30 septembre 2016 5 30 /09 /septembre /2016 20:37
Bref rappel historique de la création du FFS

Il y a 53 ans, un groupe de patriotes, à leur tête le chef charismatique, Hocine Aït Ahmed, crée le FFS (front des forces socialistes). Contrairement à une version médisante, colportée notamment par les adversaires du FFS, ce dernier est d’essence non violente. Pour ses fondateurs, la mission du parti consiste à créer une dynamique politique, seul rempart contre la dictature. Et s’il devait y avoir l’emploi de la force, celle-ci serait dans une logique défensive.

Mais, avant de revenir sur cette période cruciale, un rappel historique est requis. Bien que la révolution soit dirigée d’une main de fer par le fameux groupe « 3B », il n’y avait rien qui présageait une tournure dictatoriale de l’Algérie indépendante. Car, la principale raison qui a poussé les chefs de l’insurrection à prendre les armes le 1er novembre 1954, c’était justement la mise à mort du système de sujétion colonial.

Hélas, vers la fin de la guerre, les appétits –pour la prise du pouvoir –s’aiguisent. Oubliant les sacrifices et les souffrances du peuple algérien, un groupe d’officiers –stationnés aux frontières tunisienne et marocaine –décide de se substituer à la volonté populaire.

Cependant, n’ayant aucun ancrage dans la société, les planificateurs de la dictature cherchent au préalable une couverture. Pour ce faire, « Boumediene a envoyé Bouteflika recruter un historique. Ils voulaient d’abord convaincre Boudiaf de les rejoindre…Il a été très dur à l’égard de l’État-major. Donc out… Le nom de Boudiaf est éliminé. En ce qui me concerne, il n’était pas question de m’en parler, ils connaissaient déjà mon point de vue idéologique. Ils se sont rabattus sur Ben Bella », relate le chef historique, Hocine Aït Ahmed, le plan machiavélique du groupe d’Oujda.

Cela dit, malgré le plan diabolique se profilant à l’horizon, les hommes de bonne volonté ne cessent d’appeler à la raison. Ainsi, profitant d’un séjour au Caire, fin mars début avril 1962, Hocine Aït Ahmed sollicite l’entremise de Jamal Abdenasser. « Si jamais cette crise atteint l’Algérie –pour le moment, il atteint l’organisation extérieure –, vous ne seriez pas gagnant, Ben Bella aussi, personne ne sera gagnant. Ce sera l’atomisation. S’il vous plait, faites quelque chose… », demande-t-il au chef d’État égyptien.

Hélas, la course au pouvoir relègue toutes les autres questions au second plan. Foulant au sol les principes de la révolution algérienne, le duo Ben Bella-Boumediene impose au peuple algérien un bureau politique (BP) illégitime à tous points de vue. Du côté des opposants, la dénonciation du coup de force ne se fait pas attendre. Le groupe de Tizi Ouzou, regroupant les amis de Krim et de Boudiaf, condamne sévèrement la proclamation du BP, proclamé à Tlemcen le 22 juillet 1962.

Dans la foulée, deux figures de la révolution, Sâad Dahlab et Hocine Aït Ahmed, réagissent individuellement. Si pour le premier, il s’agit du retrait de la vie politique, le second prend l’opinion à témoin en annonçant sa démission de tous les organismes dirigeants de la révolution algérienne. Sa préoccupation est la remise des rênes du pouvoir au peuple algérien. « Elle (sa démission) répond au consensus populaire, au désir profond du peuple qui rend responsable tous les dirigeants, sans exception, de la situation actuelle et qui voudrait les voir tous s’en aller », déclare-t-il dans la conférence du 27 juillet 1962.

Cependant, après une longue nuit coloniale et une guerre qui a saigné la société, les figures de proue du nationalisme algérien acceptent de donner la chance à la paix en acceptant de jouer le rôle législatif. C’est à ce titre que les emblématiques opposants au duo Ben Bella-Boumediene intègrent l’Assemblée nationale constituante (ANC), le 20 septembre 1962, dont la durée est de 12 mois. Sa mission : doter le pays de la constitution.

Malheureusement, bien que la majorité de l’ANC soit dévouée au pouvoir en place, Ben Bella fait écrire une constitution par des cadres du parti. Rédigée dans une salle de cinéma (actuelle salle Atlas), le pseudo texte fondamentale est rejeté par les grandes figures de la révolution, à l’instar de Ferhat Abbas, Hocine Ait Ahmed, etc.

Ainsi, dans l’impossibilité de mener le combat politique à l’intérieur des institutions, les opposants au régime totalitaire songent désormais à le faire en dehors des structures. Deux voies s’affrontent alors. Celle de Krim, Ali Yahia, Mohand Oulhadj, qui consiste à renverser le régime par les armes et celle de Hocine Ait Ahmed qui prône une opposition pacifique et élargie à toutes les régions du pays.

Avec son esprit de persuasion, Hocine Ait Ahmed parvient à fédérer la majorité ou peu s’en faut des militants au sein du FFS. Créé le 29 septembre 1963, ce mouvement politique a pour seul objectif de redonner la parole au peuple. Hélas, dans le contexte des années 1960, les régimes dictatoriaux n’acceptent pas le débat. Et pour cause ! A peine la proclamation du FFS est rendue publique, la réaction du régime tombe tel un couperet. Le 3 octobre 1963, Ben Bella s’octroie les pleins pouvoirs et déclare par la même occasion la guerre au FFS.

Encore une fois, contrairement à ceux qui incombent la responsabilité du drame au FFS, dans le fond, c’est le régime qui a lancé les hostilités en réponse à la création du parti. Dans ces conditions, l’épreuve de force –bien qu’elle ne soit pas favorable au FFS, car à peine un mois et demi après sa fondation, les ténors (Mohand Oulhadj, Ali Yahia) rejoignent le régime avec armes et bagages –devient inéluctable. Justifiant la poursuite du combat, Hocine Aït Ahmed déclare : « aujourd’hui que nous avons atteint un seuil à partir duquel ou c’est la fascisation, c’est-à-dire la mort, la misère morale pour notre peuple, .., ou bien la résurrection de notre révolution. » Et c’est tout le sens du combat du FFS.

Aït Benali Boubekeur

commentaires

M
Une note importante peut être apportée à ce rappel historique qui fut l'un des "virages" qu'avait raté notre pays pour s'engager dans une voie démocratique. En effet, le clan « d’Oujda » cantonné durant la lutte armée aux frontières du pays, jusqu’à la signature des accords d’Evian, rentre à Alger pour prendre le pouvoir par la force. La sagesse des dirigeants du GPRA fit rempart contre une guerre civile dont les ingrédients étaient réunis.<br /> Une situation conflictuelle profonde s’installe et précipite le pays vers un destin inconnu. Les rêves de l’indépendance chèrement payée sont confisqués. Le peuple, seul héros, est exclu. Ses représentants légitimes, fraîchement élus au sein de l’Assemblée nationale constituante, ne savent plus à quel saint se vouer : les débats politiques à l’intérieur de l’Assemblée n’ont aucune suite et n’influent guère sur le cours des événements. Impossible d’arrêter, dans l’état actuel des choses, la dérive totalitaire des « nouveaux seigneurs » de l’Algérie, comme l’explique Hocine Aït Ahmed, alors député de Sétif, lorsqu’il relevait, le 10 juillet 1963, l’incapacité de l’Assemblée nationale constituante de bloquer le totalitarisme du régime : « … J’ai décidé de mener une lutte politique ouverte contre le régime socialo- mystificateur… C’est le seul moyen de désamorcer la situation rendue explosive… ». C’est l’opposition ouverte qui donnera naissance au FFS, alternative démocratique au régime militaire et arbitraire. La riposte du régime ne se fait pas attendre. L’arsenal militaire et répressif des nouveaux seigneurs est déployé pour mater la nouvelle opposition constituée de véritables révolutionnaires et soutenue à bras-le-corps par les troupes de l’ALN fidèles aux idéaux de Novembre 1954. L’affrontement fratricide est inévitable. Mais la victoire militaire reste impossible pour les deux parties en conflit. La nécessité d’une négociation globale s’impose. Les premières tractations entre le FLN, parti-État, et le FFS débutent entre janvier et février 1965 et se concluent par l’accord du 16 juin de la même année qui prévoyait « la libération de tous les détenus politiques » et « l’intégration des militants du FFS dans la vie active ». La deuxième phase des négociations prévue pour la fin juin 1965, après la conférence afro-asiatique d’Alger, sera consacrée au volet politique. La fin du parti unique est consacrée. Mais les ambitions démesurées du régime militaire, à sa tête le colonel H. Boumediene et son bras droit A. Bouteflika, n’ont donné aucune chance à l’ouverture démocratique qui se profilait à l’horizon.<br /> Le chantage « chauviniste » favorise le retour des vieux démons. La force supplante le droit. Ben Bella est déposé par le coup d’État militaire du 19 juin 1965. Les aspirations des Algériennes et des Algériens sont mises entre parenthèses et pour longtemps. Le pouvoir changea de main et le système survécut : le « banditisme politique ».
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A
Bonjour Mr Mellah. Vous apportez, par vos remarques précises, des détails intéressants. Je tiens juste à rajouter que Hocine Ait Ahmed a tenu la conférence du 10 juillet 1963 à Ain El Hammam. Pour le reste, je partage votre analyse. Au plaisir de vous lire.

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