenir sont uniment contradictoires. Et si Gaid Salah est réellement animé d’une meilleure volonté, pourquoi ne laisse-t-il pas le peuple choisir librement sa voie ? Hélas, une telle initiative est inexistante dans les pratiques du régime.

Devant cette situation alambiquée, les solutions proposées sont également ambivalentes. Ainsi, si le hirak exige une transition politique sans que les symboles du régime n’aient aucun rôle à jouer, le chef des armées, incarnant le pouvoir réel, privilégie une solution maison. Mais, là où il y a un souci, c’est qu’il ne défend pas seulement ces propositions politiques, mais il s’en prend avec véhémence à tous ceux qui ne partagent pas son avis. « Au moment où les fidèles et sincères enfants de cette patrie appellent à poursuivre la consolidation de la cohésion nationale –il faut comprendre la cohésion du régime – et multiplient les efforts », les millions d’Algériens qui sortent chaque mardi et vendredi voudraient plonger le pays dans le chaos. Quelle vision réductrice ! Et pourtant, il suffit d’examiner la composante de ceux qui prônent le dialogue, en vue de concrétiser la feuille de route de Gaid Salah, pour se rendre compte que ces voix ont toujours œuvré à l’exclusion du peuple.

Toutefois, depuis le 22 février 2019, cette minorité bruyante –pendant des décennies, le régime a profité du silence du peuple pour faire de ces voix minoritaires les représentants du pays – ne pèse plus rien sur l’échiquier politique. Leurs partis employeurs –ils n’ont jamais agi en tant que militants –, en l’occurrence le FLN postindépendance et le RND, sont totalement discrédités. Voilà donc en gros ceux que Gaid Salah désigne comme les dignes fils de l’Algérie pouvant aider le pays à surpasser la crise.

Quant à ceux qui se battent pour une Algérie nouvelle où chaque citoyen aura sa place, ils ne sont, aux yeux de Gaid Salah, que des perturbateurs et des agitateurs contrôlés par l’issaba. Là aussi une précision s’impose. Cette issaba a été jusqu’à fin mars 2019 dans le même clan que Gaid Salah. Ils se battaient tous pour le cinquième mandat de Bouteflika. Pendant des décennies, les clans réunis avaient le même sentiment de répugnance envers le peuple. Aujourd’hui, ils veulent redistribuer les cartes à leur convenance. Du coup, ceux qui dénoncent le pillage du pays et refusent la continuité du même régime, installé en 1962, ne méritent même pas le qualificatif de dignes fils d’Algérie. C’est simplement le renversement des valeurs où le vice donne des leçons à la vertu.

En tout cas, ces attaques doivent renforcer la détermination du peuple à aller vers un changement de gouvernance effectif. Bien évidemment, la condition de la réussite du mouvement réside dans le maintien, quoi qu’il arrive, du caractère pacifique et civilisé du mouvement. Et contrairement aux affirmations de Gaid Salah, cette mobilisation a rehaussé considérablement l’image positive de l’Algérie dans le monde. Dans le même ordre d’idées, pour contredire le discours de Gaid Salah, tôt ou tard, les Algériens devront élire leurs représentants. Pour ce faire, il faudrait se poser ces quelques questions : est-ce que les nouveaux élus seront indépendants des fonctionnaires qui ont pris en otage le pays depuis 1962 ? Qui va contrôler le processus : le peuple ou le clan régnant depuis 1962 ? Tant que ces points ne sont pas éclairés, il est difficile de cautionner un processus biaisé.         

 

   

24 août 2019 6 24 /08 /août /2019 21:55

Le panel, présidé par le fils du régime honni, Karim Younes, peut se vanter de tout sauf de comprendre les revendications du hirak. En effet, après 57 ans de règne sans partage d’un régime obnubilé par ses propres intérêts, le peuple algérien réclame un nouveau départ où les responsables de la crise ne jouent aucun rôle. Bien qu’ils se disent purs –Karim Younes parle même d’un passé honorable des dirigeants –, il n’en reste pas moins que sans les pratiques antidémocratiques et antinationales des dirigeants, l’Algérie n’en serait pas là. Qu’ils le veuillent ou non, cette crise est celle du régime. À ce titre, ils sont collectivement responsables.

En tout cas, à l’examen de la composition du panel, on peut dire que le régime sait recycler les siens. Ainsi, tous les soutiens au cinquième mandat de la honte se convertissent, sans fard ni acrimonie, à la nouvelle feuille de route du chef des armées. Pour rappel, Gaid Salah était, lui aussi, un soutien indéfectible à Abdelaziz Bouteflika jusqu’à fin mars 2019. Ce rappel est nécessaire aux amnésiques, car dans l’histoire du régime, les retournements de veste sont légion.

Dans le fond, est-ce que nos responsables ont la mémoire courte ? Ce n’est pas sûr. Ces gens-là peuvent défendre une thèse et son contraire en y mettant la même conviction et sans qu’ils aient la moindre gêne. Sur l’échelle des valeurs, ils sont à la ramasse, et ce, bien qu’ils élèvent la voix quand ils parlent. Mais, là où le bât blesse, c’est quand ils accusent les citoyens pacifiques, dont la seule préoccupation est d’œuvrer pour bâtir une nouvelle Algérie, de vouloir incendier le pays. Dans la réalité, ceux qui veulent achever la destruction du pays, ce sont ceux qui essaient d’imposer les échéances sans le consentement du peuple.

En tout état de cause, en dépit du refus du peuple algérien de cautionner les pratiques du régime, le panel reprendra, dans ses conclusions, les mêmes propositions que le chef de l’état-major. Encore une fois, au nom des intérêts du clan régnant, ils diront que « l’élection présidentielle est le meilleur moyen de sortir le pays de la crise. » Pour tromper l’opinion, ils pourraient sacrifier leur candidat en promettant une présidence de transition. Mais, comment refuser une transition qui permettrait au pays de redémarrer sur des nouvelles bases et proposer un président de transition ? Malin est celui qui parviendra à expliquer les intentions du régime.

À vrai dire, tout ce que l’on sait du régime, c’est qu’il est inconcevable pour lui de céder les rênes du pouvoir. Leur maintien au sommet de l’État leur procure sans doute des avantages incommensurables. Il faut dire que le contrôle de la rente pétrolière a permis et permis à certains de construire une vie en or. Sinon, comment expliquer qu’à 80 ans, ils s’accrochent encore au pouvoir ? Alors que les gens qui s’approchent de la cinquantaine estiment que l’avenir de ce pays appartient à la jeunesse, cette vieille génération fait tout pour perpétuer le statu quo qui n’arrange que leur proche entourage.

Dans ces conditions, le panel peut-il revendiquer une quelconque autonomie ? Bien qu’il puisse émettre quelques avis, les grandes décisions appartiennent aux propriétaires illégitimes du pouvoir. Avant même la formation du panel, les décisions étaient déjà prises : organiser l’élection présidentielle dans les plus brefs délais. Quant au hirak –chaque vendredi, il fait la démonstration qu’il représente largement le peuple –, il doit poursuivre son chemin sans tenir compte des intermédiaires partiaux, voire issus du régime. L’Algérie mérite mieux que ces faux responsables et ces intermédiaires irresponsables.      

    

 

19 août 2019 1 19 /08 /août /2019 21:40

Dans quelques jours, le hirak va boucler son sixième mois. Aucun pays où les citoyens sont respectés ne peut laisser perdurer ce genre de crise. Car, le contrat social détermine la place de chacun. Aux citoyens de définir le cap et aux fonctionnaires de réaliser loyalement ces orientations. En plus, à partir du moment où ils sont payés, ils n’ont aucun mérite.

En Algérie, le pouvoir, composé de fonctionnaires qui s’accrochent indûment à leurs intérêts, accuse le peuple d’avoir bloqué le processus politique. Au fond, de quel processus s’agit-il ? D’une simple élection présidentielle qui garantit la pérennité du régime. De son côté, le peuple, qui a souffert depuis l’indépendance de son exclusion, réclame la restitution pure et simple des rênes du pouvoir.

Toutefois, si cette description présente succinctement les forces qui se jaugent, dans la réalité, le conflit oppose une très ancienne génération –Gaid Salah a participé en 1962 à la prise du pouvoir par l’armée des frontières – à une jeunesse qui rêve de construire sa vie au pays. D’ailleurs, bien que le phénomène de harraga n’ait pas disparu, depuis le 22 février 2019, la jeunesse algérienne ne risque plus sa vie dans des pirogues de fortune. Et c’est tant mieux.

Hélas, dans cette crise générationnelle, les dirigeants, dont la plupart sont octogénaires, déploient toute leur malice pour perpétuer un système profondément injuste. Ainsi, pour sauver leurs intérêts propres, ils mettent en avant la défense de l’intérêt national. Or, si quelqu’un ne pouvait rien faire quand la conjoncture financière le permettait, comment pourrait-il aider le pays à sortir de la crise ? En plus, si par magie la situation économique change, comment pourront-ils régler la crise politique ? Car, dans leur esprit, l’organisation du pouvoir et des institutions relève de leurs propres prérogatives. Pour eux, le peuple n’est autorisé à s’exprimer que pour plébisciter des choix décidés en haut lieu. Voilà à quoi se résume leur projet politique.

Ainsi, au moment où le peuple algérien réclame le changement radical dans la façon de gouverner, le haut commandement militaire –puisque c’est l’autorité politique effective du pays – se dit prêt à accompagner le hirak à condition qu’il soit le seul à définir le calendrier politique de sortie de crise. Pour réaliser la feuille de route du haut commandement militaire, le régime engage donc un simulacre de dialogue.

Malheureusement pour le régime, depuis le 22 février 2019, le peuple algérien a cassé le carcan. Désormais, il ne répond plus aux injonctions. Les jeux étant faits, la majorité du peuple algérien n’accorde aucune importance aux fausses solutions. Et pour cause ! À l’examen de la composition du panel, il ne s’agit ni plus ni moins que d’un dialogue entre les alliés. Par conséquent, pour le hirak, la question est tranchée : le régime tente de créer les conditions de sa survie. C'est la raison pour laquelle toutes les solutions proposées par le régime sont rejetées.  

Cela dit, il doit y avoir un moyen efficace de dépasser la crise. À l’instar de la crise soudanaise, le pouvoir effectif doit s’engager à restituer le pouvoir au terme d’une période à définir entre le haut commandement militaire et le hirak populaire. Celle-ci devrait déboucher sur des élections libres –présidentielle ou constituante –où chaque institution aura un rôle bien défini. Mais, dans le cas où le pouvoir réel continue à faire la sourde oreille, la mobilisation pacifique et civilisée devra se poursuivre. Il va de l’intérêt suprême du pays.     

13 août 2019 2 13 /08 /août /2019 19:53

À force de ressasser que l’armée ou précisément le haut commandement militaire ne joue pas de rôle politique, les discours politiques de Gaid Salah deviennent moins crédibles. À la limite, il est préférable qu’il assume son rôle politique tout en laissant le peuple algérien décider collectivement de son avenir. D’ailleurs, la question qui se pose légitimement est de savoir comment ne pas avoir d’ambition politique quand c’est l’auteur de cette déclaration qui définit unilatéralement le calendrier politique ?

Hélas, sous prétexte de sauver l’Algérie de son clan rival –ces clans travaillaient pour les mêmes intérêts jusqu’à fin mars 2019 –, Gaid Salah refuse d’écouter les doléances des millions d’Algériens. Pire encore, dans sa stratégie machiavélique, il considère que ces millions d’Algériens, qui se battent pour une nouvelle Algérie, sont uniment trompés par le clan déchu, dont les têtes d’affiche sont incarcérées à El Harach. Or, pour le peuple algérien, épris de justice et de liberté, tous ces clans sont logés à la même enseigne. En effet, jusqu’à fin mars 2019, ces clans formaient le même groupe qui s’est emparé du pays et de ses richesses.

Ainsi, dans son discours politique du 8 août 2019, Gaid Salah considère que la parenthèse Bouteflika, dont il était le soutien indéfectible jusqu’à la veille de son départ, était un accident de parcours. Pour lui, « les actes de pillage, de malversation et de dilapidations des potentiels de la nation » sont le fait de la bande. Cela dit, bien qu’il parvienne à convaincre les amateurs du cachir, la majorité du peuple algérien sait que le mal remonte à la prise et à l’exercice violents du pouvoir.

En tout cas, partout dans le monde où les institutions ne sont pas contrôlées par le peuple, les pays vivent sous la dictature. Peut-il être autrement de l’Algérie ? Quand la première constitution a été rédigée dans une salle de cinéma, quand le deuxième chef de l’État a suspendu toutes les institutions jusqu’à 1977, c’est que le mal est plus profond. La période Bouteflika n’a fait que parachever l’œuvre de destruction entamée quelques décennies plus tôt. Et lorsque le mouvement du 19 février 2019 est né, les Algériens ont compris que leur pays allait à sa perte. Du moins, ils sont sûrs d’une chose : les têtes d’affiche du régime qui ont brisé le rêve du peuple algérien ne peuvent constituer le moindre recours. D’où le slogan : yetnahaw ga3.

Malheureusement, le départ du clan Bouteflika ne signifie pas la fin du régime. En décrétant que les revendications du peuple sont satisfaites, Gaid Salah réduit la crise politique à la simple élection présidentielle. En plus, ces élections seront encadrées par le même système et selon une constitution taillée sur l’égo démesuré de Bouteflika. Ce qui veut dire que le régime, érigé en 1962 au détriment de la volonté populaire, demeurera toujours en place. Bien évidemment, avec quelques changements de têtes. Le hirak, quant à lui, défend un changement radical et pacifique. Est-ce que c’est l’Algérie des intérêts privés ou c’est l’Algérie du peuple qui aura le dernier mot ? Le combat politique ne fait que commencer. Et si le régime veut se maintenir illégitimement, il ne devra pas compter sur le soutien du peuple.

      

6 août 2019 2 06 /08 /août /2019 20:44

Qu’il s’agisse d’une stratégie réfléchie ou d’une façon de monter les enchères, les appels à la désobéissance civile soulèvent de sérieuses craintes. Bien évidemment, le propos ici n’est pas de juger les militants de terrain. Mais, avant d’engager des actions controversées, il faudrait confronter les points de vue.

En effet, bien que la patience de quelques militants soit mise à rude épreuve –comment ne pas s’énerver quand des fonctionnaires qui ont échoué dans la gestion du pays depuis l’indépendance se présentent comme les protecteurs du pays –, il n’en reste pas moins que la suite de la révolution du sourire ne doit pas échouer à cause de décisions hâtives.

Et s’il y a une seule préoccupation qui doit animer les militants de terrain, ce sera l’aboutissement de la révolution du 22 février 2019. Bien que l’action en soi –c’est-à-dire la désobéissance civile –ne soit pas violente, cela n’empêche pas les contre-révolutionnaires de provoquer des tensions. De la même manière, cette action ne pourrait pas remplacer les manifestations du vendredi. Or, si le mot d’ordre de désobéissance civile est entériné, et ce, selon la philosophie de Gandhi, Martin Luther King et Mandela, il faudra faire plutôt des villes mortes.

Hélas, dans l’histoire de notre pays, le dernier appel à la désobéissance civile en décembre 1991n’a pas apporté du bien à notre pays. En tout cas, comme l’histoire de notre pays nous l’enseigne, le régime diabolique est prêt à sauter sur la moindre occasion pour ramener les débats sur le terrain de la violence. Comme le dit si bien Lahouari Addi, « les tenants de la ligne dure à l’état-major n’attendent que l’occasion pour intervenir avec brutalité sous le prétexte de rétablir l’autorité de l’État. »

Qu’on le veuille ou non, cette action risque de servir les intérêts du régime agonisant. Alors que le hirak a porté et porte encore des coups d’estocade décisifs, les éventuelles divisions des citoyens sur la question peuvent redonner plus de confiance au régime. À l’inverse, si le hirak maintient ses manifestations hebdomadaires où des slogans antisystème sont explicites, le régime ne pourra ni déstabiliser le mouvement pacifique ni justifier un quelconque recours à la répression aveugle.

Toutefois, si telle est la volonté de la rue, ce choix devra être respecté. Et après tout, le peuple algérien est libre d’emprunter la voie qu’il estime judicieuse. Pour lever les ambigüités, ceux qui proposent la désobéissance civile doivent prendre le temps de l’expliquer afin qu’elle soit reprise dans la plupart des manifestations et ils doivent définir les actions avec la plus grande transparence et la plus grande minutie.

Enfin, quoi qu’il arrive, il est essentiel que le mouvement continue jusqu’à la fin de règne de ce système. Le choix des moyens d’action doit être réfléchi. Dans l’intérêt du pays, il vaut mieux maîtriser des petites actions, qui, à terme, aboutiront à la fin du régime, que de vouloir précipiter la fin du régime en réduisant les chances de la réussite du mouvement. Car, si le hirak du 22 février 2019 n’aboutit pas, tout espoir de changement sera renvoyé aux calendes grecques par un régime ne pensant qu’à ses intérêts privés. Et là les chefs redoubleront de férocité, comme dirait Kateb Yacine.      

     

3 août 2019 6 03 /08 /août /2019 13:59

« Nous valoriserons au sein de l’ANP les étapes franchies sur la voie du dialogue national,…, s’engageant à mettre à disposition les moyens nécessaires pour l’accompagner dans cette noble démarche et réunir les conditions idoines pour la tenue des présidentielles dans les plus brefs délais », discours politique du général Gaid Salah, le 30 juillet 2019.

Voila donc à quoi se résume la feuille de route du général. Il tient absolument à avoir sa marionnette dans les plus brefs délais. Dans sa logique, la sortie de crise se limite à l’élection d’un « président ». Or, depuis l’indépendance du pays, le pouvoir effectif, en l’occurrence l’état-major général de l’armée, n’a jamais permis une telle élection. Le vote jusque-là n’a été qu’un plébiscite du candidat de l’armée.

Que va-t-il changer au scrutin que compte organiser Gaid Salah ? Dans le fond, il n’y aura aucun changement. À partir du moment où il fixe le cadre politique et le résultat, il ne reste aucune marge aux participants au futur faux dialogue. Bien qu’il claironne que cette élection sera transparente, le régime –diminué d’un clan rival, dont certains sont en prison – mobilisera ses relais pour fausser la compétition électorale. Et ce n’est pas un hasard si le peuple algérien refuse les élections sous l’égide du régime dont la plupart étaient des exécutants obéissants de Bouteflika.

Contrairement aux allusions antinationalistes de Gaid Salah, les Algériens n’ont aucun problème avec le processus politique. Car, pour bâtir de nouvelles institutions selon les règles démocratiques et modernes, il faudra aller aux élections. Dans cette nouvelle République, le cap sera fixé par le peuple souverain et non pas par des fonctionnaires, et ce, quel que soit leur rang.

Est-ce que le peuple a besoin d’un tuteur pour concrétiser son rêve ? C’est sur cette ambigüité que joue habilement Gaid Salah. En effet, s’il échoit à l’armée de protéger le pays, notamment ses frontières, le haut commandement militaire n’est pas investi de diriger la politique du pays. Et pour faire ce travail, il est suffisamment payé par le pays. Donc, il n’y a aucun un avantage supplémentaire à lui accorder.

D’ailleurs, même la constitution dont il loue les vertus est claire sur la source du pouvoir. Les articles 7 et 8 attribuent nettement le pouvoir au peuple. Hélas, le régime se cache derrière un éventuel désordre pour ne pas admettre la demande des millions de manifestants. «Nous mettons en garde ces porte-voix qui ne cessent d’appeler à s’éloigner de la constitution, pour tomber dans l’écueil du vide constitutionnel qui constitue une porte directe s’ouvrant sur l’anarchie et l’inconnu », justifie-t-il son refus de toute transition pouvant déboucher sur un État de droit.

Pire encore, il présente la démarche visant à perpétuer le règne injuste du régime comme étant la victoire du peuple. Pour lui, les voix discordantes –qui représentent environ 4/5 du corps électoral –visent à discréditer l’État, car les principales revendications sont satisfaites. Ce n’est ni plus ni moins une insulte à l’intelligence humaine. Dans le fond, le message de Gaid Salah se traduit comme ceci : les fonctionnaires qui prennent en otage le pays depuis 1962 sont les seuls à assumer la direction du pays. Ce qu’il oublie, c’est que cette approche prévaut depuis l’indépendance. Et le peuple dit désormais non. Et surtout il ne faudrait pas compter sur la coopération du peuple pour achever le pays.    

30 juillet 2019 2 30 /07 /juillet /2019 20:01

La constitution d’une équipe, appelée panel, pour créer les conditions en vue d’un dialogue national, est massivement rejetée par les manifestants, le 27 juillet 2019. À vrai dire, ce n’est pas le principe de dialoguer qui pose problème. De la même manière, tous les membres du panel ne sont pas réputés être proches du régime.

Le refus de toute médiation s’explique par l’absence de toute confiance envers le régime en place. Bien que les déclarations de l’homme fort du pays, en l’occurrence Gaid Salah, aillent dans le sens du retrait du régime –il dit même que l’armée ne jouera aucun rôle –, il n’en reste pas moins que les actes –les arrestations abusives –et l’imposition d’un calendrier politique suscitent naturellement de la méfiance. D’autant plus que la feuille de route du régime ne garantit pas la restitution du pouvoir, mais la réorganisation du régime.

Ainsi, en se cachant derrière les principes généraux, tels que le dialogue est le chemin le plus court de sortie de crise, le régime –dont la nature n’a pas évolué d’un iota depuis 1962 –avance à sa manière ses pions. La façon de choisir les membres du panel en est la preuve. En outre, en réduisant la finalité du dialogue au simple sujet de la présidentielle, le régime est sûr de gagner la partie.

Mais, là où le régime se trompe, c’est qu’il y a un avant et un après 22 février 2019. Ainsi, s’il était possible de désigner des membres acquis à la cause du régime –d’où la prolifération de l’argent sale dans la société –, le peuple algérien veille à ce que le pays ne retombe pas dans l’escarcelle des escrocs. La présence de quatre membres du panel, qui étaient à un moment donné membres du régime ou ayant gravité autour, serait une raison suffisante de rejeter le dialogue.  

Et pourtant, il suffit à l’homme fort du moment de prendre quelques engagements pour calmer les esprits. Le premier consiste à restituer le pouvoir au peuple au terme d’une période où les anciens symboles du régime ne joueront aucun rôle. Pour être crédible, après les élections –présidentielle ou Assemblée constituante –, le chef de l’état-major démissionnera automatiquement. C’est ce qui s’est passé au Portugal en 1974. D’ailleurs, dans une nouvelle Algérie, aucun service de sécurité ne devra échapper à la majorité qui gouvernera.

En revanche, dans le cas où le régime régnant depuis 1962 essaie d’une manière ou d’une autre à tromper l’opinion, il ne fera que perdurer la crise. Il est fini le temps où les fonctionnaires de la République gèrent selon leurs intérêts le pays. En tout cas, vous pouvez traiter les Algériens de tous les noms, ils sont conscients que le maintien du régime est un danger menaçant l’avenir du pays.

Après 57 ans de règne, caractérisé par la corruption, la violence et la destruction des organisations de masse, les Algériens veulent tourner la page. Cela dit, pour ne pas hypothéquer les chances de changement, le mouvement doit rester pacifique. C’est le seul moyen qui déstabilise le régime violent. Ça y va de l’intérêt du pays.

25 juillet 2019 4 25 /07 /juillet /2019 18:34

Beaucoup de cachiristes pensent que la solution à la crise politique algérienne doit être supervisée – voire contrôlée – par l’armée ou exactement par son haut commandement militaire. Bien que la haute hiérarchie de l’armée se soit arrogé ce rôle depuis 1962, il n’en reste pas moins que ce n’est pas le meilleur service que l’on puisse rendre à une institution dont la mission est de s’éloigner autant que faire se peut de la politique.

Bien évidemment, dans le contexte actuel, le haut commandement militaire demeure – qu’on le veuille ou non – le détenteur réel du pouvoir. Donc, s’il veut continuer à assumer le pouvoir, l’état-major général n’a besoin ni de sollicitation et encore moins de supplication. Mais, est-ce que ce maintien est dans l’intérêt du pays ?

Pour qu’il n’y ait pas de malentendu, il ne s’agit nullement d’inférioriser ou de diminuer la valeur de notre armée. Même si elle s’éloigne de la politique, elle devra toujours demeurer forte et son rôle restera toujours capital. Le vrai sujet est le suivant : pour sortir de la crise politique, faut-il changer radicalement le système de gouvernance, lequel a échoué dans tous les domaines, ou procéder à quelques replâtrages ? Compte tenu de l’engouement populaire, c’est le changement de système qui est plébiscité chaque vendredi lors des grandes mobilisations de rue.

A contrario, toutes les propositions émises par les détenteurs du pouvoir ne visent qu’à remplacer quelques têtes et en couper quelques-unes pour que le pays aille mieux. En d’autres termes, en tenant à organiser l’élection présidentielle, le chef de l’état-major permet de facto la pérennité du système. Bien qu’il se dise proche du peuple, lequel exige la fin de ce système pourri, la feuille de route de Gaid Salah ne permettra au mieux qu’à modifier la composante du régime honni.

Du coup, après cinq mois de contestation, le problème reste le même. En effet, qu’il y ait un dialogue ou une négociation, le seul sujet à trancher doit être le changement radical ou le maintien pur et simple du régime. Pour le moment, c’est l’option du maintien qui s’impose. Malgré la fin du mandat du chef de l’État par intérim, le pouvoir en place fait comme si de rien n’était. Pire encore, alors que sa feuille de route était l’organisation de l’élection présidentielle sous les 90 jours de sa prise de ses fonctions, Abdelkader Bensalah limoge et nomme des responsables de façon anticonstitutionnelle.

Pour toutes ces raisons, le maintien de ce système est uniment mortifère pour l’avenir du pays. Si l’on veut construire un pays sérieux où les institutions seront supérieures aux hommes, il faudra poursuivre le mouvement jusqu’au départ de ce système vicié. Pour parvenir à ce but, il est dans l’intérêt de tout le monde de changer de fond en comble les institutions du pays. Dans cette optique, l’armée aura un nouveau rôle à jouer : s’occuper de sa mission loin du terrain politique. De la même manière, les services de sécurité seront au service du pays et non du pouvoir politique. Cela passe par la restitution des rênes du pouvoir au peuple. C’est à lui in fine que reviendra la tâche de définir le calendrier politique et le type de transition à mettre en place. Comparé à la gestion hasardeuse des affaires du pays depuis 1962, l’avenir ne sera que meilleur, et ce, quelles que soient les erreurs du peuple.

    

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