28 février 2020 5 28 /02 /février /2020 20:42

Dans une interview au quotidien français « Le Figaro », le chef de l’État dévoile ses ambitions. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ses éléments de langages ne sont pas de nature à apaiser le climat politique dans le pays. Bien qu’il concède quelques erreurs commises ces dernières années, Abdelmadjid Tebboune ne remet pas en cause la nature du régime à l’origine de la crise.

Quelle est alors la part de vérité dans ses déclarations ? Il faut vraiment être un pur produit du système pour y adhérer à ce type de langage. Car, pour lui, il n’y a que la dernière décennie qui pose problème. Mais, admettons que le mal remonte à seulement dix ans. Ce qu’il ne dit pas au Figaro, c’est qu’en 2010 il était l’un des piliers du système Bouteflika. En 2017, il a été désigné premier ministre pendant deux mois. Son éjection était le résultat d’un bras de fer à l’intérieur du système. Pour autant, a-t-il été éliminé du clan régnant ? Ce n’est pas le cas, puisqu’Abdelmadjid Tebboune était présent à la coupole, le 9 février 2019, pour la présentation officielle du portrait de Bouteflika comme candidat au 5eme mandat.

Cependant, cette offensive médiatique est de bonne guerre. Car, s’il accepte le constat de la faillite du système, il ne pourra pas justifier son maintien. Le régime tentant de se maintenir vaille que vaille, ces interviews représentent un des moyens de tromper l’opinion. Au du moins, changer tout ce qui ne pourrait pas conduire au départ des symboles du régime, tel qu’il est ressassé, chaque vendredi et chaque mardi, par la grande majorité du peuple algérien. En effet, avec tous les moyens de fraude, de chantage et de coercition, le régime ne retient que 39% de participation à la dernière élection.   

Quoi qu’il en soit, en réduisant le mal algérien au 5eme mandat, le chef de l’État prend le risque de s’inscrire en faux contre les revendications du hirak. Car, le 22 février 2019, les Algériens ne sont pas sortis pour revendiquer des réformes. La dernière humiliation du régime présentant un homme quasiment mort à la candidature suprême a été une goutte d’eau ayant fait déborder le vase. Dans le fond, le mal était plus profond. Depuis le coup de force de l’armée des frontières contre l’instance légitime de la révolution algérienne, en l’occurrence le GPRA, le peuple algérien a été réduit au statut de mineur.

À chaque étape de notre histoire, ce sont les gardiens du temple qui imposent leur propre vision. C’est le cas en 1962 quand l’armée des frontières a imposé Ben Bella. en 1965, le haut commandement militaire s’est emparé des rênes du pouvoir au mépris de la volonté populaire. En 1979, c’est lors du conclave des officiers que le colonel Chadli a été choisi comme successeur de Boumediene. Mais, le pire choix de l’instance politique de l’armée a été de confier les affaires du pays à Bouteflika en 1999.  Or, dans l’interview déjà citée, Abdelmadjid Tebboune balaie tous ces faits. Du rôle du haut commandement militaire, il n’évoque que la date du 19 juin 1965. Dans ce cas, où il ignore tout ce qui s’est passé dans le pays ou il travestit la réalité. Chacun fera son idée.

Dans la réalité, depuis l’indépendance, l’Algérie n’a jamais connu un système démocratique. A comprendre par là le libre choix des Algériennes et des Algériens en vue d’ériger leurs propres institutions. De la même manière, le pays n’a jamais connu d’alternance au pouvoir. Que les représentants du régime et leurs soutiens le veuillent ou non, cette situation a pourri la vie du peuple algérien.

Pour toutes ces raisons et contrairement aux allégations du chef de l’État, les Algériens, dans leur grande majorité, ne demandent pas l’accélération du calendrier des réformes. La raison est toute simple : ceux qui ont détruit le pays n’ont aucun crédit pour fonder un nouvel État en rupture avec les pratiques du passé. C’est pourquoi il est mensonger de dire que toutes les revendications du hirak sont satisfaites. En plus, dans le fond, il n’y en a qu’une : la refondation d’une nouvelle République sans les symboles du régime. En un mot, tant qu’Abdelmadjid Tebboune s’accroche à son mandat, la revendication du hirak ne sera jamais satisfaite.

 

 

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