9 juillet 2020 4 09 /07 /juillet /2020 21:49

L’arrestation du sociologue Farés Choukri, à Biskra, révèle le refus catégorique du régime d’être remis en cause. En effet, pour une publication sur facebook où il pointe du doigt la gestion chaotique, par les autorités locales, de la crise sanitaire, l’universitaire est arrêté par la police. Certaines informations font état des instructions venant d’en haut. Pourquoi cette autorité occulte ne fait pas son sale boulot à visage découvert? Malheureusement, le régime est ainsi fait.

Et pourtant, s’il y a une moindre sincérité en parlant de la nouvelle Algérie, il faudra commencer par accepter la critique et les avis différents. Car, dans tous les pays qui se respectent, les divergences d’opinions ne sont nullement un handicap ni une tare. Au contraire, ces Républiques avancent par le critique objective. Ainsi, bien que la légitimité des urnes –chez eux le vainqueur n’est connu que le jour du dépouillement –ne soit pas remise en cause, dans ces sociétés démocratiques, tous les recours et toutes les plaintes sont recevables par la justice contre les dirigeants.

C’est le cas notamment en France. Malgré une gestion maitrisée de la crise sanitaire, 90 plaintes sont déposées contre les membres de l’exécutif, dont Édouard Philippe au moment où il était en poste. En plus de ces plaintes des citoyens, plusieurs commissions sont à pied d’œuvre pour évaluer l’action de l’exécutif. Pour montrer sa coopération, le premier ministre, Édouard Philippe, a rendu publique une déclaration dans laquelle « il prend acte de cette décision » et « apportera à la commission d’instruction toutes les réponses et informations nécessaires à la compréhension de son action et celle de son gouvernement face à la crise sanitaire », rapporte le quotidien « Le Figaro » le 3 juillet 2020.

En Algérie, quelle serait la réaction des juges si quelqu’un osait déposer plainte contre l’exécutif pour sa gestion de la crise sanitaire ? Sans aucune exagération, les portes de la prison l’attendent rien que pour l’avoir pensé. Que dire s’il ose déposer plainte ? Chacun peut imaginer le scénario. Et pourtant, il y a plusieurs critiques à formuler sur la politique de confinement. D’ailleurs, peut-on parler de confinement sérieux si le gouvernement ne garantit pas le minimum vital aux citoyens ? En Europe, le confinement a duré une moyenne de 45 jours. Pendant ce temps-là, les dirigeants ont assuré à leurs concitoyens –y compris les étrangers –tout ce dont ils avaient besoin.

Dans notre pays, on a plutôt assisté à un confinement politique. Sinon que signifie le couvre-feu de 19 heures à 7 heures du matin ? Le virus ne connaît ni de plage horaire ni de répit. Ce qui est évident, c’est que l’absence de confinement a fait perdurer la crise sanitaire. En revanche, sur le plan politique, l’exécutif est omniprésent. Et là aussi, les différences sont criantes. En effet, la répression contre les rassemblements des citoyens ne s’est pas appliquée aux alliés du régime, le FLN et le RND, qui ont tenu des congrès extraordinaires.

Enfin, il va de soi que les risques encourus sont désormais connus. Il suffit de voir le sort réservé à notre compatriote Farés Choukri. Pour avoir parlé de la situation sanitaire à Biskra –il estime que les autres wilayas sont dans la même situation –, des ordres sont venus d’en haut pour le faire taire. Est-ce qu’en cassant le thermomètre, la maladie disparaitra ? Ce n’est pas sûr. A vrai dire, ces arrestations sont la preuve que le régime veut réduire au silence toutes les voix discordantes. Du coup, qui est-ce qui a changé depuis le 22 février 2019 ? Un pessimiste dirait que la situation s’est même empirée.           

 

Publié par Ait Benali Boubekeur - dans Actualité

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