26 avril 2020 7 26 /04 /avril /2020 14:04

S’il y a un seul pays qui subit les effets néfastes du coronavirus, c’est bien l’Algérie. En plus de subir la crise économique touchant tous les pays, la situation politique se dégrade substantiellement. En effet, contrairement aux autres gouvernements qui se soucient du quotidien pénible de leurs concitoyens, le régime algérien saisit ce drame sanitaire pour régler ses comptes avec la société.  

Quel est son tort ? Depuis le 22 février 2019, elle remet en cause la mainmise du régime sur le pays. En effet, les tenants du pouvoir depuis 1962 n’aiment pas que les Algériens s’immiscent des affaires de la nation. Pour museler la société, le régime utilisait jusqu’à cette date de rupture tous les moyens en vue de faire taire ses contradicteurs. Au premier rang, on trouve les militants de la démocratie.

Historiquement hypocrite, la presse a été peu persécutée par le régime. Et pour cause ! Pendant plusieurs décennies, les rédacteurs en chef des journaux –et c’est vraiment un secret de polichinelle – sont simplement les agents des services secrets. Du coup, les critiques qui filtrent dans la presse servent à légitimer le régime en prétextant la liberté d’expression.

Toutefois, depuis l’avènement de la presse électronique, les lignes éditoriales échappent quelque peu aux décideurs. Bien que la rupture ne soit pas totale, elle dit des vérités qui ne plaisent pas au régime. Et ce n’est pas un hasard que le régime se venge à la moindre occasion pour les faire taire. C’est ce qui arrive en ce moment à Maghreb émergent, Radio M et Interligne.   

Pourquoi donc toute cette censure ? Il faut avouer que depuis le 22 février 2019, le régime a perdu la main. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le hirak a libéré tous les pans de la société, sauf ceux qui ne veulent pas. Ainsi, dans les marches de vendredi, on a pu voir des anciens militants du RND et du FLN rejoindre les hommes libres.

Cet élan a été couvert de la plus belle des manières par cette presse libérée, incarnée part les sites censurés. Pendant plusieurs mois, le régime a donc perdu tout contrôle. Sans l’apport décisif des forces de sécurité –le seul corps qui a été décisif dans le maintien de ce régime inique –, le peuple algérien aurait pu bâtir de nouvelles institutions, et ce, selon les principes d’égalité, de justice, etc. En un mot, un État de droit.

Hélas, et mille fois hélas, la pandémie provoquée par la propagation du coronavirus a permis au régime de reprendre un second souffle. Profitant du malheur planétaire, le régime algérien a actionné la justice aux ordres pour châtier les récalcitrants. Car, le régime ne conçoit la société qu’entre ceux qui sont avec lui et ceux qui sont contre lui. Du coup, dès le début du confinement, les convocations, les arrestations et les prolongements des peines des militants du hirak se multiplient.

Dans le second temps, le régime se retourne contre les sites internet favorables au hirak. Et là, tous les moyens sont bons pour faire taire les voix qui décrient les méthodes abjectes du régime.  C’est ce qui a valu la fermeture des deux sites d’Ihsane El Kadi quand il a écrit un article magistral sur les 100 jours de Tebboune.

Dans la réalité, le bilan de Tebboune ne peut que s’additionner à ceux de ses prédécesseurs. À partir du moment où il n’y a jamais eu d’alternance depuis 1962, le bilan du régime ne peut être dissocié. Ce qui vaut au chef de l’État vaut à chacun des collaborateurs du régime. À ce titre, Amar Belhimer applique la seule feuille de route du régime depuis l’indépendance : toutes les voix qui dénoncent les agissements du régime doivent recevoir la punition à la hauteur de leur engagement. Car, ce régime n’a pas besoin de citoyens, mais il a besoin de sujets et de chiatines pour qu’ils puissent perpétuer le terrible régime. Cette approche est évidemment en contradiction totale avec les desiderata du hirak. Ce mouvement sera d’ailleurs condamné à poursuivre le combat après la fin du confinement s’il ne veut pas que le pays  tombe dans les abysses.

 

 

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