5 juillet 2020 7 05 /07 /juillet /2020 14:27

Malgré la libération du territoire, la question de l’autorité du peuple se pose sérieusement. En effet, en 58 ans de règne sans partage, le régime n’a jamais associé le peuple algérien à la gestion de ses propres affaires. Est-ce cela le but de la révolution de novembre pour qu’un groupe s’accapare du pays ? Il est évident que ce n’était ni souhait du FLN historique et ni la volonté du peuple algérien qui s’est retrouvé exclu.

De toute évidence, après une langue nuit coloniale, les meilleurs enfants de l’Algérie ont consenti tous les efforts pour que la terre algérienne redevienne libre. Hélas, avant même la fin de la guerre, un groupe d’officiers, stationné aux frontières tunisiennes et marocaines, a décidé d’usurper l’autorité de l’État en formation.

Et quand Ben Bella –chef historique et militant de la première heure, Ben Bella a accepté de cautionner le coup de force en 1962 –a déclaré le 9 septembre 1962 que « l’ANP est aujourd’hui à Alger et je puis vous dire que le Bureau politique [l’instance qui a supplanté le GPRA] a triomphé grâce au peuple », l’éminent historien, Mohamed Harbi, ne partage pas ce récit. Pour lui, « le Bureau politique a triomphé grâce aux troupes de l’état-major. Et si Ben Bella voulait l’ignorer, la réalité viendra frapper sans cesse à sa porte pour le lui rappeler, jusqu’au jour fatidique du 19 juin 1965. »

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que depuis cette date fatidique, le pays est géré comme une propriété privée. De 1965 à 1977, toutes les institutions de l’État sont gelées. L’Algérie a alors inauguré l’un des règnes personnels les plus terribles. Et même lorsque les événements d’octobre 1988 ont mis fin à 26 ans de règne du parti unique, les successeurs n’ont rien fait pour changer le système de gouvernance.

Cela dit, s’il y a un classement à faire, le règne de Bouteflika sera classé comme la pire période de notre histoire postindépendance. Et pour cause ! Depuis son arrivée au pouvoir, il a fait rater au pays sa meilleure chance de sortir du sous-développement. En effet, lors de la première décennie du nouveau siècle, l’Algérie a engrangé plus de 1000M$. Alors que le plan Marshall a permis de reconstruire toute l’Europe avec l’équivalent de 200M$, les issabates ont gaspillé tout ce capital dans des projets où la corruption a atteint des niveaux intolérables. Ce qui ne les gênait pas de célébrer en même temps le sacrifice des chouhadas. Ironie de l’histoire, ceux qui dénoncent la gabegie sont systématiquement taxés de traîtres à la solde des forces étrangères.    

Cependant, bien qu’il y ait des oppositions constructives, jusqu’au mois de février 2019, le régime a toujours réussi à les neutraliser. Le silence du peuple, fatigué par la répression et les mensonges, est tantôt interprété comme un consentement, tantôt une pusillanimité. Du coup, n’ayant en face de lui aucune opposition dissuasive, le régime se permet tout. Ainsi, malgré l’échec du régime sur tous les plans, les issabates n’ont aucun recul. Le 9 février 2019, tous les caciques sont réunis à la coupole pour officialiser la candidature de Bouteflika pour un cinquième mandat. Même si certains renient a posteriori leur soutien au cinquième mandat, les archives ne mentent pas.

En tout cas, au-delà de la chute de Bouteflika en avril 2019, ce qu’il faut retenir du hirak, c’est que sa réaction consiste avant tout à libérer le citoyen. Quand on subit le règne intolérable de Bouteflika, on ne peut pas dire fièrement qu’on est citoyen à part entière. C’est la raison pour laquelle on entend dans les marches le slogan : le peuple veut son indépendance. En dépit du coup de force du 12 décembre 2019 –le régime accepte certes le départ de Bouteflika, mais il ne lâche rien sur le contrôle des institutions –, les citoyens continuent pacifiquement à revendiquer le contrôle de leur destin.

Hélas, le covid19 est passé par là. Se sentant en position de force, le régime a réglé ses comptes avec les animateurs du hirak. mais, enfin, admettant que le hirak ne reprenne pas, comme le souhaitent les autorités ? Est-ce que le peuple a le moindre contrôle sur le régime ? Qui contrôle l’action du chef de l’État ? Est-ce que le haut commandement militaire a un rôle politique ? Quels sont les contre-pouvoirs ? Et enfin, quelle est la différence entre le nouveau pouvoir et ses prédécesseurs ? Sur ce dernier point, si le changement il y a, c’est uniquement dans le discours. Les actes ne suivent pas malheureusement. Ce qui prouve que la libération du peuple ne surviendra pas dans le sillage de ce régime.     

 

 

 

 

Publié par Ait Benali Boubekeur - dans Actualité

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