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25 juin 2017 7 25 /06 /juin /2017 16:29

Ce texte est extrait d'une interview de Hocine Ait Ahmed (ici la partie consacrée à l'assassinat de Matoub Lounès).
Le Nouvel Observateur : Quelle est selon vous la signification pour la Kabylie de la l'assassinat de Matoub Lounès ?

Hocine Ait Ahmed : je suis révulsé par ce meurtre abominable. On a supprimé un homme emblématique, un homme de conviction. on a endeuillé une famille et toute une région. Le meilleur hommage à lui rendre doit être pacifique et non violent, un hommage digne parce que Matoub Lounès était un homme de dignité. Bien sûr, cet assassinat ne pouvait que déboucher sur une réaction populaire très forte, parce qu'il représentait quelque chose d'extrêmement puissant. Il y avait un rapport magico-mystique entre lui et la population. Et pas seulement avec les kabyles. Une sorte d'attachement à l'artiste qui sait trouver les mots pour exprimer les idées, les sentiments d'une population, de toute une jeunesse. Son désespoir, ses frustration, son courage.

Matoub Lounès, lui non plus, n'avait jamais peur, ni des islamistes ni du pouvoir. En l'exécutant, on a voulu atteindre en plein cœur la région et ceux qui l'habitent. Je comprends très bien la réaction de la jeunesse : dégradation sociale, violence, exclusion politique et culturelle… la Kabylie est un véritable baril de poudre, et à l'évidence, le pouvoir n'a rien compris aux émeutes d'octobre 1988. Quant à l'identité de ses assassins, vous savez la difficulté, en Algérie, d'identifier les véritables auteurs de la violence.

Dimanche, par exemple, à Tazmalt, c'est le maire, chef de la milice, qui a tiré et tué un manifestant. Cette prolifération des seigneurs de la guerre s'ajoute aux activités des groupes paramilitaires et crée une situation inextricable. voilà pourquoi nous avons demandé une commission d'enquête pour mettre fin à l'impunité qui encourage les règlements de comptes.

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Publié par Ait Benali Boubekeur - dans Hocine Ait Ahmed
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8 août 2016 1 08 /08 /août /2016 10:18
MESSAGE DE HOCINE AIT-AHMED À LA CELEBRATION DU CONGRES DE LA SOUMMAM 20 août 2003

Aux femmes et aux hommes libres rassemblés pour l'Algérie,
Essalams âlaykoum wa rahmat Allah wa barakatou !
Ayen iw nuznegh : di durar isirmen ara-d yezden garawen tagmats n'tmeddit du laqrar ad soukesen tafat di Tlam Utelhis .
De toute évidence le Congrès de la Soummam, comme tout ce qui est grandiose transcende la conjoncture historique qui l'a vu naître pour devenir un événement d'une portée nationale et internationale INCOMPARABLE.
Autant dire que la solennité qui nous réunit aujourd'hui n'est pas une simple commémoration ; cela d'ailleurs n'a jamais été le cas depuis près d'un demi-siècle (20 août 1956 ­20 août 2003).
En effet, chaque année, des Algériens et Algériennes en provenance de diverses régions du pays viennent à Ighzer Amoqrane communier dans l'hommage aux décisions historiques de leurs aînés. Ils doivent sans doute obéir à certaines exigences morales et politiques :
Préserver en premier lieu ce qu'il y a de plus vrai de plus positif et de plus fondamental dans une culture politique qui a quand même - cahin caha - réussi à conduire vers la victoire la lutte de notre peuple pour recouvrer son droit à l'auto-determination et à l'indépendance .
Témoigner en deuxième lieu des idéaux démocratiques et du principe de " la primauté du politique sur le militaire " proclamés par le Congrès de la Soummam . Et ce , quelque soient l'avenir de leur témoignage ainsi que sa portée sur la société ; certes celle-ci n'avait pas oublié les promesses "d'une république démocratique et sociale " , proclamée le PREMIER NOVEMBRE 1954 ; sauf , ne l'oublions pas , qu'elle venait de passer ,-quasiment sans transition -, d'une domination coloniale à un système d'oppression d'autant plus redoutable qu'il n'est pas d'origine étrangère et qu'au surplus ,il se prévaut d'une légitimité et d'un patriotisme pris en otage par la " famille révolutionnaire " .
Recueillir dans cette vallée historique les enseignements emmagasinés dans les archives de la mémoire collective , en vue de les faire passer aux vagues montantes de notre jeunesse. Car cet énorme capital de reflexes politiques et d'expériences fussent elles précieuses ou atroces à l'exemple des exécutions dans les maquis , sans procès mais sous torture de centaines de jeunes lycéens patriotes " donnés " comme des traitres par les services de l'armée coloniale ; un patrimoine qui continue à se transmettre oralement mais qui ne s'écrit pas risquait de disparaître à la longue et d'occasionner ainsi une brisure irréparable entre les générations .
Chers compatriotes ,
Si cette fracture entre les jeunes générations de l'Algérie profonde n'a pas eu lieu , ce n'est pas faute pour le cabinet noir de n'avoir pas fait de la prédation politique une véritable stratégie destinée à pérenniser sa main mise sur le pays sur ses richesses et sur le destin d'une nation au passé glorieux . La confiscation , l'instrumentalisation la falsification et la manipulation de la mémoire historique illustrent clairement le caractère délibéré , planifié et totalitaire d'une volonté éradicatrice de toute forme de lutte politique non violente et de toute avancée démocratique .
Pour notre jeunesse , c'est une arrogance insupportable de se voir dépossédée de son passé et des significations qu'elle lui accordait .La traque organisée de la vérité , l'effacement des traces qui rappellent l'extra-ordinaire mobilisation des femmes et des hommes libres de tous âges .Cet invraisemblable détournement de sens du combat libérateur , refuge ultime de la mémoire et de l'identité nationales s'est aussi effectué en plein jour et à ciel ouvert . Y compris dans la frénésie des commémorations patriotiques présidées par des démagogues rentiers de leur passé .
Oui ! la dictature a mené pendant près de quarante ans une politique de déculturation , de dépolitisation voire de destabilisation mentale des Algériennes et des Algériens afin de rendre impossible toute pensée et toute action logiques . Par contre elle a donné toutes ses chances à l'inculture politique , à la culture du mensonge de la manipulation et de la violence .Certains cercles du pouvoir s'évertuent encore à rendre irréversible la politique de la kalashnikov et des dobermans .
Chers amis ,
Qu'a-t-on fait de notre pays , de notre société ,de notre jeunessse ?
Je ne vous apprend rien . Vous qui vivez chaque jour les épisodes dramatiques et burlesques d'une hallucinante deliquescence dans tous les domaines . Je n'ai pas le moindre doute que votre reflexion et vos analyses ,à Ighzer Amoqran , n'attribueront pas à la fatalité ou à je ne sais quelle malédiction les malheurs , l'extrême detresse sociale , jusqu'à la réapparition de la peste dans notre pays , un fléau pourtant éradiqué . dans le monde depuis de siècles. Le règne d'un nihilisme destructeur voilà l'une des racines du mal qui vouent l'Algérie au chaos à la division et à l'auto-destruction.. Pourtant les " amis " et les partenaires de l'Algérie continuent à faire confiance à la peste brune pour éradiquer la peste noire .
Jamais notre pays n'a connu une impasse aussi désespérante . Les clans du pouvoir se donnent honteusement en spectacle , pour imposer un candidat aux présidentielles . Ainsi la seule issue pour une guerre qui dévore les Algériens et dévaste l'Algérie serait le choix d'une perruque à un semblant d'" Etat" .
Etrange attirance du vide d'Etat, où une société en plein désarroi retourne à ce qui l'a fondé et uni le 20 août 1956. Faire revivre le congrès de la Soummam c'est ouvrir la voie à l'espoir et redonner à la nation algérienne confiance en elle-même. Le miracle qui a pu s'accomplir en pleine guerre de reconquête coloniale est, aujourd'hui, à la portée des Algériens et Algériennes. Deux hommes, Ben M'hidi Larbi et Abbane Ramdane ont réussi les premières assises de la " révolution" , parce qu'ils ont su réussir la préparation de ces assises.
C'était une entreprise de titans pour qui se rappelle les querelles de personnes , les problèmes entre willayas et les rivalités qui opposaient les dirigeants des différentes formations politiques invitées à ce congrès. Cet anniversaire est là pour nous rappeler que notre nation a vécu de grandes choses dans son histoire. Elle est montée si haut dans l'affection et l'estime des peuples et des hommes libres du Monde en Tiers. Pourquoi est-il descendu si bas ? probablement aussi parce que la diplomatie totalitaire a réussi à tromper ces derniers et à les retourner contre les aspirations profondes de cette nation, au nom de la lutte contre le terrorisme intégriste.
Une chose est sûre : quoiqu'on fasse pour brouiller les cartes, jusqu'à oser comparer " une plate-forme cocotte-minute au Congrès de la Soummam, celui-ci est un des évènements qui se sont inscrits profondément dans l'identité de notre pays.
Il convient de préciser, que ce congrès n'est pas né de nulle part , ex-nihilo, son mérite majeur est d'avoir réhabilité la nature politique et contractuelle de notre combat national depuis des décennies.
Le congrès de la Soummam appartiendrait-il, pour autant à l'histoire ancienne.? Bien au contraire, son défi exemplaire à la fatalité s'impose plus que jamais au présent puisqu'il peut constituer l'une des clefs pour un avenir de justice de liberté et de réconciliation.
Je ne saurai assez répéter que la négation au peuple algérien de son droit à l'auto -détermination est l'élément fondateur non pas d'une république démocratique et sociale mais au contraire d'un simulacre de république où il n'y a quasiment rien de public.
La fondation de la deuxième république apparaît ainsi comme l'unique perspective de sortie de crise ; j'ajouterai que cette initiative révolutionnaire -au sens qualitatif de terme ­est loin d'être une utopie, pour peu que ceux qui détiennent la réalité du pouvoir accepte de renoncer aux fausses solutions notamment à la perversion du suffrage universel. La seule manière de se réconcilier avec ce principe électoral sans lequel il n'y aurait pas eu de civilisation est de restituer aux Algériens individuellement et collectivement les libertés et les droits qui leur permettent d'élire en toute souveraineté une Assemblée Nationale Constituante.
Seule une constitution peut permettre l'établissement de l'Etat de droit. Faute de quoi l'exercice de la puissance publique continuerait à être illégitime, la justice continuerait à ne pas être indépendante équitable et unanimement respectée, et la loi devant commencer à s'appliquer à tous les citoyens sans exception, ne sera pas le lieu géométrique d'une alternative démocratique.
La balle est aussi et surtout dans le camp des vrais démocrates et de la société civile.
Refusez le refus du pouvoir d'une solution globale politique et pacifique est un préalable qui interpelle la responsabilité de chaque Algérien et Algérienne.
Que revivent les Algériens en citoyens et citoyennes à part entière libres heureux et fraternels.

Hocine Ait-Ahmed

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Publié par Ait Benali Boubekeur - dans Hocine Ait Ahmed
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1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 20:57
LA BRAISE BERBERE (interview deHocine Ait Ahmed 1982)

Q. Pouvez-vous classer les principaux groupes ethniques en Algérie selon leur importance numérique ?

Hocine Ait Ahmed: Entre berbérophones et arabophones, une classification est très difficile parce qu’il n’y a jamais eu de statistiques sérieuses, mais disons que l’on trouve environs 30% de berbérophones en Algérie, la Kabylie, les Aurès, les touareg, le Mzab, les îlots berbères des montagnes du nord et du sud, sans compter les populations bilingues d’Alger et de la Mitidja. L’important est que le berbère existe. Cela en soi et à soi fonde son droit à un développement plénier dans la vie civile, politique, sociale et administrative. Ceux qui dénient ce droit le traitent comme une simple survivance folklorique.
Le berbère est la langue la plus ancienne du bassin méditerranéen la langue arabe n’est sortie de la péninsule arabique qu’au VII° siècle. Donc ne parlons pas de survivance berbère, mais de permanence culturelle avec une persistance linguistique phénoménale le tifinar est l’un des plus vieux alphabets du monde.
Au surplus, condamner la culture berbère sous prétexte qu’elle est fondamentalement orale, c’est non seulement ouvrir la voie un impérialisme en Afrique où domine l’oralité, mais c’est encore justifier ce que les Latino-Américains appellent, par la suprématie de l’espagnol, le colonialisme intérieur. C’est nier toute idée de culture (153)

Q. : De quoi se compose la spécificité kabyle ?

HAA. Je n’aime pas beaucoup l’expression « spécificité kabyle », elle supposerait des droits spécifiques qu’elle opposerait à la communauté nationale. Le libre développement de la langue berbère, l’exercice, et non pas la simple tolérance du droit à la différence, dépasse un cadre territorial donné ; je dirais que l’extrême densité démographique de la Kabylie, les supports villageois de la société civile et politique en ont fait un véritable bastion du patrimoine algérien. C’est sa spécificité ; la nation algérienne a plusieurs vitesses d’évolution selon les régions. Les grands réveils de la conscience nationale ont en Kabylie un ancrage plus profond et un rythme plus rapide, et cela impose à la Kabylie des devoirs à l’égard de la personnalité nationale dont la composante berbère (…)

Q. : Quelles sont les principales régions en Algérie ?

H.A. A. : Définir les régions sur la base de quels critères ? Au niveau de la classe dirigeante, on dit « les gens de l’Est », « de l’Ouest », « du Sud », « du Centre ». Les quatre points cardinaux polarisent les rapports de force et les dosages ! L’administration coloniale avait divisé l’Algérie en quatre régions. Trois départements : l’Oranais, le Constantinois et l’Algérois, plus les territoires du Sud. Pendant la guerre de libération, il y avait six wilayas qui recoupent le découpage prévu par l’Organisation Spéciale.
Après l’indépendance, on a détruit les wilayas qui avaient fait pourtant la preuve de leur efficacité. Un jacobinisme soucieux de tenir en main les masses turbulentes. A la première assemblée constituante, j’avais plaidé pour une réforme administrative fondée en gros sur la modernisation des six wilayas, leur transformation en pôles de développement, en régions autosuffisantes et complémentaires. Ce sont des régions naturelles.

Q. : Y a-t-il une identification possible entre les minorités et les régions ?

H.A. A. : Non, je ne crois pas. L’exemple le plus concret en est le Mzab, minorité ibadite, parlant arabe et berbère. Cette minorité souffre de discrimination et d’intolérance. Pourtant, de cette population industrieuse et alphabétisée dans sa presque totalité grâce à l’initiative de ses habitants, on peut parler de pionniers du désert ; or, au lieu de les laisser s’administrer eux-mêmes et d’utiliser leurs compétences dans le Sahara, on leur a imposé un carcan centralisateur et parachuté des fonctionnaires « nordistes ».

Q. : Le développement régional en Algérie est très inégal. Pourquoi ?

H.A. A. : Il n’y a pas de développement régional parce qu’on a ignoré les régions Le modèle de croissance fonde sur le gigantisme industriel ne s’est pas du tout soucié de l’équilibre régional : l’exode rural, la faillite de l’agriculture n’ont fait qu’aggraver les disparités régionales. Pourtant depuis deux décennies, la presse officielle ne cesse de dénoncer (154) la bureaucratie, la centralisation, les disparités régionales. Il y a un tel acquis dans le vocabulaire quant aux réalités…

Q. : Y a-t-il une oppression du pouvoir central à travers les structures de l’État d’une part, et à travers les structures du parti d’autre part ?

H.A. A. : Jamais l’Algérie n’a connu « en temps de paix » un quadrillage administratif aussi pléthorique, aussi lourd ; sans doute pour combler le fossé qui existe entre la micro-société qui résulte de la pulvérisation du tissu social et la macro-centralisation. Un léviathan bureaucratique sous-développé fondé sur la fiction de parti unique, qui depuis près de vingt ans, est l’objet de réactivation, de réanimation et de réorganisation permanentes.
Cette administration hyper-centralisée engendre l’absence de libertés démocratiques et au niveau de la société civile, l’étouffement de tout esprit d’initiative, l’absence de sécurité économique, sociale, de travail, de salaires, de logements. Il y a un véritable divorce entre les structures étatiques et les populations (…)

Q. : Les populations ont-elles leur mot à dire dans les décisions en matière de développement régional ?

H.A. A. : Théoriquement le parti, les organisations nationales, c est-a-dire les syndicats, l’organisation des jeunes et des femmes sont conviés à participer, à donner leur point de vue. Il y a aussi les assemblées élues. Théoriquement donc, les populations et les travailleurs ne manquent pas de représentants. Mais connaissez-vous un État partisan, l’État d’un parti unique, compatible avec la démocratie politique, économique et culturelle ?
En décembre 1962 de la tribune de l’Assemblée constituante, j’ai dénoncé le parti unique, l’État-partisan dans une longue intervention que j’ai publiée dans « Guerre — Après-guerre » (Éditions de Minuit), l’état-de-siège dressé en permanence contre la souveraineté des travailleurs et des citoyens. Pour montrer comment une fiction devient réalité dans une mentalité de dominateur, j’ai utilisé l’image du père qui joue avec le train électrique de son enfant et qui finit par se prendre pour le directeur de la S.N.C.F.
Combien de petits pères des peuples ont fabriqué et fabriquent encore cette fiction souveraine ? Ces filiations douteuses rendent encore plus vitales les recherches d’identité. Celle-ci ne s’octroie pas, elle se forge dans les luttes sociales politiques et culturelles qui doivent être indissociables.

Q. : Y a-t-il des clans politiques et familiaux au niveau des régions et au sein des minorités ?

H.A. A. : L’unité du parti est un burnous de chasteté qui couvre le pullulement cancéreux des clans régionalistes. Les féodalités régionalistes sont pour moi à la fois les conséquences et les soutiens de la dictature. Elles continuent à se livrer à une lutte féroce et sournoise sous forme de règlements de compte. Chacun place les gens de sa tribu. (155)
Je souligne qu’on a longtemps spécialisé les Kabyles dans la répression, comme les Kurdes en Iran. L’ex-Shah de Perse s’était enorgueilli d’avoir pris des bains de foule pendant trois jours en Kurdistan. C’était précisément parce que la Savak était dirigé par les Kurdes. Une double opération : on réprime les Kurdes, qui peut mieux le faire que les Kurdes ? Deuxièmement dresser l’ensemble des citoyens contre l’ethnie qui a fourni les tortionnaires les plus en vue.
Depuis 1948, ce sont des Kabyles qui ont assassiné ou tenté d’assassiner des Kabyles, avant, pendant et après la guerre de libération. Il y a des formes de traîtrise répétitives, depuis des millénaires, chez les candidats ou les hommes au pouvoir. Certes la cruauté n’est pas l’apanage d’une « race » ; mais il faut se garder d’une vision apologétique de l’histoire et avoir le courage de l’intelligence, voire du simple bon sens ; constater les faits et les dire, en vue d’établir le vrai dialogue avec les consciences.
Je pense que ces recours, je dirais traditionnels, à la suppression physique des rivaux réels ou potentiels, résulte moins de la bêtise, que d’une scission intime ; d’une fracture de la personnalité ; l’ambition fait le reste. Que vaut un système politique, dans lequel par ailleurs on est obligé de donner des gages de « fidélité » à l’ « unité nationale », pour se valoriser et assurer sa promotion ?
J’en ai toujours tiré la condition qu’il n’y a pas de démocratie et de civisme, sans pluralisme : être bien dans sa peau même et surtout quand on n’est pas dans la ligne officielle ; d’autre part sans élections libres : le suffrage universel au niveau local, régional et national, permet de se valoriser dans la seule fidélité qui doit primer, la fidélité au mandat démocratique, aux besoins et aux aspirations des citoyens.

Q. : Quelle est la signification du mouvement de Tizi Ouzou depuis le printemps de 1980 ?

H.A. A. : Le printemps kabyle est un de ces instants de vérité dont j’ai parlé tout à l’heure. Des jeunes de kabylie ont compris que les droits de l’homme c’est d’abord le devoir d’être des hommes et de se battre pacifiquement pour la démocratie, le droit d’être des Algériens à part entière passe par le devoir d’assumer sa berbérité qui est irréductible au couscous et au burnous. Le même phénomène d ’automobilisation par la base fervente et responsable, la même réponse massive. Le résultat le plus concret a été le déblocage historique de l’opinion algérienne et la réactivation de la vie politique algérienne. A travers la survie de la langue berbére, les Algériens comprennent de plus en plus que l’enjeu est la démocratisation de la vie politique, économique et culturelle.

Q. : Qu’implique la défense de la culture berbère en termes d’organisation politique ?

H.A. A. : En bref, la fin du terrorisme idéologique, du monolithisme politique, du monopole linguistique, associatif et syndical. Elle implique un autre type de rapports sociaux, un autre régime politique fondé sur le pluralisme dans tous les domaines, le respect des droits de l’homme, un autre développement élaboré, décidé et contrôlé par les citoyens et citoyennes. (156)

Q. : l’affirmation du particularisme kabyle est-elle contre-révolutionnaire ?

H.A. A. : Pour identifier la contre-révolution, c’est vers l’accusation et non l’accusé qu’il faut se tourner. Une vieille paysanne avait parcouru des kilomètres à pied pour répondre à une convocation d’un juge. Quand elle s’est s’est fait reprendre vertement par le juge : « parler arabe ! », elle n’a pas utilisé de grands mots. Elle a dit : « chez le juge colonial, on avait au moins un interprète ». L’ « homme de justice » s’est bien gardé de la …. classique « nostalgiques du colonialisme », car tout le monde savait que la famille de la plaignante avait été décimée par la répression coloniale.
Pareils comportement sont très fréquents dans la vie courante, … de la part de personnalités kabyles, heureusement de moins en moins formés ou déformés par la rhétorique, ils font preuve d’un zèle moins …, moins apparent depuis la levée en masse pacifique. L’interdiction de la conférence de Mammeri sur la poésie kabyle est la goutte qui a fait déborder le vase.

Q. : Une stratégie de développement peut-elle s’accommoder d’une multiplication des centres de pouvoir ?

H.A. A. : Je vous retourne la question : une stratégie de développement peut-elle s’accommoder d’une multiplicité successive de putsch ? L’Amérique latine après plus d’un siècle d’indépendance politique, où en est-elle ? Pensez-vous que la doctrine de Monroe peut tout expliquer ? ne faut-il pas des indigènes pour co-gérer la dépendance et écraser leurs propres sociétés ? Le besoin de régénérer la démocratie n’a rien à voir avec … … des mécanismes classiques de représentation ; il s’agit de multiplier les centres de décision et de contrôle populaires.
Il faut casser la tutelle centralisatrice pour éviter l’hégémonie d’une structure. L’intégration nationale est une tâche fondamentale, elle ne doit pas se faire sur la base d’une tutelle. Elle ne peut pas se faire autour d’un parti ou de l’armée. C’est à l’intelligence et à la conscience des citoyens qu’il faut confier l’unité et le développement de la nation.

Q. : Percevez-vous ailleurs qu’en Kabylie une revendication à l’identité culturelle ?

H.A. A. : Je crois qu’il y a une revendication générale à l’identité nationale. Je ne parle pas seulement de cette jeunesse fougueuse des Aurès ou du Mzab, des Touaregs qui revendiquent droit de cité à la langue berbère dans la cité berbère. Je pense à ces masses paysannes du nord-constantinois par exemple, bloquer les centres routiers comme des réserves d’Indiens, pour se rappeler au souvenir des technocrates lointains, à cette jeunesse qui remplit les mosquées, désorientée et en quête de son identité.
Que l’élément identificatoire soit une langue étouffée, le lien avec Dieu, avec la terre, avec les libertés démocratiques, on peut dire : notre projet est notre identité et réciproquement notre identité c’est notre projet (157) et celui-ci ne peut être octroyé ; il se forgera dans la réactivation civique et la mobilisation politique de l’opinion (…)

Q. : Que deviennent les minorités dans les grandes villes algériennes ?

H.A. A. : Il y a un phénomène de ruralisation des grandes villes. Minorités linguistiques ou majorités, elles sont menacées par une telle pression démographique, par de tels problèmes sociaux, qu’il y a menace de clochardisation. La récession du civisme au profit de la débrouille fait qu’il y a tribalisation. C’est à ce niveau que les tentatives d’adaptation et de survie font jouer les solidarités. Dès lors, le mouvement du printemps kabyle est un mouvement révolutionnaire en ce sens qu’il est porteur de valeurs nationales et de significations capables d’élargir les horizons politiques et d’approfondir la conscience nationale.

Q. « Pourquoi veut-on sédentariser les nomades algériens ?

H. A. A. ; Mais pour les contrôler pardi. Sous prétexte de civilisation. Alibi plus que millénaire. Le nomadisme est un mode de civilisation simplement différent. En tout cas, c’est ainsi qu’elle est assumée et non comme une fatalité. Sédentaires ou nomades conçoivent leurs gîtes par nécessité et non pour l’éternité comme les pharaons. C’est aux nomades que les choix doivent revenir. Nouer entre les consciences les liens d’une communication vraie implique un climat de tolérance et de dialogue. A cette condition, les nomades feront d’eux-mêmes œuvre de cohésion et d’imagination et formuleront des solutions. J’observe que le Niger a pris l’initiative de créer des écoles ambulantes en tamachek, en berbère, au service des Touareg. C’est là un exemple d’imagination que l’Unesco a d’ailleurs félicité (…)

Q. : Que devrait-on faire pour promouvoir et préserver les identités des minorités ?

H.A. A. : C’est une question vitale. C’est une vraie question à laquelle j’ai tenté d’apporter dans une thèse l’éclairage des droits de l’Homme. Elle dépend en définitive de la capacité de la société internationale à promouvoir l’intégrisme des droits de 1’homme, éliminer les structures de désintégration et de mésintégration héritées de la doctrine de Monroe, de la conférence de Berlin en 1885 qui a pulvérisé l’Afrique, et de la Conférence de Yalta. En attendant, il faut sans relâche débusquer et pourchasser sans complaisance les formes subtiles du racisme et de discrimination.

Le texte daterait de 1982. (Propos recueillis par Georges Châtillon et Laurent Perallat.)

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Publié par Ait Benali Boubekeur - dans Hocine Ait Ahmed
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19 septembre 2015 6 19 /09 /septembre /2015 19:12
Création du GPRA : les contributions de Hocine AIT AHMED et d’Abdelhamid MEHRI, le 19 septembre 2008

Un anniversaire, c'est aussi un moment de retrouvailles. Non seulement retrouvailles entre compagnons de lutte, camarades et amis, mais également un moment où...se rappelant un évènement et le célébrant, on remet sur la table les rêves, les valeurs, les principes qui ont conduit à sa fondation. Les rêves, les valeurs et les principes qui ont conduit à la proclamation du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne, GPRA.

Nous avons non seulement le devoir, de les rappeler – afin que nul n'oublie, mais nous avons aussi le devoir de les confronter aux réalités d'aujourd'hui, de voir ce que ces rêves, ces valeurs et ces principes sont devenus... afin que là aussi, nul n'oublie !

Ce que je vais vous dire aujourd'hui, j'ai déjà eu à l'écrire – en son temps – à mes camarades du CCE (Comité central élargi), la direction révolutionnaire de l'époque, dans un rapport que j'ai ultérieurement publié dans Guerre et Après Guerre :
« La constitution du GPRA a été – dans le cadre de la révolution – la réalisation du rêve de plusieurs générations d'Algériens : le rétablissement de la Dawla, de l'Etat. »

L'Algérie a été voulue par les Algériens comme un Etat représentant, incarnant, défendant les intérêts d'un peuple. Ceci est important à rappeler aujourd'hui.
Face aux oligarchies de toutes obédiences, face aux clans et autres regroupements infra-politiques ou para-politiques qui squattent l'espace public en privatisant l'Etat, spoliant le peuple, défigurant la société et la déstructurant.

Quelle question se pose aujourd'hui ? Est-ce que l'Etat voulu par des générations d'Algériens, par ce peuple qui a tant payé pour atteindre cet objectif est aujourd'hui bien incarné par le régime en place ?

Pour pouvoir répondre à cette question, il faut peut-être en poser une autre : Est-ce que les nouvelles générations, les Algériennes et les Algériens qui sont nés dans cet Etat, l'Algérie ; l'Etat algérien, dont ont rêvé les générations précédentes ; cet Etat qui a été gagné de haute lutte grâce à la révolution, est-ce que les jeunes d'aujourd'hui considèrent cet Etat comme le leur ? Ou bien le régime en place l'a-t-il à ce point éloigné de ses missions originelles, c’est-à-dire incarner, représenter et défendre les intérêts du peuple dans la diversité de ses composantes qu'il en a résulté un recul désastreux auprès de notre population et notamment des jeunes dont la colère contre le régime, se transforme en rejet de l'Etat ?

Quand on entend des responsables faire officiellement des procès en patriotisme à notre jeunesse, nous avons le devoir de leur rappeler, d'une part, quels étaient les principes fondateurs de l'Etat algérien et d'autre part, combien ils les ont bafoué !!

Et combien ils continuent quotidiennement de les bafouer !!

2e rappel toujours tiré du rapport au CCE : «La constitution d'un gouvernement est avant tout un acte politique devant par conséquent répondre à des impératifs d'ordre politique. Elle ne peut être conçue à partir de simples évocations historiques ou juridiques »

Parmi les raisons multiples qui ont conduit à la proclamation du GPRA il est nécessaire de rappeler la protection et le respect des droits de l'Homme. Dans notre souci politique, le GPRA avait l'ambition de faire appliquer les conventions de Genève, pour protéger notre population et nos combattants, pour interdire les bombardements de villages, pour interdire la prise d'otages et les représailles collectives, pour le respect du soldat... pour sauver nos jeunes de la guillotine, nos cadres de l'assassinat...

Qu'en est-il aujourd'hui de ces droits de l'Homme ? De ce souci de protéger notre population, nos jeunes, nos cadres et nos...soldats empêtrés dans la sale guerre ? Qu'en est-il aujourd'hui du droit à l'autodétermination du peuple algérien, du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ?

On ne peut – par ailleurs – absolument pas évoquer la création du GPRA sans rappeler le Congrès de la Soummam, Congrès sans lequel la dynamique de l'unification des forces nationales n'aurait pas eu progressivement et rapidement la visibilité nécessaire à sa crédibilité ! Le GPRA s'est aussi inscrit dans ce souci de visibilité.

Bien sûr, cette date du 19 septembre avec la célébration du GPRA amène à l'esprit toutes les luttes, les souffrances et les sacrifices consentis par le peuple algérien, par les femmes et les hommes qui le composent. Par respect pour la mémoire de ceux qui ne sont plus, par devoir envers les nouvelles générations et celles qui sont appelées à venir, il est peut-être vital, essentiel de rappeler le pourquoi et le comment du combat pour l'indépendance algérienne.

Car il reste encore beaucoup de chemin à faire...

Pour que l'Etat soit de nouveau l'incarnation des rêves d'un peuple et le garant de la défense de ses intérêts... Pour qu'il ne soit plus ce cauchemar qui fait fuir par milliers nos jeunes. Et les moins jeunes... Il est utile, voire vital de préciser certaines choses. Chaque lutte renvoie au contexte historique et à l'environnement international qui sont les siens. Il s'agit d'être clair sur les combats à mener aujourd'hui.

L'Etat d'aujourd'hui n'est pas à confondre avec l'Etat colonial. Mais il s'agit également d'avoir la lucidité de voir que l'Etat algérien d'aujourd'hui confisqué par une caste prédatrice ne répond plus aux aspirations du peuple et de la société. Aux attentes de tous les Algériens et de toutes les Algériennes dans la diversité de leurs aspirations à la liberté et à la dignité.

Faire œuvre utile en politique aujourd'hui c'est aussi expliquer en quoi l'Histoire, la nôtre, s'est appuyée sur l'esprit millénaire de résistance qui caractérise cette terre.
Cette Histoire, pour se faire, s'est également appuyée sur les instruments de la modernité universelle.

L'Etat moderne est un Etat au service d'un peuple dont il garantit la liberté, le développement et la sécurité et en retour, le peuple est le garant de la pérennité de cet Etat, quand ce dernier repose sur la liberté de la société et des individus qui la composent.

Au moment de célébrer les espoirs soulevés par les victoires du passé, au moment d'évoquer, comme ce soir, les victoires sur le colonialisme, il ne faut surtout pas, en ces temps si durs pour notre peuple, il ne faut surtout pas oublier qu'avant de triompher du colonialisme, nous avions d'abord triomphé des limites qu'il était parvenu à imposer à
notre audace autant qu'à notre action.

La création du GPRA a été la concrétisation la plus politique et la plus manifeste de cette double victoire sur le colonialisme et sur nos propres limites. Le coup de force contre le GPRA a de ce fait consacré une terrible régression: il demeure non seulement le témoignage d'une illégitimité originelle. Mais il a aussi installé - pour ne pas dire réinstallé - la force brute comme seul mode de gestion de notre société.

Hocine AIT AHMED

Témoignage d’Abdelhamid Mehri, ancien ministre du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne

FERHAT ABBAS, Premier Président du GPRA

Ferhat Abbas représentait pour moi et pour des générations de militants PPA le porte-parole d’une école politique que nous avons combattu. Ferhat Abbas prônait, avant la deuxième guerre mondiale, l’assimilation comme moyen pour les algériens, soumis aux obligations de leur statut de français, d’en acquérir les droits.

A la fin de la guerre, les positions de Ferhat Abbas ont évolué vers des positions plus proches de la revendication de l’indépendance. Les dialogues menés avec lui par le Dr Lamine Debbaghine et le Dr Chawki Mostefai, dirigeants du PPA, y avaient grandement contribué. Et ce fut le Manifeste du peuple algérien, puis les Amis du Manifeste et de la Liberté (AML). Immense mouvement d’union populaire qui a marqué la lutte politique du peuple algérien contre le régime colonial.

La tragédie du 8 mai 1945 et la dissolution des AML ont provoqué la dislocation de cette union, emmené Ferhat Abbas à créer l’Union Démocratique du Manifeste Algérien (UDMA) et s’inscrire dans la vision du Général De Gaulle qui voulait transformer l’empire colonial français en union « librement consentie »: l’Union Française. Les députés UDMA proposaient, en conséquence, à l’Assemblée Nationale Française le projet d’une République Algérienne fédérée à cette Union.
Ce projet a été également combattu par notre génération et rejeté, en même temps, par le Gouvernement français.

Aujourd’hui, avec le recul, je demeure convaincu que le combat contre la politique prônée par Ferhat Abbas, pour la solution du problème algérien, devait être mené. Et il est heureux qu’il l’ait été.
Le Premier Novembre a éloigné ce passé avec ses clivages politiques. Mais c’est l’homme de ce passé qui est accueilli, au sein du FLN, par les hommes qui l’avaient combattu. Tous les dirigeants de première ligne de la révolution étaient, en effet, issus du PPA, son principal adversaire politique. L’événement n’était pas anodin et les contacts au début étaient un peu laborieux et prudents. Les retenues et les réserves étaient, peut-être, de la même nature des deux cotés. L’adhésion de Ferhat Abbas au FLN ne pouvait effacer d’un trait les traces d’un passé chargé de divergences politiques et idéologiques, mais aussi de préjugés et de séquelles de polémiques pas toujours heureuses.

Mais l’adhésion de Ferhat Abbas était sincère, honnête et réfléchie. Il a su s’adapter à un milieu politique très différent de son itinéraire et de son expérience politique. Il a fait des efforts méritoires pour s’intégrer à ce nouvel environnement, l’accompagner, le comprendre. Il a même aidé à maintenir et à consolider sa propre cohésion. Son apport au combat de la libération était considérable et son rôle au sein des organismes dirigeants de la Révolution (CCE et GPRA) très important.

Les contacts avec Ferhat Abbas ont commencé après l’installation de Abbane Ramdhane à Alger.

Ce dernier me disait, en mai 1955, que ses contacts avec le leader de l’UDMA étaient encourageants et qu’il a été agréablement surpris par les dispositions de l’homme. Ces contacts entrepris par Abbane auprès des acteurs politiques, on l’a appris par la suite, préparaient le terrain à la tenue du Congrès de la Soummam qui a scellé l’union de toutes les familles du nationalisme algérien. Lors de ces assises, Ferhat Abbas et d’autres personnalités politiques d’horizons fort éloignés du PPA, ont fait leur entrée au Conseil National de la Révolution Algérienne (CNRA). Les décisions politiques et organisationnelles de la Soummam ont eu de grandes répercussions à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Mais cette ouverture politique provoqua des remous dans les sphères dirigeantes de la Révolution, notamment chez certains « historiques ».

Ces remous se transformèrent en crise aiguë, après la sortie du CCE et lors la première session du CNRA, réunie au Caire en août 1957.

Dans une première phase de cette crise, la contestation remettait en cause, simplement, tous les organismes dirigeants mis en place par le Congrès de la Soummam et son orientation générale. Mais un compromis, sauvant l’essentiel des décisions du Congrès, a pu être dégagé au prix d’efforts considérables de dialogue et de contact. Ferhat Abbas a pris une part importante à cet effort de conciliation.

Au point que les contestataires, qu’on appelait les militaires, ont surpris lorsque il s’est agit de la formation du Comité de Coordination et d’exécution (CCE). Car, au moment ou ces contestataires reprochaient à Dahleb et à Benkhedda leur tiédeur à l’égard du projet insurrectionnel et insistaient pour leur élimination du CCE, ils tenaient à ce que Ferhat Abbas y figure malgré les réserves de certains, dont je faisais partie, mais pour des raisons différentes.

Cela explique, en grande partie, que lors de la formation du GPRA, le nom de Ferhat Abbas était celui qui réalisait le consensus le plus large pour le présider.

Le CCE, puis le GPRA, présidé par Ferhat Abbas, connurent des phases difficiles et des crises internes. L'attitude de Ferhat Abbas, en ces moments là, a été toujours marquée par une volonté tenace de les résoudre, ou les atténuer, par le dialogue et la concertation.

Arrive la grande crise de l'été 1962. N'étant pas convaincu des motifs invoqués par les deux camps, j’ai vainement essayé de persuader Ferhat Abbas de rester en dehors de la mêlée pour continuer de jouer le même rôle. Je n'ai pas réussi à le convaincre. Il a choisis de prendre position avec le Bureau politique.

Il me confia ultérieurement, et il l'a répété à d'autres amis, qu'il a profondément regretté cette prise de position.

******

Il m’est arrivé, quelques fois, d’accompagner le Président Ferhat Abbas lors de rencontres de chefs d'État. La trame de fond de toutes ces rencontres était évidemment la question algérienne. Mais certains gestes et paroles de l'Homme, sont restés en mémoire.

J’évoquerais trois moments significatifs à certains égards:

1. Rencontre avec le Président Jamal Abdennasser.

Si mes souvenirs sont exacts, c’était la première rencontre entre les deux hommes. Et il n’a pas était facile de l’organiser. Car l’image de Ferhat Abbas dans les fiches des services de renseignements égyptiens était, peut être, à l’origine de certaines réserves. Mais finalement la rencontre s’est déroulée dans une atmosphère sereine, emprunte de respect et de franchise, même si elle manquait de chaleur. En quittant les lieux où nous avons été reçus, Ferhat Abbas résumait ses impressions dans cette phrase: « C’est un grand homme, dommage qu'il traîne une bureaucratie millénaire!! »

2. Rencontre avec le Président Habib Bourguiba à un moment de brouille avec Jamal Abdenasser.

Entre les deux hommes, tout le monde le savait, le courant ne passait pas. Leurs désaccords tournaient parfois à la crise ouverte. Au début de la conversation, Bourguiba commençait à évoquer cette brouille. Alors que personne ne s'y attendait, Ferhat Abbas l'interrompit brusquement: "Mon cher ami cesse de te chamailler avec Abdennasser... (Les deux hommes se tutoyaient)...nous sommes en train de faire face à une guerre atroce et sachez bien que nous avons besoin de vous tous!". Je m’attendis à une réplique coléreuse habituelle de la part de Habib Bourguiba. Ce fut un silence pesant qui me paraissait long. Puis Bourguiba esquissait un large sourire et change de sujet. Le message du président Abbas était bien reçu. Les conversations revinrent vers l'objet initial de notre rencontre.

3. Rencontre avec sa Majesté Mohamed V (août 1958 moins de deux mois avant la formation du GPRA).

Dépêchés en mission urgente auprès de Sa Mohamed V, Ferhat Abbas et moi nous fument reçus au Palais Royal dés notre arrivée à Rabat. Une grande tension régnait alors aux frontières algéro-marocaines dans la région de Béchar. Des heurts graves et regrettables avaient eu lieu entre des éléments des deux pays. La circulation dans la région était sévérement réglementée et un blocus établi autour de certains points de présence de l'ALN. Sa Majesté Mohamed V nous a reçus, comme il a toujours fait avec les responsables du FLN, avec simplicité et gentillesse. Informé de l'objet de notre mission, il entra directement dans le vif du sujet. « Vous savez que moi et le Maroc tout entier sommes aux côtés de la révolution algérienne. Je peux vous assurer que cela ne changera pas. Mais, en tant que chef d'État, j'ai des obligations envers mon Pays et son unité territoriale. Il y a un problème de frontières entre nos deux pays et j'aimerais que l’on en discute dès maintenant. Je désigne le Prince Moulay El Hassen pour présider la délégation marocaine"

L'audience était brève mais édifiante. Ce que l'on croyait être des incidents locaux limités, était en fait lié un problème sérieux posé officiellement, et solennellement.

Ferhat Abbas était d'autant plus désolé qu'il devait quitter le Maroc pour un rendez-vous important. Il me demanda donc de rester à Rabat, de former une délégation sur place et de mener les négociations avec les responsables marocains. Ce que je me suis efforcé de faire.

En guise de consignes, Ferhat Abbas me dit ceci: « Ecoute mon cher Mehri, formellement, nos frères marocains ont peut-être raison d'évoquer la question des frontières. Cependant, ils choisissent très mal la façon et le moment de le faire. Nous ne pouvons pas les suivre sur cette voie. Tâche de les persuader que l'intérêt des deux pays commande le renvoi du règlement de cette question après l'indépendance de l'Algérie ».

Après l'indépendance je rendais, souvent, visite au Président du GPRA. L'une des dernières visites que je lui ai rendues chez lui, se situait juste après la défaite des armées arabes en Juin 1967. Après un bref échange amical, je le provoquais un peu : « Alors, Monsieur le Président, nous avons reçu encore une tannée!? » Ferhat Abbas, calme, me fixa un moment, puis, sans aucun signe de plaisanterie dans sa voix, me répondit:

- Mais, mon cher Mehri, nous allons vaincre
- !?!!! Comment cela Monsieur le Président ?
- Oui, nous vaincrons à force d'être vaincus!

Rahima Allah Ferhat Abbas.

Abdelhamid MEHRI

Cinquantième anniversaire de la création du GPRA

Par Boubekeur Ait Benali, Algeria-Watch, 18 septembre 2008

Il y a un demi-siècle, jour pour jour, l’Algérie a formé son premier gouvernement. Bien qu’il soit provisoire, il n’en demeure pas moins que dans l’esprit des Algériens, à ce moment-là, cet événement représentait indubitablement l’acte fondateur de l’Etat algérien.

Toutefois, la création du GPRA (Gouvernement Provisoire de la République Algérienne) n’est pas survenue ex nihilo. Il y avait, au début de la guerre, le Conseil de la révolution composé des neuf chefs historiques. Le texte qu’ils ont diffusé le 1 novembre 1954 annonçait la création du FLN, un appel au peuple algérien pour se mobiliser et une plateforme de revendications destinée aux autorités coloniales. Pendant prés de deux ans la révolution algérienne a été régie par ce texte fondateur du FLN. A partir du congrès de la Soummam, les congressistes ont créé un comité de coordination et d’exécution (CCE), restreint entre août 56-août 57 et élargi jusqu’en septembre 1958. Toutefois, si le GPRA a pris la suite à partir du vendredi 19 septembre 1958 à 13 heures, l’idée de constituer un gouvernement remonte au mois de septembre 1957. Comment l’idée a-t-elle germé et qu’ils étaient les moments forts ayant conduit à son aboutissement ?

En effet, la réflexion, en constituant des commissions de travail, a commencé dés le mois de septembre 1957. Selon Mohamed Harbi, quatre rapports ont été rédigés pour analyser la situation politique et militaire de la révolution et réfléchir sur la stratégie à adopter pour la réussite de la révolution. Le premier rapport émanait du colonel Ouamrane. Rédigé avec Mabrouk Belhocine, son conseiller, ce rapport contenait à la fois une analyse sans fard ni acrimonie de la situation militaire et également une série de propositions. Dans l’analyse, ils ont écrit : « Si notre insurrection a d’abord surpris la France, si notre dynamisme des premiers temps a ébranlé le dispositif politique et militaire adverse, le colonialisme a fini par se ressaisir dés qu’il nous a vus marquer le pas. » Quant aux propositions, ils les ont résumées comme suit :

1) La création d’un gouvernement,

2) Le rejet de toute exclusive contre les pays de l’est,

3) Etendre l’action armée à la France.

Les autres rapports complétaient d’une façon ou d’une autre le rapport d’Ouamrane. Ainsi, pour Ferhat Abbas, la condition de la réussite de la diplomatie algérienne devait passer inéluctablement par la consolidation des assises de la révolution, préalable à toute démarche diplomatique. Autrement dit, il fallait, selon F.Abbas, une cohésion de tous les organismes de la révolution pour constituer un bloc soudé et capable de mener à bien sa mission. Car cela ne servait à rien, pensait-il, d’accomplir des tournées dans les chancelleries si cette condition n’était pas remplie. Quant à Krim Belkacem et Lakhdar Ben Tobbal, les militaires du CCE, l’analyse était plus militaire que politique.

Néanmoins, un autre élément inattendu a été introduit dans l’équation à résoudre : le retour du général de Gaulle sur la scène politique. Bien qu’il soit porté à la tète de l’Etat français par un coup de force militaire, plusieurs observateurs, et non des moindres, voyaient en lui quelqu’un qui allait trouver une solution négociée au problème algérien et ce, à court terme. L’histoire a montré que le général n’était pas disposé, dans les deux premières années de son retour aux responsabilités, ni à trouver une solution politique, ni à lésiner sur les moyens militaires en vue d’étouffer la révolution algérienne. Il faut tout de même rappeler que les pertes en vies humaines étaient plus importantes de 1958 à 1960, suite aux opérations Challe, que les autres années réunies.

Cependant, les dirigeants algériens, réunis en commission, ont rendu, le 6 septembre 1958, une réponse positive à la création d’un gouvernement provisoire. Pour ces derniers, cette naissance du gouvernement allait avoir au moins deux impacts. L’un sur le plan algérien : « A l’approche du référendum (sur la constitution de la cinquième république française), c’est un encouragement utile qui convaincra le peuple à faire échec à la politique d’intégration prônée par de Gaulle. », et l’autre sur le plan international : « nous nous trouverons dans une meilleure position qui acculerait peut-être l’ennemi à des actes d’humeur profitables internationalement à notre cause et le potentiel matériel et financier de la révolution se renforcerait. »

Par ailleurs, depuis l’avènement du GPRA, ses adversaires n’hésitaient pas à lui reprocher deux choses, présentées à l’époque comme opaques, et qui méritent ici d’être éclaircies. La première concerne l’abandon du préalable pour l’ouverture de toute négociation avec la France et la seconde a lien avec la non convocation du CNRA (Conseil National de la Révolution Algérienne) pour décider la fin de la mission du CCE et le début de celle du GPRA. Pour la deuxième nuance, il faut tout bonnement se référer à la résolution du CNRA du 27 août 1957 tenu au Caire, qui a délégué le pouvoir au comité de coordination et d’exécution, déjà élargi, de créer, si besoin se faisait sentir, un gouvernement révolutionnaire. D’ailleurs, Saad Dahlab, dans son livre la mission accomplie n’écrit-il pas : « Tout le CCE fut transformé en GPRA. Celui-ci était renforcé par deux éléments n’appartenant pas au CCE. Ben Khedda, qui revenait ainsi à la direction un an après son élimination du CCE et M’hamed Yazid qui était délégué du FLN à l’ONU. » Par contre, pour la première nuance l’explication se trouve dans la sémantique. En effet, en insistant sur le sens des mots, la frontière entre gouvernement et comité n’est pas du tout mince. Bien que le GPRA ne soit qu’un élargissement du CCE, le sens donné à chaque organisme peut prêter à une interprétation différente. L’explication d’André Mandouze, dans la révolution algérienne par les textes, est à ce titre significative : « il faut bien comprendre que, si un organisme révolutionnaire comme l’était le CCE pouvait, à bon droit, exiger une reconnaissance de l’indépendance algérienne avant d’entamer les négociations, il n’en est plus de même pour un gouvernement qui, par son existence même, consacre juridiquement celle de l’Etat qu’il représente. »

Cependant, après moult discussions entre membres du CCE, le 9 septembre 1958, le comité a décidé de créer le gouvernement provisoire, le GPRA. La veille de la proclamation officielle de la naissance du GPRA, soit le 18 septembre 1958, plusieurs délégations du FLN sont allées rencontrer les chefs de gouvernements de tous les pays arabes. Selon Yves Courrière : « A Tunis, c’est Krim Belkacem et Mahmoud Chérif qui rencontrèrent le président Bourguiba dans sa villa d’été. » En Egypte, la mission d’annoncer la création du GPRA a été confiée à Toufik El Madani. Le lendemain, vendredi 19 septembre 1958, le GPRA a pris officiellement ses fonctions. L’annonce de sa création a été faite simultanément à Tunis et au Caire. Quatre pays ont reconnu ipso facto le GPRA. Il s’agissait de la Tunisie, du Maroc, de la Syrie et du Liban. Vingt quatre heures plus tard, c’était autour de l’Egypte de reconnaître le GPRA. Dans la foulée, l’Irak a suivi l’exemple égyptien. Désormais, chaque reconnaissance qui s’ajoutait à la liste était une victoire pour la diplomatie algérienne. Le dernier pays à reconnaître le GPRA était la France. « Mais le jour où le gouvernement français, écrit A.Mandouze, acceptera la discussion avec le GPRA, il reconnaîtra, par là même, l’existence de l’Etat algérien ».

Pour conclure, il va de soi que la guerre d’Algérie ne pouvait pas se terminer sur une victoire militaire, que ce soit du côté français ou du côté algérien. Car le maquis algérien avait des réserves importantes pour remplacer les combattants tués au champ d’honneur. Aussi, avec un effectif atteignant un demi million de soldats, l’armée française ne pouvait pas être non plus anéantie. Il ne restait alors qu’un terrain où la victoire pouvait se décider : la diplomatie. Sur ce terrain, le GPRA avait une argumentation plus constructive en se battant pour la liberté et l’indépendance. Ainsi, l’Algérie avait réussi, en 1954, à poser le problème du statut de l’Algérie en portant les armes et à l’emporter, en 1962, grâce à la détermination de son peuple soutenant sans vergogne sa diplomatie incarnée par le GPRA.

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Publié par Ait Benali Boubekeur - dans Hocine Ait Ahmed
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4 avril 2015 6 04 /04 /avril /2015 20:56
RASSEMBLEMENT POUR ALI MÉCILI dimanche 12 avril 2015 à 14h30 Cimetière du Père Lachaise – Entrée principale.

À l’initiative de sa famille et de ses amis RASSEMBLEMENT POUR ALI MÉCILI dimanche 12 avril 2015 à 14h30 Cimetière du Père Lachaise – Entrée principale.

« J’aurais pu mourir hier sous les balles des soldats de la colonisation, je meurs aujourd’hui sous des balles algériennes dans un pays que l’ironie de l’Histoire a voulu que je connaisse après l’avoir combattu les armes à la main. Je meurs sous des balles algériennes pour avoir aimé l’Algérie ».

Ces mots ont été écrits par l’avocat Ali Mécili, bien avant son assassinat à Paris le 7 avril 1987 sur ordre du pouvoir algérien. Ces mots nous saisissent par ce qu’ils révèlent de sa clairvoyance et de sa lucidité, lui qui a combattu, avec Hocine Aït-Ahmed, pour la démocratie et le respect des droits de l’Homme.

Ironie de l’Histoire encore aujourd’hui. Vingt-huit ans après, un juge d’instruction français en vient à prononcer un non lieu pour clore un dossier d’assassinat politique, marqué dès l’origine par la Raison d’Etat et le renvoi en Algérie de l’assassin présumé. Un juge d’instruction français se soumet et reconnaît à un Etat étranger le droit de paralyser l’action judiciaire en France en se fondant sur le refus de coopération internationale de l’Algérie pour justifier un non lieu.

Ne pouvant accepter une telle décision qui ne pourra qu’encourager d’autres crimes politiques et faire de la France un lieu d’impunité, nous avons fait appel de cette ordonnance de non lieu et demeurons dans l’attente de l’arrêt de la Cour d’appel de Paris.

C’est pourquoi, le 12 avril prochain, nous devons être encore plus nombreux à rendre hommage à Ali et à montrer notre détermination.

Oui, Ali est mort à Paris sous des balles algériennes pour avoir aimé l’Algérie, il est mort aussi pour avoir aimé la France des droits de l’Homme et de la démocratie.

Que justice lui soit un jour rendue dans un pays fidèle à ses valeurs.

Paris le 31 mars 2015

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19 septembre 2014 5 19 /09 /septembre /2014 07:39
Contribution de Hocine AIT AHMED, le 19 septembre 2008.

Un anniversaire, c'est aussi un moment de retrouvailles. Non seulement retrouvailles entre compagnons de lutte, camarades et amis, mais également un moment où...se rappelant un évènement et le célébrant, on remet sur la table les rêves, les valeurs, les principes qui ont conduit à sa fondation. Les rêves, les valeurs et les principes qui ont conduit à la proclamation du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne, GPRA.

Nous avons non seulement le devoir, de les rappeler – afin que nul n'oublie, mais nous avons aussi le devoir de les confronter aux réalités d'aujourd'hui, de voir ce que ces rêves, ces valeurs et ces principes sont devenus... afin que là aussi, nul n'oublie !

Ce que je vais vous dire aujourd'hui, j'ai déjà eu à l'écrire – en son temps – à mes camarades du CCE (Comité central élargi), la direction révolutionnaire de l'époque, dans un rapport que j'ai ultérieurement publié dans Guerre et Après Guerre :

« La constitution du GPRA a été – dans le cadre de la révolution – la réalisation du rêve de plusieurs générations d'Algériens : le rétablissement de la Dawla, de l'Etat. »

L'Algérie a été voulue par les Algériens comme un Etat représentant, incarnant, défendant les intérêts d'un peuple. Ceci est important à rappeler aujourd'hui.

Face aux oligarchies de toutes obédiences, face aux clans et autres regroupements infra-politiques ou para-politiques qui squattent l'espace public en privatisant l'Etat, spoliant le peuple, défigurant la société et la déstructurant.

Quelle question se pose aujourd'hui ? Est-ce que l'Etat voulu par des générations d'Algériens, par ce peuple qui a tant payé pour atteindre cet objectif est aujourd'hui bien incarné par le régime en place ?

Pour pouvoir répondre à cette question, il faut peut-être en poser une autre : Est-ce que les nouvelles générations, les Algériennes et les Algériens qui sont nés dans cet Etat, l'Algérie ; l'Etat algérien, dont ont rêvé les générations précédentes ; cet Etat qui a été gagné de haute lutte grâce à la révolution, est-ce que les jeunes d'aujourd'hui considèrent cet Etat comme le leur ? Ou bien le régime en place l'a-t-il à ce point éloigné de ses missions originelles, c’est-à-dire incarner, représenter et défendre les intérêts du peuple dans la diversité de ses composantes qu'il en a résulté un recul désastreux auprès de notre population et notamment des jeunes dont la colère contre le régime, se transforme en rejet de l'Etat ?

Quand on entend des responsables faire officiellement des procès en patriotisme à notre jeunesse, nous avons le devoir de leur rappeler, d'une part, quels étaient les principes fondateurs de l'Etat algérien et d'autre part, combien ils les ont bafoué !!

Et combien ils continuent quotidiennement de les bafouer !!

2e rappel toujours tiré du rapport au CCE : «La constitution d'un gouvernement est avant tout un acte politique devant par conséquent répondre à des impératifs d'ordre politique. Elle ne peut être conçue à partir de simples évocations historiques ou juridiques »

Parmi les raisons multiples qui ont conduit à la proclamation du GPRA il est nécessaire de rappeler la protection et le respect des droits de l'Homme. Dans notre souci politique, le GPRA avait l'ambition de faire appliquer les conventions de Genève, pour protéger notre population et nos combattants, pour interdire les bombardements de villages, pour interdire la prise d'otages et les représailles collectives, pour le respect du soldat... pour sauver nos jeunes de la guillotine, nos cadres de l'assassinat...

Qu'en est-il aujourd'hui de ces droits de l'Homme ? De ce souci de protéger notre population, nos jeunes, nos cadres et nos...soldats empêtrés dans la sale guerre ? Qu'en est-il aujourd'hui du droit à l'autodétermination du peuple algérien, du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ? On ne peut – par ailleurs – absolument pas évoquer la création du GPRA sans rappeler le Congrès de la Soummam, Congrès sans lequel la dynamique de l'unification des forces nationales n'aurait pas eu progressivement et rapidement la visibilité nécessaire à sa crédibilité ! Le GPRA s'est aussi inscrit dans ce souci de visibilité.

Bien sûr, cette date du 19 septembre avec la célébration du GPRA amène à l'esprit toutes les luttes, les souffrances et les sacrifices consentis par le peuple algérien, par les femmes et les hommes qui le composent. Par respect pour la mémoire de ceux qui ne sont plus, par devoir envers les nouvelles générations et celles qui sont appelées à venir, il est peut-être vital, essentiel de rappeler le pourquoi et le comment du combat pour l'indépendance algérienne.

Car il reste encore beaucoup de chemin à faire...

Pour que l'Etat soit de nouveau l'incarnation des rêves d'un peuple et le garant de la défense de ses intérêts... Pour qu'il ne soit plus ce cauchemar qui fait fuir par milliers nos jeunes. Et les moins jeunes... Il est utile, voire vital de préciser certaines choses. Chaque lutte renvoie au contexte historique et à l'environnement international qui sont les siens. Il s'agit d'être clair sur les combats à mener aujourd'hui.

L'Etat d'aujourd'hui n'est pas à confondre avec l'Etat colonial. Mais il s'agit également d'avoir la lucidité de voir que l'Etat algérien d'aujourd'hui confisqué par une caste prédatrice ne répond plus aux aspirations du peuple et de la société. Aux attentes de tous les Algériens et de toutes les Algériennes dans la diversité de leurs aspirations à la liberté et à la dignité.

Faire œuvre utile en politique aujourd'hui c'est aussi expliquer en quoi l'Histoire, la nôtre, s'est appuyée sur l'esprit millénaire de résistance qui caractérise cette terre.

Cette Histoire, pour se faire, s'est également appuyée sur les instruments de la modernité universelle.

L'Etat moderne est un Etat au service d'un peuple dont il garantit la liberté, le développement et la sécurité et en retour, le peuple est le garant de la pérennité de cet Etat, quand ce dernier repose sur la liberté de la société et des individus qui la composent.

Au moment de célébrer les espoirs soulevés par les victoires du passé, au moment d'évoquer, comme ce soir, les victoires sur le colonialisme, il ne faut surtout pas, en ces temps si durs pour notre peuple, il ne faut surtout pas oublier qu'avant de triompher du colonialisme, nous avions d'abord triomphé des limites qu'il était parvenu à imposer à notre audace autant qu'à notre action.

La création du GPRA a été la concrétisation la plus politique et la plus manifeste de cette double victoire sur le colonialisme et sur nos propres limites. Le coup de force contre le GPRA a de ce fait consacré une terrible régression: il demeure non seulement le témoignage d'une illégitimité originelle. Mais il a aussi installé - pour ne pas dire réinstallé - la force brute comme seul mode de gestion de notre société.

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14 mars 2014 5 14 /03 /mars /2014 19:49
Sortir l'Algérie du chaos: Hocine Aït Ahmed, Le Monde, 2 novembre 2003

La crise qui secoue le sommet du pouvoir et, partant le FLN, l'ancien parti unique, a au moins un mérite : montrer combien en Algérie suffrage universel et élection à la magistrature suprême n'ont rien à voir.

Celle-ci a toujours relevé des hauts dignitaires militaires qui, après avoir choisi leur candidat, s'assurent par le biais d'urnes truquées que celui-ci l'emportera. Jamais sans doute l'étalage de ces "primaires à l'algérienne", commencées un an avant l'échéance de 2004, n'aura été aussi flagrant, voire obscène. La difficulté des clans militaro-policiers à s'entendre sur le candidat le plus à même de garantir la pérennité de leur pouvoir et de leurs intérêts est à l'origine d'une crise si grave qu'elle a débordé du huis clos traditionnel.

Que dire de cette affaire, hormis exprimer une condamnation de principe des agressions à coups de barre de fer et de chiens dobermans qui ont visé la direction officielle d'un FLN remis au goût du jour par les luttes internes de la nomenklatura ? Que dire, sauf dénoncer à nouveau le coup de force constitutionnel qui, au lendemain de l'indépendance, a confisqué le droit des Algériens à l'autodétermination, qui fut pourtant la raison d'être de la guerre de libération et devait nous permettre de construire librement notre Etat.

Cette falsification originelle n'était que le début d'une série de coups de force ouvrant la voie à la privatisation de l'Etat et à l'accaparement des richesses de l'Algérie par un cartel d'officiers supérieurs et leurs réseaux. Les conséquences d'une telle domination et exclusion de la société ont créé les conditions de la guerre qui fait rage depuis 1992.

Car notre pays - qui avait entamé, à la fin des années 1980, une des expériences les plus intéressantes d'ouverture démocratique au sud de la Méditerranée - retombe dans le gangstérisme politique d'une oligarchie criminelle. Celle-ci a-t-elle pu masquer sa nature brutale et prédatrice en jouant admirablement de l'islamophobie ambiante, en instrumentalisant des élites fort peu intéressées par l'émancipation politique de leur société ou, plus prosaïquement, en "achetant" la "compréhension" des partenaires de l'Algérie à coups de pétrole et de gaz... et en laissant planer la menace de violences sur leur propre territoire ?

Les raisons sont multiples qui ont mis une population tout entière à la merci de groupes terroristes islamistes, d'escadrons de la mort anti-islamistes tout aussi fanatisés, et d'une féroce répression d'Etat.

L'une de ces raisons demeure l'omerta internationale qui a entouré la mort de plus de 200 000 Algériens, les milliers de disparus, l'exode interne de plus d'un million de personnes, le viol de toutes les normes qu'un Etat est tenu de respecter. On ne compte plus en revanche les prises de position attribuant contre toute évidence au terrorisme islamiste l'exclusivité des atrocités perpétrées. Mais, quand la répression sanglante a frappé - sans l'alibi de l'intégrisme - des jeunes sans armes en Kabylie, la réprobation ne s'est faite que du bout des lèvres...

Aujourd'hui, les déchirements au sein de la "coupole" - terme exprimant le mieux la typologie du pouvoir réel et de ses pratiques mafieuses - font grand bruit. On ne peut les comprendre et éviter de tomber dans la énième fiction distillée par Alger sans rappeler le contexte dans lequel ils surviennent. De l'éviction du gouvernement réformateur en juin 1991 à l'intronisation d'Abdelaziz Bouteflika par la hiérarchie militaire en avril 1999, les généraux ont poursuivi ce qu'ils font en réalité depuis l'indépendance : anticiper pour étouffer dans l'œuf toute expression autonome de la société, toute véritable opposition démocratique ou initiative politique susceptible de créer les conditions d'une alternance qui remettrait en cause leur mainmise sur l'Algérie.

Le calcul de la haute hiérarchie militaire en portant Bouteflika au pouvoir était simple, et le général Nezzar l'avoue cyniquement dans un livre : il était "le moins mauvais des candidats". Sous-entendu pour préserver les intérêts du système et exonérer le régime de toute responsabilité dans les exactions commises pendant la "sale guerre". Mais le commandement n'avait pas prévu que son candidat roulerait avant tout pour son propre compte.

Dès lors, la crise actuelle tient moins à l'opposition entre deux visions différentes de l'exercice du pouvoir qu'à l'exacerbation d'une vieille crainte des décideurs algériens : celle de voir l'un d'entre eux, n'importe lequel, accaparer tous les leviers du pouvoir.

Après onze années de sale guerre, cette peur est d'autant plus forte que trop de sang a été répandu. Et que trop d'injustice, d'arrogance, de prédation ont rendu inéluctable le divorce entre la société et l'ensemble du système.

Dans ce contexte, le clan qui l'emportera en 2004 aura la tentation de sacrifier les perdants sur l'autel d'un (énième) pseudo-nouveau départ, cette stratégie éculée qui cherche à faire diversion au ras-le-bol du pays et aux aspirations d'une jeunesse privée de son passé, de son présent et de son avenir.

La tragédie, c'est que jamais ce pouvoir n'envisage "l'Etat de droit en construction" et autres promesses qu'il nous ressasse de crise en crise sous un angle réellement politique, c'est-à-dire prenant en compte la société. Il préfère nouer et dénouer dans les villas des hauteurs d'Alger des alliances éphémères entre compères d'égale duplicité.

C'est en cela que ses déchirements actuels sont gros de bien des périls, les généraux ayant tout au long de leur histoire privilégié les solutions les plus onéreuses pour la société. Et leurs querelles risquent de dégénérer en affrontement d'autant plus meurtrier que celui-ci trouvera dans une situation sociale explosive matière à toutes les fuites en avant dans l'aventure et la manipulation.

Les Algériens, épuisés par la violence, la hogra et des conditions de vie infra-humaines, ne soutiendront quant à eux aucun des clans du pouvoir, sous quelque habit civil, militaire ou régionaliste qu'il se présente. Ils l'ont signifié en ne s'impliquant pas dans les jeux d'appareils. Ils l'ont également fait en ne tombant pas dans le piège qui voulait faire basculer la Kabylie dans un régionalisme ravageur opposant des Algériens entre eux.

Et, pour l'heure, ils accueillent toutes les tentatives de leur faire croire qu'un clan leur serait plus favorable qu'un autre avec un scepticisme frondeur.

On aurait toutefois tort d'y voir de la passivité ou une patience illimitée. Jamais les Algériens ne se sont sentis aussi démunis et humiliés. Jamais la jeunesse ne fut aussi désemparée, comme le nombre croissant de suicides en témoigne. Jamais, elle n'a autant manifesté pour des revendications aussi précises que légitimes. Jamais elle ne fut aussi indistinctement réprimée.

En s'attaquant à l'enseignant comme au chômeur, au journaliste comme au sinistré, le pouvoir a réussi, d'Alger à Tamanrasset, à unir les Algériens contre une politique faite d'atteintes aux droits de l'homme, d'arbitraire sans limite et d'impunité face au crime organisé.

Générant détresse morale et sociale, cette gestion ubuesque a ramené des maladies oubliées - peste, typhoïde, choléra, méningite... - dans un pays dont les dirigeants se glorifient de réserves en devises qui atteindront 31,66 milliards de dollars fin 2003, une aisance financière inégalée depuis l'indépendance...

A l'approche d'une présidentielle qui ne mobilise que le pouvoir et ses clientèles, et alors que gronde la colère de tous les sinistrés du bateau Algérie, on ferait mieux de s'intéresser aux propositions de sortie de crise émises jusqu'ici.

Et de prendre conscience qu'il y a beaucoup plus de sagesse et d'aptitude au pardon dans les chaumières algériennes que dans les allées du pouvoir. Je continue pour ma part de considérer comme incontournables la libération du champ politique par la fin de l'état d'urgence, la levée du monopole des clans sur la presse ou des entraves au dynamisme du mouvement associatif autonome...

Les enjeux dépassent plus que jamais les considérations de personne, de région ou d'appareil. Nous ne pourrons faire l'économie de révisions déchirantes si nous voulons refonder l'Etat et la nation.

Cela passe par l'élection d'une Assemblée constituante qui exige la mise en place d'un gouvernement de transition. Loin des fausses solutions, des faux dialogues, des manœuvres de sérail destructrices. Cela passe aussi par le respect des conventions et pactes internationaux signés par l'Algérie, notamment en matière de droits de l'homme et de protection des populations. Qui plus est au moment où le trop-plein de souffrance et d'épreuves provoque partout et sous toutes les formes manifestations et dissidence, signes d'une détermination nouvelle à ne plus accepter l'inacceptable.

Dans ce contexte, les Algériens sont en droit d'attendre de la communauté internationale qu'elle cesse, au minimum, de cautionner un régime dont la seule légitimité réside précisément dans la reconnaissance internationale.

C'est la seule manière d'éviter que l'Algérie sombre dans le chaos et que notre société continue à se disloquer. Une situation qui interdit toute unification du Maghreb, condition sine qua non d'un développement durable de cette région. Et de l'instauration d'un pôle de stabilité en Méditerranée.

Hocine Aït Ahmed est président du front des forces socialistes (ffs) algérien

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10 janvier 2014 5 10 /01 /janvier /2014 19:18
PROPOSITION POLITIQUE DE SORTIE DE CRISE, Janvier 2004

PROPOSITION POLITIQUE DE SORTIE DE CRISE, Janvier 2004.

Front des Forces Socialistes

pour l’avènement de

la deuxième république

La crise qui déchire, ruine et ensanglante la société depuis des années est loin de se résorber. Elle semble chargée de périls encore plus incontrôlables. Jamais les Algériens ne se sont sentis aussi démunis et humiliés. Politiquement exclus, économiquement dépossédés, culturellement déracinés et socialement écrasés, tout est fait pour ne leur offrir d’autre choix que l’allégeance ou la déchéance.

Les institutions, censées constituer les espaces d’expression et de prise en charge des préoccupations des citoyens, ne jouissent d’aucune légitimité. Elles ont progressivement perdu leur caractère étatique et républicain et donnent aujourd’hui l’image déshonorante de simples instruments de coercition et de régulation clanique.

À l’approche du prochain scrutin présidentiel qui, du reste, ne mobilise que le pouvoir et ses clientèles, les inquiétudes s’aiguisent et la perspective du chaos se précise.

La résurgence de toutes sortes d’archaïsmes et l’encouragement des tensions à bases régionalistes, tribales ou familiales, sur fond d’impasse politique intégrale, met plus que jamais notre Nation au bord de la décomposition. Les prémisses d’une dégradation accélérée de la situation sont là.

Il importe de rompre avec les fausses solutions, et en finir avec les faux dialogues.

Seul le recours au peuple peut fonder la légitimité démocratique et édifier un Etat de Droit.

Restituer au peuple son droit à l’autodétermination pour lequel trois générations de patriotes se sont sacrifiées est un impératif de rupture avec les faux-semblants et les faux-fuyants du " despotisme éclairé ".

De toute évidence et en vertu des normes internationales, le droit à l’autodétermination, le premier et le plus fondamental des droits de l’Homme est également indissociable du droit du peuple à disposer librement de ses richesses économiques et culturelles. Réduire la démocratie à l’aspect institutionnel et l’amputer de ses dimensions sociale, économique et culturelle serait condamner notre pays à la déstabilisation permanente.

C’est la reconnaissance pleine et entière de tous les droits de l’homme toutes catégories confondues qui fonde la citoyenneté. La négation du principe d’indivisibilité des droits de l’homme sous le prétexte de prétendues spécificités n’est-elle pas à l’origine de dérives autoritaires et de situations sanglantes de par le monde ? L’histoire récente offre des exemples édifiants qu’il faut sérieusement méditer.

Le Front des Forces Socialistes considère que l’urgence est d’engager le pays sur la voie de la construction démocratique de l’Etat et de la société. Il s’agit de réunir les conditions nécessaires à l’amorce d’un processus politique pour une transition démocratique, à travers :

des mesures urgentes de détente

Les mesures d’urgence visent à rendre espoir à la population et à créer les conditions d’une vie publique lisible.

- La levée immédiate de l'Etat d'urgence.

- L’ouverture des champs politique et d’opinion, par la levée de toutes les restrictions et entraves à l’exercice des droits d’expression, de manifestation, d’organisation et d’association.

- L’ouverture du champ médiatique en garantissant l’accès libre et équitable aux médias lourds, notamment la télévision.

- L’arrêt immédiat du harcèlement judiciaire et des menaces contre les partis politiques, les syndicalistes, les militants des droits de l’homme et les journalistes.

- L’élaboration et la mise en œuvre sans délai d’un plan d’urgence en faveur des démunis et des victimes de toutes les tragédies survenues dans notre pays.

- L’arrêt immédiat du bradage des richesses nationales.

Ces mesures seront de nature à créer un climat favorable à l’ouverture d’un dialogue entre le pouvoir et les forces politiques et sociales. Le cadre, les partenaires et les objectifs doivent être définis d’un commun accord.


le dialogue

Le FFS propose que ce dialogue s’articule autour des axes suivants :

- L’élaboration d’un contrat politique

Il s’agit d’un engagement public et sans ambiguïté des différents acteurs pour :

- le respect des libertés fondamentales, individuelles et collectives ;

- le respect et la promotion des droits de l’homme ;

- le respect des pluralismes politique, culturel, linguistique et confessionnel ;

- la non utilisation de la religion à des fins de restriction du champ des libertés ;

- le rejet de la violence comme moyen d’expression ou comme mode de gestion et de règlement des conflits.

des institutions de la transition

Elles seront chargées de gérer une période de transition qui soit la plus courte possible.

- la Convention Nationale de Suivi et de Contrôle de la Transitionest l’instance souveraine durant la période de transition, sa composition sera définie par les participants au dialogue. Elle sera chargée notamment :

- de veiller à l’application effective des mesures urgentes de détente et au strict respect des engagements contenus dans le contrat politique ;

- d’agréer les personnalités devant siéger au gouvernement ;

- d’élaborer l’ensemble du dispositif électoral (révision des listes électorales, du découpage électoral, de la loi électorale ainsi que les modalités de surveillance nationale et internationale du processus électoral) ;

- de fixer le calendrier électoral ;

- de mettre en place une instance de suppléance de l’institution présidentielle au terme de la mandature actuelle.


l’instance de suppléance

L’instance de suppléance est chargée de représenter l’Etat et de légiférer par ordonnance sur des questions d’intérêt national avec l’approbation de la CNSCT

le Gouvernement de transition

Investi par la CNSCT devant laquelle il est responsable, le Gouvernement de transition est chargé de mettre en œuvre les délibérations et recommandations de celle-ci et d’expédier les affaires courantes.

L’Assemblée Populaire Nationale et le Conseil de la Nation dissous, les institutions de la transition auront pour mission essentielle de réunir toutes les conditions nécessaires à l’organisation d’une double consultation électorale : d’abord l’élection d’une assemblée nationale constituante suivie de l’élection présidentielle.

L’assemblée constituante est une condition sine qua non pour restituer au peuple algérien son droit à l’autodétermination.

C’est en effet aux Algériennes et aux Algériens - et à eux seuls - qu’il appartient de reconstruire un Etat en lui donnant des fondements garantissant la séparation et l’équilibre des pouvoirs, l’indépendance de la justice, la non utilisation de la religion à des fins de restriction des libertés, le respect de tous les pluralismes, l’égalité entre hommes et femmes, le respect et la promotion des droits de la personne humaine et un système politico - administratif consacrant la démocratie décentralisatrice et participative.

La nouvelle Constitution, première à émaner de la volonté populaire marquera l’avènement historique de la 2e République.

L’institution militaire, détentrice du pouvoir réel dans notre pays, est plus que jamais interpellée. Partenaire important de cette transition, elle doit s’associer à l’ensemble des étapes du processus et être garante du respect des engagements pris. Son retrait du champ politique doit être graduel et effectif.

La communauté internationale doit être également présente, par le biais d’une représentation officielle du Secrétaire Général des Nations-Unies. Elle sera chargée de l’observation et, éventuellement, des bons offices, dès le début, et tout au long de ce processus historique mené par les Algériens, pour les Algériens en Algérie.

En ce moment décisif, la responsabilité de chacun et de tous est immense. Les enjeux dépassent plus que jamais les considérations de personnes, de régions ou d’appareils. Il s’agit d’abord de sauver notre pays du chaos, de redonner confiance au peuple algérien et de mobiliser nos immenses richesses pour garantir l’avenir et le bonheur des générations montantes.

Face à l’une des grandes puissances occidentales l’indépendance de l’Algérie fut une utopie pour les jeunes militants des années quarante. Cette utopie est devenue réalité. Une issue pacifique et démocratique est à notre portée, à plus forte raison dès lors que nous sommes aujourd’hui entre Algériens. Elle dépend de notre volonté politique commune.

Aussi les Algériennes et Algériens soucieux de l’avenir de leur pays et de leurs enfants réalisent-ils qu’ils vivent ici et maintenant des moments décisifs de leur histoire nationale et internationale. Ils savent qu’Il n’y a pas d’autre issue au pourrissement politique avec ses engrenages d’horreurs de fléaux sociaux et de scandales banalisés en dehors d’un changement de cap démocratique crédible.

Il s’agit en premier lieu de l’ouverture de l’Algérie vers elle-même, vers les citoyens et cela, sans paternalisme et sans manœuvres politiciennes ; elle implique évidemment une rupture visible et lisible avec les pratiques de la hogra mensongère, des manipulations et de la peur.

L’autre impératif complémentaire sera l’ouverture de notre pays sur le monde. La conduite et les buts de notre politique internationale doivent répondre aux exigences de la transition démocratique pour assurer son succès. Une politique extérieure alternative qui doit encourager la globalisation de la solidarité et d’un humanisme libéré des raisons d’Etat et du mensonge.

Grâce à cette dynamique les peuples des pays les plus pauvres écrasés par les dictatures pourront se libérer des régimes d’exclusion et de domination, et, en exerçant pleinement leur droit à l’autodétermination participer à la démocratisation des structures internationales et régionales dans tous les domaines, politique économique, social, médiatique et de l’information.

Il s’agit de rompre la rupture diplomatique qui a plongé dans l’oubli la longue odyssée internationale que fut la conquête du droit du peuple algérien à l’autodétermination. Une façon de rappeler que ce phénomène révolutionnaire n’aurait pu avoir lieu sans la souveraineté ininterrompue exercée en pleine guerre par le peuple algérien.

Chacune des reconnaissances successives du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA) par la communauté internationale n’aurait pu se produire sans cette résistance souveraine permanente à la reconquête coloniale; ce phénomène d’auto-mobilisation de la société algérienne toutes catégories et tout âge confondus ayant en effet compensé l’absence de contrôle effectif du territoire national par le gouvernement en exil.

Libre aux imposteurs de s’entêter à vouloir falsifier le passé pour le transformer en épopées mythiques d’un clan, d’un appareil ou d’un homme providentiel, mais ils ne peuvent gommer pour toujours cette réalité historique : la résurgence de l’Etat algérien est consubstantielle à la souveraineté collective et individuelle des Algériennes et des Algériens.

Recentrer aujourd’hui " le débat présidentiel " sur l’obligation morale et politique de restituer à l’Algérie son droit à l’autodétermination ne va pas sans rendre hommage aux forces de paix et de solidarité qui avaient réussi à isoler les autorités coloniales de la communauté internationale et qui, de ce fait, avait favorisé l’avènement à Evian des négociations qui avaient abouti à une solution pacifique et démocratique.

Pour l’heure, l’une de nos préoccupations extérieures est de négocier une meilleure insertion de notre pays dans un monde menacé d’une globalisation sauvage ; elle comporte un double défi :

- Réaliser une forte intégration nationale, et parallèlement

- Concrétiser l’intégration économique régionale par la construction d’un Maghreb démocratique.

- Plus vite nous sortirons de la crise, plus sûrement nous donnerons une profondeur stratégique à nos options démocratiques et mieux nous placerons notre pays au cœur des combats que mènent la société civile internationale et les peuples du Sud en particulier pour jeter les bases d’un ordre mondial alternatif.

L’Algérie pourra ainsi retrouver sa vocation en jouant un rôle d’avant-garde, de soutien, de consolidation et de réforme du système onusien. Il importe que l’opinion mondiale et la société civile internationale se mobilisent pour aider les Nations Unies à venir à bout du concept absolu de la souveraineté des Etats en vue de faire prévaloir le droit international et de faire respecter les Pactes des droits de la personne humaine ainsi que les Conventions humanitaires.

Et c’est dans la mise en œuvre de cette alternative globale que se situe précisément la responsabilité historique commune des algériennes et des algériens.

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31 octobre 2013 4 31 /10 /octobre /2013 18:10
Le rêve brisé des Algériens

par Hocine Aït-Ahmed. Le Monde, 31 octobre 2004

Cinquante ans après le lancement de la lutte armée, l'Algérie a plus que jamais besoin de renouer avec les promesses de Novembre.

Tout rêve de libération court le risque d'être brisé. Cinquante ans après, que reste-il des rêves de liberté, de dignité, de progrès et de justice qui furent à l'origine de la formidable aspiration de novembre 1954 ? Et, par-delà ce que nous pensons avoir conquis ou raté, l'idéal de liberté auquel nous avons consacré nos vies parle-t-il encore aux nouvelles générations nées bien après l'indépendance et confrontées à tant d'autres problèmes ?

Le coup d'arrêt porté à une aventure émancipatrice peut être brutal et difficile à surmonter. Mais l'élan libérateur est si fort que, même brisé, il en reste des fragments qui, épisodiquement, viennent relancer l'aspiration première. Un ami, jeune encore à l'indépendance, me disait qu'il s'était fait réprimander pour avoir demandé si le couple Houria et Istiqlal ("liberté" et "indépendance") avait divorcé puisqu'on ne parlait plus que d'Istiqlal.

La répudiation de la liberté au moment même où l'on célébrait la libération du pays amputa l'esprit de Novembre de ce qui en faisait l'universalité et pouvait en assurer la pérennité.

C'est ce divorce, provoqué par des coups de force à l'aube de l'indépendance, qui endeuilla l'Algérie et continue à la hanter avec des soubresauts de plus en plus forts.

La célébration du 50 e anniversaire du déclenchement de la guerre de libération ne peut avoir de sens pour les Algériens que si elle s'accompagne d'un bilan critique. La liberté est un rêve de jeunesse et une conquête d'adulte. Par-delà les chiffres et les dates, c'est cinquante ans d'une évolution totalement antinomique avec les idéaux qui ont fait prendre les armes aux Algériens, qui laissent à l'évocation du 1 er novembre 1954 un goût d'inachevé. Voire de dépossession.

Les émeutes d'octobre 1988 ont mis à nu un système en rupture avec les aspirations de la jeunesse. A partir de 1991, nous avons connu une crise profonde qui a culminé avec une sale guerre qui a coûté la vie à deux cent mille Algériens. La gestion brutale des manifestations de Kabylie est venue réveiller volontairement des archaïsmes destructeurs : il s'agissait là d'une véritable entreprise de destruction politique et économique de cette région où l'on a délibérément installé l'insécurité par groupes politiques ou armés interposés.

Comment, dès lors, ne pas être révolté par les célébrations folkloriques prévues par un régime qui dissimule sous une rhétorique patriotique et une image savamment peaufinée son absence totale de projet de développement du pays ?

Nul doute : Novembre a encore des choses à dire aux Algériens. Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ne se réduisant pas à celui de disposer d'un "Etat" qui siège à l'ONU et qui, à travers moult gesticulations diplomatiques, rejoue le rituel d'une pseudo-avant-garde aux relents d'années 1970.

Contrairement à ce que martèle la rhétorique officielle, si l'Etat algérien ne s'est pas effondré au cours de la décennie passée, ce n'est pas grâce à la vigilance de ses forces armées. C'est parce que des millions d'Algériens ont refusé la logique de l'affrontement à laquelle les conviaient autant l'extrémisme islamiste que les faucons du régime. L'histoire nous enseigne que toute guerre contre le terrorisme devient terreur d'Etat quand, sous couvert de lutte antiterroriste, les populations en deviennent massivement les victimes.

Cet effort de la population de préserver un cadre pour le vivre- ensemble en dépit de l'incroyable violence qui s'abattait sur elle a certes diminué ses capacités de résistance individuelle à cette violence. Il a contraint le régime à adopter un discours "réconciliateur" mais creux, car refusant toute mesure susceptible de rétablir la confiance et de donner à la société les moyens de s'impliquer dans une dynamique de participation constructive, seule à même de doter le pays d'un nouveau contrat social. Cette volonté de sauvegarder à tout prix un lien entre gens de convictions antagoniques, ce sens de l'essentiel qui soude les peuples ayant payé le prix fort pour leur liberté, sont fille et fils de Novembre.

A l'opposé, la glorification de l'action militaire, le refus du politique et son remplacement par des manipulations de toutes sortes, la méfiance à l'égard de la population et sa gestion par une propagande infantilisante et une répression brutale sont le fil conducteur des dirigeants algériens. C'est dans ce sens qu'ils ont réécrit et dénaturé le message de Novembre. Si, au bout de sept années d'une terrible guerre, l'Etat algérien s'est doté des attributs de la souveraineté, le droit du peuple à l'autodétermination fut, d'emblée, bafoué par ceux qui venaient d'accaparer le pouvoir en empêchant l'Assemblée constituante de doter l'Etat d'institutions légitimes.

Née dans une violence qui lui a été imposée par la colonisation, l'indépendance s'est construite autour d'une violence que lui ont ensuite imposée des militaires hostiles à toute forme d'expression et d'organisation de la société. Se posant avec brutalité en tuteur permanent du peuple, le pouvoir a dilapidé les chances de la nation de se constituer sur des bases démocratiques. Et ce, alors que la démocratie demeure en Algérie bien plus qu'un choix de société : la seule façon de dépasser nos archaïsmes et la propension de bien des élites à préférer les situations de rente aux risques inhérents au combat contre la dictature. Il en est résulté le règne du clientélisme, du népotisme, d'une prédation à ciel ouvert, des fraudes électorales, de la répression et des crimes d'Etat.

Si, aujourd'hui, des centaines de jeunes Algériens ne voient d'autre issue que le suicide, si d'autres ont pu scander : "Chirac président !" au passage du chef de l'Etat français à Alger, si d'autres enfin ont pu entonner La Marseillaise dans un stade algérois, ce n'est pas par méconnaissance de ce que fut l'insupportable condition de colonisé, mais parce que la condition actuelle de la majorité des Algériens n'a pas grand-chose à lui envier. Qu'il s'agisse de jeunes enrôlés sous la bannière de l'islamisme radical, d'autres acculés à une perversion séparatiste de la culture berbère, ces enfants de l'Algérie indépendante sont avant tout les victimes d'un régime qui s'est construit contre les rêves de pluralisme et de liberté.

Cinquante ans après le soulèvement, le régime lance, dans un de ces bricolages fumeux dans lesquels il excelle, une démarche de réconciliation avec la France et les pieds-noirs. Pourquoi pas ? Il y a un temps pour la guerre et un temps pour la paix. Mais le problème, c'est le tapage qui fait du retour de ces derniers non pas une démarche individuelle et naturelle mais un succès et une nouvelle "preuve d'ouverture" du régime.

Pour de multiples raisons, la France doit demeurer un partenaire privilégié de l'Algérie et de la région. Mais cette approche comporte une condition indispensable : un statut d'égal à égal et le respect mutuel des souverainetés. Nous en sommes loin. Notamment parce que le régime ne recherche auprès de l'extérieur en général et de la France en particulier qu'une légitimité et un soutien qu'il ne prend même plus la peine de solliciter auprès de son peuple.

Aujourd'hui, les partenaires étrangers se disputent les faveurs d'Alger, hydrocarbures, géostratégie et "stabilité retrouvée" obligent. Passons sur cette étrange "stabilité" qui n'envisage même pas de lever l'état d'urgence en vigueur depuis plus d'une décennie, comme si cela devait être l'état naturel du pays.

Les autorités, elles, ne s'y trompent pas. Elles savent que si la société est épuisée, exsangue après la guerre civile, si la détresse sociale amène chacun à chercher avant tout à survivre, si on assiste à un repli sur la sphère privée au détriment de l'action collective, si la course à l'argent devient un sport national, les émeutes récurrentes leur rappellent aussi que la situation est infiniment plus complexe et explosive. Surtout quand la moitié de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté dans un pays qui se targue de réserves en devises faramineuses et affiche une prolifération indécente de nouveaux riches.

La force de ce régime a toujours été d'entretenir des mythes. Hier, celui d'"avant-garde du tiers- monde", après le 11-Septembre, celui de "pionnier de la lutte contre le terrorisme international". C'est aujourd'hui celui de la stabilité, de "l'Etat fort" et de la prospérité économique.

On en est loin. Car toute relance est condamnée d'avance si elle ne bénéficie pas de la confiance de tous les acteurs économiques. Or, en dépit des cadres brillants que notre pays affiche dans les instances internationales et les discussions bilatérales, l'administration est bien mal en point. Elle est ballottée entre les mises au pas arbitraires - qui se souvient des quelque trois mille cadres-boucs émissaires emprisonnés en 1995 ? - et l'absence totale du droit, notamment commercial.

Les conditions dans lesquelles "l'empire Khalifa" - qui a ruiné des centaines de milliers d'Algériens - a pu émerger et celles qui ont provoqué son effondrement ne sont pas seulement extravagantes. Elles sont à l'image des faux- semblants du régime : les arrestations régulières de cadres sont là pour accréditer l'existence d'une justice indépendante et d'un refus de l'impunité.

Mais la question taboue subsiste : qui a ordonné le transfert massif de fonds publics vers une banque créée ex nihilo ? C'est dire combien le problème essentiel de l'économie algérienne reste de n'avoir jamais été encadrée par le droit, sans parler de transparence, et de n'avoir jamais sanctionné les échecs, fût-il celui de Khalifa que le gouvernement qualifie de "plus grand scandale financier depuis l'indépendance" ...

Cinquante ans après le lancement de la lutte armée, l'Algérie a plus que jamais besoin de renouer avec les promesses de Novembre. Si un Etat juste et égalitaire exprimait l'utopie d'hier, le réalisme devrait aujourd'hui dicter à nos potentats de respecter un minimum de règles de bonne gouvernance.

Pour nous, Algériens, l'heure est venue de tirer ensemble les leçons de notre histoire, de nous écouter les uns les autres par-delà les différentes chapelles, de débattre de nos échecs pour rendre une actualité aux idéaux de Novembre et trouver les conditions de leur réalisation.

C'est la seule garantie pour éviter une véritable bombe à retardement : la dislocation d'une majorité de la société exclue de toute retombée de la manne pétrolière et gazière. C'est l'unique voie pour soustraire le Maghreb à une instabilité permanente nourrie par l'absence de volonté réelle de réduire les tensions régionales qui empêchent tout processus d'intégration de nos pays.

Il est décidément temps de procéder à la seule réconciliation qui vaille : celle d'Istiqlal et Houria.

Hocine Aït-Ahmed est président du Front des forces socialistes (FFS)

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30 septembre 2013 1 30 /09 /septembre /2013 17:54
Le 30 septembre 1998, le FFS adresse un mémorandum au chef de l'État démissionnaire.

Comment peut-on juger la solidité d'un parti? La force d'un parti réside surtout dans sa promptitude à réagir aux événements. En effet, il y a quinze ans, suite à la démission du chef de l'État, Liamine Zeroual, la direction du FFS de l'époque lui adresse illico un mémorandum dans lequel les rédacteurs n'épargnent pas les intrigues du régime. Bien que le général Zeroual ait voulu faire de ce retrait un exercice démocratique [c'est pour permettre l'alternance au pouvoir, dit-il, qu'il écourte son mandat], les observateurs avisés savent qu’il n’en est rien. En tout cas, pour le FFS, celui qui a été installé au pouvoir, en 1994, par l'armée ne peut pas contrarier le système en restituant le pouvoir à son dépositaire, c'est-à-dire le peuple algérien.

De toute évidence, le FFS n'a pas attendu la démission du chef de l'État pour prendre les initiatives politiques. Depuis 1992, le FFS « n'a cessé de prévenir sur les dangers liés à la poursuite de l'option résolument sécuritaire qui fait l'impasse sur une solution politique, pacifique, démocratique et globale de la crise », lit-on dans le mémorandum du 30 septembre 1998. Or, jusque-là, au nom des intérêts occultes, le régime a toujours tourné le dos à aux solutions pacifiques. Et leur grenouillage politique a été couronné par une victoire à l’élection présidentielle du 15 novembre 1995 où le pouvoir algérien a rejeté définitivement les solutions négociées. Bien évidemment, « le FFS a dénoncé cet enchainement d’arbitraire, de déni, d’exclusion et de détournement de la volonté populaire », font-ils remarquer les rédacteurs du mémorandum.

Cependant, bien que les clans paraissent unis autour du noyau dur du régime, cette solidité ne se manifeste en fin de compte que pour saper les initiatives émanant de la société. Dans un article, coécrit par Dominique Lagarde et Baki Mina, publié le 17 septembre 1998, soit une semaine après le fameux discours de Zeroual, les deux journalistes écrivent : « Il y a quelques semaines, selon une bonne source, le général Lamari et le général Mohamed Mediene, le patron de la sécurité militaire, avaient même sommé le président Zeroual de limoger Betchine [son conseiller et ami]. Le chef de l’État jugeait, dit-on, ces pressions de plus en plus insupportables. » Dans le mémorandum déjà cité, les FFS met ces intrigue en exergue.

Mais, que faut-il faire ? Pour être à la hauteur des événements, le parti qui veut ouvrir sa bouche doit avoir dans ses rangs un homme d’une grande probité, à l’instar de Hocine Ait Ahmed. En fait, considérant que le peuple algérien est la première victime de ces règlements de compte, Hocine Ait Ahmed appelle tous les acteurs politiques à « assumer pleinement leur responsabilité devant l’histoire. » Dans le même temps, il demande « au président Zeroual d’ouvrir un dialogue franc et transparent avec toutes les forces politiques qui rejettent la violence et le terrorisme, à l’exception des groupes armés, pour réaliser le consensus politique et social le plus large possible autour d’une issue politique, pacifique et globale de la crise. »

En somme, après avoir exposé ce point de vue à Liamine Zeroual [il y aurait même eu, dit-on, une rencontre entre les deux hommes], où ce dernier s’est engagé à veiller personnellement au bon déroulement des élections anticipées d’avril 1999, Hocine Ait Ahmed décide de participer au scrutin. Toutefois, tout en se lançant dans la bataille électorale, il avertit qu’au premier dépassement, il n’hésitera pas à dénoncer le complot. Hélas, au fur et à mesure que la campagne électorale avance, le régime se sent en danger. Pour mettre encore une fois fin aux espoirs démocratiques, le régime favorise son candidat, Abdelaziz Bouteflika.

Enfin, contrairement aux élections de novembre 1995 où les lièvres ont joué leur rôle jusqu’au bout, en avril 1999, le régime est contrarié par l’autonomie des six candidats. Et s’il y a un enseignement à tirer de cette participation, c’est que le FFS n’hésite pas à venir au secours de l’Algérie en danger, mais il n’accepte pas qu’on l’utilise comme rampe de lancement. Pour s’affirmer ainsi, il n’y a pas beaucoup d’hommes politiques en Algérie qui soient capables d’être attentifs à la situation qui menace le pays et ne pas tolérer le moindre dépassement. Parmi ce groupe infinitésimal d’hommes politiques, Hocine Ait Ahmed occupe certainement la première place.

Ait Benali Boubekeur

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Publié par Ait Benali Boubekeur - dans Hocine Ait Ahmed
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