Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
2 avril 2017 7 02 /04 /avril /2017 20:36

Contrairement aux idées reçues, la fin de la guerre d’Algérie a été très rude. Cette épreuve sera encore plus alambiquée après l’indépendance. Car, si la France a eu le temps de maîtriser  ses propres partisans du chaos, la révolution algérienne ne pouvait pas se permettre un tel exercice. Tout désordre pourrait être exploité par les autorités coloniales.

Quelles sont alors les forces qui défient l’autorité légitime de la révolution algérienne ? Bien qu’elles soient minoritaires, ces forces stationnées dans les frontières ont pour seul objectif d’imposer leur vision archaïque à la société.

Ainsi, aux positions irréconciliables des parties en conflits, ils s’ajoutent des tensions internes dans chaque camp. Bien que chacun veuille minimiser les dissensions en son sein, de juin 1960 (conférence de Melun) à mars 1962 (conférence d’Evian), les positions officielles de part et d'autre sont perturbées par les agitateurs des deux camps.  

Dans le cas français, depuis le fameux discours du général de Gaulle sur l’autodétermination en septembre 1959, le lobby colonial –bénéficiant par ailleurs d’un soutien indéfectible de certains militaires hauts gradés –tente de renverser la cinquième République naissante. Des journées des barricades en janvier 1960 à la politique de la terre brulée pratiquée par l’OAS en passant par la tentative de coup d’État du quarteron de généraux en avril 1961, chaque tentative a failli plonger la France dans le désordre et perpétuer, par la même occasion, un système de domination archaïque.

Du côté algérien, les tensions commencent à apparaître après le départ du CCE (comité de coordination et d’exécution) vers l’Extérieur. Certains analystes situent le premier coup d’État contre la révolution algérienne à l’élimination d’Abane Ramdane par le fameux groupe, les 3B, en décembre1957.

Du coup, jusqu’à janvier 1960, leur emprise sur la révolution est incontestable. Mais, après une crise de prés de 6 mois en 1959, les 3B confient le sort de la révolution à l’arbitrage de 10 colonels, parmi eux Houari Boumediene.

Dans la foulée, à la fin des travaux du CNRA (conseil national de la révolution algérienne), en janvier 1960, l’armée des frontières est unifiée sous la houlette de Houari Boumediene. En fin stratège, ce dernier avance ses pions sans faire trop de bruit. Il suffit, pour lui, d’attendre le moment propice pour hériter du pouvoir sur un plateau.

Entre temps, pour mettre fin au conflit colonial, ce ne sont ni les agitateurs français ni les loups de Ghardimaou qui s’y mettent. Cela dit, si le général de Gaulle a eu le temps de neutraliser ses adversaires en soumettant sa politique à la volonté populaire lors des référendums de janvier 1961 et d’avril 1962, le GPRA ne pouvait pas ouvrir un conflit avec son état-major au risque de discréditer toute la révolution.

Pour conclure, il va de soi que la durée du conflit a permis l’émergence de nouvelles têtes. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que celles-ci se soucient peu de la souffrance du peuple comparées aux forces qui ont déclenché la guerre en 1954. Ainsi, si les initiateurs de la lutte armée avaient pour seul objectif de libérer le peuple de la domination coloniale, les victorieux de la crise de l’été 1962 lui dénient tout bonnement le droit de s’immiscer de ses affaires. Or, quel que soit le type de la domination, aucune d’elle n’est tolérable. Dans une certaine mesure, celle des nationaux est pire que celle des étrangers. Car, elle provient des personnes avec lesquelles le citoyen est sensé cohabiter. Toutefois, la seule satisfaction réside dans la libération du territoire. Quant au peuple, le jour où il se rendra compte des bienfaits de la liberté, il se libérera tout seul.

Boubekeur Aït Benali        

Repost 0
Publié par Ait Benali Boubekeur - dans Histoire
commenter cet article
18 mars 2017 6 18 /03 /mars /2017 17:53

« L’indépendance n’est pas la fin en soi, mais seulement un moyen qui permettra la transformation de la situation de notre pays, qui passe de l’état de stagnation à celui d’un pays libéré, pleinement engagé dans la bataille de la reconstruction économique et de libération sociale », message au peuple algérien du président légitime du GPRA, Ben Youcef Ben Khedda, le 18 mars 1962.

Cet optimisme est celui d’un dirigeant politique pieux. Malheureusement, à peine le brasier colonial est éteint, les seigneurs de la guerre invitent les politiques visionnaires à céder leur place. C’est probablement de là que découle la crise actuelle.

De toute évidence, si le peuple algérien réussit tant bien que mal le contre-projet, à savoir la mise à mort du système colonial, le projet de reconstruction –qui est de loin le plus important –est quelque part négligé. Or, c’est ce projet qui est prioritaire et primordial. Et c’est ce qui se dégage à la lecture du message du  président légitime du gouvernement provisoire.

Bien évidemment, les intentions ne suffisent pas. Il faudrait aussi que les futurs dirigeants se soumettent à la volonté populaire. Pour le président Ben Khedda, la seule légitimité est celle qui sort des urnes. « Cet État sera démocratique. Il souscrira sans réserve à la Déclaration universelle des droits de l’homme et fondera ses institutions sur le principe démocratique et sur l’égalité des droits politiques entre tous les citoyens sans discrimination de race ou de religion », écrit-il.

Hélas, ce que le président Ben Khedda ignore probablement, c’est qu’un groupe d’officiers a déjà tranché la question. Pour eux, la gestion de la société ne peut pas être un contrat de confiance. En effet, après une longue absence sur le territoire national et n’étant pas pour la plupart d’entre eux des militants politiques, ils n’avaient aucune gêne à se départir des principes énoncés le 1er novembre 1954.

Ainsi, du lendemain euphorique de la signature des accords d’Evian, entre le GPRA et le gouvernement français, jusqu’à l’entrée des troupes des frontières à Alger, en début septembre 1962, en passant par l’élimination du GPRA et son remplacement par un bureau politique enfreignant tous les statuts de la révolution, le duo Ben Bella-Boumediene engrange victoire sur victoire.

Toutefois, si le peuple avait la moindre force morale, accepterait-il que les sacrifices des meilleurs enfants de ce pays soient détournés ? En tout cas, bien que les Algériens soient fatigués des affres de sept ans de guerre, il n’en reste pas moins que son manque d’implication s’apparenterait à une pusillanimité qu’à une philosophie de Gandhi.

Qu’en est-il, 55 ans plus tard, du message de Ben Youcef Ben Khedda ? Il va de soi que sa teneur reste encore d’actualité. En effet, les défis de l’époque sont encore à relever. D’après le président Ben Khedda, « nous avons à édifier une société nouvelle qui reflétera le visage nouveau et jeune de l’Algérie libre, où chaque citoyen doit apporter sa contribution. »

Pour y parvenir, le président légitime de la révolution algérienne appelle les Algériens à assumer leurs responsabilités. « L’Algérie sera ce que nous, Algériens, nous voulons qu’elle soit », estime-t-il.

Aït Benali Boubekeur

 

 

 

 

Repost 0
Publié par Ait Benali Boubekeur - dans Histoire
commenter cet article
3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 22:37

L’assassinat de Larbi Ben Mhidi, le 4 mars 1957, représente un vrai tournant de la révolution algérienne. En effet, malgré sa modestie légendaire, le président du congrès de la Soummam est l’un des principaux fédérateurs des courants intérieurs de la révolution.

D’ailleurs, dès sa neutralisation –son arrestation se situe vers le 25 février 1957 –, les tensions surgissent au sein du comité de coordination et d’exécution (CCE). En dépit des efforts d’Abane Ramdane de veiller sur la place du politique au sein des institutions révolutionnaires, le départ du CCE vers l’Extérieur complique gravement sa tâche.

Hélas, le hasard a fait que les deux pièces maitresses du CCE et, par ricochet, de la révolution algérienne meurent par strangulation. Depuis l’apparition du livre du général tortionnaire, Paul Aussaresses, on en sait davantage sur les circonstances inhumaines de ce lâche assassinat.

Quoi qu’il en soit, bien qu’il soit difficile de faire admettre aux défenseurs de la colonisation l’existence des pratiques inhumaines dont sont victimes les « indigènes », le témoignage de Paul Aussaresses révèle la barbarie des promoteurs zélés de la colonisation et surtout l’absence, voire l’inexistence de toute référence aux droits de l’homme dans le règlement des conflits.

Sinon comment expliquer que les lois de la guerre ne s’appliquent pas au prisonnier Larbi Ben Mhidi ? Bien que son statut de chef révolutionnaire puisse provoquer la panique des autorités coloniales, une autorité qui respecte les droits de l’Homme ne recourt pas à l’assassinat.

En fait, à en croire le général tortionnaire, dès les premiers jours de l’arrestation de Larbi Ben Mhidi, des personnalités judiciaires haut placées cherchent à le liquider. Pour étayer son propos, il cite le juge Bérard. « Ce juge d’instruction, on s’en souvient, avait pour mission de tenir le cabinet de François Mitterrand, le garde des Sceaux, directement informé de ce que nous faisions, sans avoir à passer par le parquet », écrit-il.

Ainsi, pour se débarrasser du chef historique du FLN, le juge propose, de façon à peine voilée, à Paul Aussaresses d’empoisonner le prisonnier. Alors qu’une quantité infime de cyanure est mortelle, le chef tortionnaire s’en procure, sans difficulté, dans une pharmacie algéroise, une bouteille de 75cl.

Finalement, le tortionnaire opte pour une méthode plus dégradante et plus inhumaine. Dans la nuit du 3 au 4 mars 1957, Larbi Ben Mhidi est entraîné dans une ferme isolée à une vingtaine de kilomètres d’Alger. « Une fois dans la pièce, avec l’aide de mes gradés, nous avons empoigné Ben Mhidi et nous l’avons pendu, d’une manière qui puisse laisser penser à un suicide », avoue, sans honte bue, le général tortionnaire.

Enfin, pour maquiller cet assassinat, le tortionnaire doit convaincre l’autorité judiciaire de sa bonne foi. Et comme le hasard fait bien les choses, son interlocuteur n’est autre que le juge Bérad, cité précédemment.

Pendant longtemps, cette affaire est classée comme un suicide. Sans vouloir remettre une couche sur la polémique provoquée par les propos d’Emmanuel Macron, on se demande qui de Ben Mhidi ou de Paul Aussaresses est le plus barbare. Pire encore, un tortionnaire peut-il accomplir une mission de civilisation ? C’est sans doute aux historiens qu’incombe la mission de répondre et non pas aux politiques dont l’intérêt ne dépasse pas la période électorale.

Aït Benali Boubekeur  

 

    

 

  

Repost 0
Publié par Ait Benali Boubekeur - dans Histoire
commenter cet article
5 février 2017 7 05 /02 /février /2017 11:09


Le début du différend remonte à la crise connue sous le nom de « complot berbériste ». Bien que le mouvement ne connaisse pas une grande ampleur, la direction lui réserve tout de même un traitement répressif. En tout cas, la réaction est indubitablement disproportionnée. Et pour cause ! Selon Ait Ahmed, la crise a eu pour point de départ l’agitation d’un seul militant, Rachid Ali Yahia. « En 1948, Ouali Bennai envoie en France un ancien lycéen de Ben Aknoun, Mohand Sid Ali Yahia (dit Rachid), pour qu’il y reprenne ses études interrompues en 1946, lorsqu’il s’était mis à la disposition du parti en Kabylie », décrit Ait Ahmed les états de service du militant en question.

  1. bien qu’il ait activé au sein du district de Kabylie, ses services, d’après le témoignage d’Ait Ahmed, ne furent pas prépondérants. « Quand Ali Yahia est venu nous rejoindre en 1946, j’ai eu du mal à le faire intégrer dans nos structures, d’abord au niveau de son village et ensuite de son douar d’origine, qui est aussi le mien », note Ait Ahmed dans ses mémoires intitulées « l’esprit d’indépendance ». N’ayant pas connaissance des décisions prises au sommet, Rachid Ali Yahia s’intéresse aux questions secondaires. En effet, bien que la question identitaire soit essentielle, devant le phénomène colonial, celle-ci n’est pas prioritaire, comme le prouveront plus tard les combattants de la Wilaya III historique.

Quoi qu’il en soit, au moment où le parti engage une réflexion profonde sur le déclenchement de l’action armée, Rachid Ali Yahia ouvert un débat au sein de la fédération de France du PPA-MTLD sur l’orientation idéologique de la future Algérie. Cela dit, bien que tous les militants soient affectivement attachés à la question identitaire, il n’en reste pas moins, pour la majorité d’entre eux, que l’urgence est de se débarrasser d’abord du carcan colonial. Jouant sur la fibre sentimentale, Ali Yahia Rachid fait voter alors une motion contre l’orientation arabo-islamique du parti. Lors du vote, 28 membres sur 32 sont d’accord.

Cependant, la réaction de la direction ne s’est pas fait attendre. Pressée par le courant activiste de la suivre dans la voie révolutionnaire, la direction du PPA-MTLD est restée pantoise. Et elle ne retrouve ses forces que pour combattre la motion parisienne du parti. Dans son angle de tir, elle réserve, sans le dire clairement, ses attaques contre l’ensemble de l’aile radicale. D’essence frondeuse, la Kabylie est désormais dans son collimateur. Pour Ait Ahmed, « À partir de cet épisode, la Kabylie trainera –il faut dire les choses comme elles sont –la casserole du « berbérisme » avec toutes les connotations irrationnelles, négatives et ironiques, attachées à la fonction d’épouvantail. Il y a comme ça des grains de sable, des personnages insignifiants, qui entrainent dans la vie politique des conséquences démesurées ».

Cependant, saisissant la balle au bond, la direction du PPA-MTLD réagit promptement. Pour ce faire, Messali charge trois berbérophones (Sadok Saïdi, Dr Chawqui Mostefai, et Radjeff Belkacem) de reprendre le contrôle de la fédération de France. « Au printemps 1949, la capitaine Saïdi participe donc aux opérations de pacifications et de maintien de l’ordre avec d’autant plus d’élan qu’il a, cette fois, le sentiment d’être du bon coté, et qu’à triompher sans péril il n’en aura pas moins la gloire de se faire une virginité », note Ait Ahmed.

De toute évidence, cet orage parisien n’est pas prêt de disparaitre de sitôt. Bien que l’agitation soit contenue dans quelques poches en Kabylie, la direction maintient sa pression et engage un bras de fer avec les militants de cette région sans distinction. En tout cas, le premier à payer les frais est Ouali Bennai. Voulant se rendre en France [personne ne peut situer exactement les motifs], Ouali Bennai est arrêté à Oran avant son embarquement vers Marseille. Selon Ait Ahmed, « il réagit comme un père tranquille irlandais devant un pugilat : on y prend part, et on ne s’interroge sur ses motifs que quand il est terminé ». Dans la foulée, les accusations fusent dans tous les sens. Pour la direction, le départ de Ouali Bennai en France est la preuve de l’existence du dit complot.

Quant aux défenseurs de la motion de Rachid Ali Yahia, ils accusent la direction d’avoir donné Ouali Bennai à la police coloniale. Tout compte fait, la vague d’arrestation fait peser quand même des soupçons sur la direction. « Les captures successives de presque tous les dirigeants du district de Kabylie vont jeter de l’huile sur le feu des passions, des suspicions, des anathèmes : Amar Ould Hamouda, appréhendé dans un tram de la capitale ; Saïd Oubouzar, responsable politique pour la région de Tizi Ouzou, coincé seul et arrêté à Alger ; toujours à Alger, Omar Oussedik, encerclé et ceinturé au jardin Marengo,…Quelques jours plus tard, c’est autour du responsable de l’OS en basse Kabylie, Omar Boudaoud, qui, revenant de la capitale, est cueilli à l’arrivée de l’autocar de Rebeval (Baghlia) », note Ait Ahmed à juste titre.

En tout état de cause, de cette machination, il ne reste qu’un seul responsable, en Kabylie, en liberté. Il s’agit de Belaid Ait Medri. Celui-ci pense en effet que cette vague d’arrestation résulte d’une collusion entre les autorités coloniales et des membres influents de la direction nationale du PPA-MTLD. Nonobstant le travail de conciliation entrepris par Ait Ahmed, le climat de méfiance, de part et d’autre, ne facilite pas sa tache, d’autant plus qu’il est accusé, lui aussi, de comploteur. En tout cas, la direction du parti ne lui pardonnera pas son projet de faire évader Ouali Bennai de prison. « Mais ma marge d’action diminue au fur et à mesure que s’enfle le tir croisé des accusations, d’autant plus que je dois redoubler de précautions, car la police m’a identifié dans l’affaire de la poste d’Oran », argue ait Ahmed de la dureté de sa mission.

Cela dit, bien que la police soit toujours à ses trousses, Ait Ahmed va tenter de convaincre la direction de stopper ses attaques contre les responsables de la Kabylie. « Je leur demande de garder la tête froide : l’avalanche d’arrestations qui ont frappé que les dirigeants de la Kabylie, cela sent la provocation, la manipulation. Il ne faut pas se tromper d’adversaires. Bennai et tous les emprisonnés sont des hommes sérieux et conséquents. Ali Yahia n’est qu’une péripétie. Il n’était pas au comité central de Zeddine. Il ignore tout de nos options fondamentales, de nos buts. Mais justement, comment les atteindre si on décime l’encadrement en Kabylie », tente-t-il de raisonner la direction du PPA-MTLD.

En effet, à la réunion de Zeddine de décembre 1948, à laquelle ont participé Ait Ahmed, Ould Hamouda et Bennai, l’aile révolutionnaire a réussi à faire adopter son projet insurrectionnel. Néanmoins, bien qu’aucun responsable n’ait pu voter contre un tel projet, en catimini, certains membres de la direction font tout pour repousser cette échéance. Les notables du PPA-MTLD ne veulent plus de l’orientation arrêtée à Zeddine. Ainsi, en combattant le projet insurrectionnel, l’opportunisme électoraliste, selon Ait Ahmed, a de bons jours devant lui. En tout état de cause, après cette série de purges, la direction va réaliser son unité en excluant les parasitaires.

Finalement, au-delà de l’extirpation du germe berbériste, la direction du PPA-MTLD a su neutraliser le courant activiste dans sa globalité. Le meilleur exemple est celui de l’élimination de Lamine Debaghine, payant ainsi les frais de son désaccord avec Messali. Mi-révolutionnaire mi-réformateur, ce dernier sera rejeté plus tard par les uns et par les autres. Car son alliance avec les réformateurs ne durera pas longtemps. En 1954, les activistes, en portant un projet clair, élimineront et Messali et les réformateurs.

 

Repost 0
Publié par Ait Benali Boubekeur - dans Histoire
commenter cet article
5 février 2017 7 05 /02 /février /2017 10:23

Beaucoup de personnes situent le début de la bataille d’Alger à la fameuse « grève des huit jours » (28 janvier-4 février1957). En effet, si l’on considère le déchainement des paras, commandés par le général Massu en vue de la casser –une grève à laquelle a appelé le CCE (comité de coordination et d’exécution) issu du congrès de la Soummam –, comme le point de départ, il sera difficile de classer une série d’événements qui se sont déroulés tout au long de l’année 1956 à Alger.

De toute évidence, bien que les villes ne connaissent pas un grand emballement comme le sont les campagnes après les premières actions de novembre 1954, il n’en reste pas moins que le mouvement de libération est scruté à la loupe. Malgré les intimidations, à partir de juin 1956, les événements s’accélèrent. À l’exécution de deux membres du FLN, le 19 juin 1956, à la prison de Barberousse, la cellule du FLN algéroise « organise pour la première fois des attentats aveugles au revolver contre la population européenne », écrit le grand historien, Pierre VIDAL-NAQUET, dans « la torture dans la République (1954-1962) ».

Désormais, le conflit n’a plus de limites. Après une préparation de longue haleine, les colons passent à la vitesse supérieure. Le 10 aout 1656, la Casbah est secouée par une déflagration faisant une centaine de morts. Bien que les auteurs [Philippe Castille et Michel Fechoz] avouent avoir perpétré l’attentat, aucune sanction n’est prise à leur encontre.

Par ailleurs, pour venger les victimes innocentes, la réponse du FLN ne se fait pas attendre. Ce sont les fameuses bombes déposées dans les différents bars et cafés, fréquentés par les Français d’Algérie. Cela dit, sans qu’ils se rendent compte, les planificateurs de ces attentats ignorent que leurs actions gênent considérablement l’action des membres du CCE préparant une grande mobilisation politique à l’occasion de l’ouverture du débat sur la question algérienne à l’ONU, prévu fin janvier 1957.

Bien évidemment, il ne s’agit pas d’incriminer qui que ce soit. Mais, historiquement parlant, ces attentats ont accéléré le transfert du pouvoir des civils aux militaires. « Le 7 janvier 1957, sur l’ordre de Robert Lacoste, le superpréfet d’Alger, Roger Baret, signe une ordonnance déléguant au général Massu, commandant de la 10e division parachutiste, les pouvoirs de police dans le département d’Alger, c’est-à-dire le soin de liquider le terrorisme urbain et de briser la grève générale préparée par le FLN », note l’éminent historien.

Jusqu’au mois d’octobre 1957, une date correspondant à la fin de la bataille d’Alger, le rouleau compresseur colonial écrase tout sur son passage. Malgré les démissions spectaculaires de Paul Teitgen, haut responsable de l’administration et du général de Bollardière, qui récusent les méthodes du général Massu, la répression va crescendo.

Selon Pierre VIDAL NAQUET, « Paul Teitgen fut amené à signer 24000 assignations à résidence. Sur ce nombre, d’après ses déclarations publiques, 3024 individus devaient disparaître, morts sous la torture, ou sommairement exécutés. Ce chiffre est sans aucun doute inférieur à la réalité : les militaires ne déclarèrent pas toutes les arrestations et bien des victimes n’eurent pas le loisir d’être assignées à résidence ».  

Peu à peu, l’emprise de l’armée sur la vie politique française s’accentue. En mai 1958, elle refuse carrément l’investiture du président du Conseil, Pierre Pflimlin. Son seul tort est d’avoir déclaré que le problème algérien ne pourrait être résolu sans une négociation. Ce sont donc ces militaires –qui ont conduit la bataille d‘Alger – qui vont achever la IVe République.

Pour conclure, il va de soi que la bataille d’Alger ne peut pas être résumée en quelques lignes. Cela dit, d’un point de vue stratégique, les membres du CCE avaient besoin d’un calme relatif à Alger en vue de gérer la révolution. De leur coté, les révolutionnaires ne pouvaient pas rester bras croisés quand les membres de leur réseau se faisaient tuer. Résultat des courses : les réseaux et la direction politique sont décimés.

D’ailleurs, c’est après l’arrestation de Larbi Ben Mhidi que les survivants du CCE décident de quitter le pays. Ce choix s’avère lourd de conséquences. À partir du moment où la révolution est gérée loin des réalités du terrain, les nouveaux dirigeants ne comprennent pas forcément les souffrances du peuple. Ainsi, après l’indépendance, ces chefs extérieurs vont jusqu’à interdire au peuple algérien de s’immiscer dans ses affaires, alors qu’en novembre 1954, les révolutionnaires ont pris les armes contre cette exclusion.

Aït Benali Boubekeur        

Repost 0
Publié par Ait Benali Boubekeur - dans Histoire
commenter cet article
22 janvier 2017 7 22 /01 /janvier /2017 10:09

Après une pacification douloureuse, les autorités coloniales proclament que l’Algérie est une partie intégrante de la France. Dans ces conditions, est-ce que cette règle s’applique aux habitants ? En d’autres termes, est-ce que les autochtones deviennent, par la même occasion, citoyens français ? Officiellement, les représentants de cet ordre le claironnent sans ambages. Dans les faits, les deux peuples qui se côtoient sont séparés par des obstacles infranchissables.

Toutefois, après la mobilisation des Algériens lors de la Grande Guerre (1914-1918), des dirigeants métropolitains songent réellement à l’émancipation d’une partie des « indigènes ». Bien que les réformes ne soient pas globales, certaines de ces mesures permettent à quelques milliers d’indigènes d’accéder à la citoyenneté.

Cela dit, si des récompenses peuvent être envisagées, il n’en est pas de même des réformes politiques ou sociales. En voulant se confronter au lobby colonial, Maurice Violette est le premier à faire l’expérience amère. En 1925, il est en effet nommé gouverneur général. « Pourtant, même ses timides réformes sociales furent l’objet d’un véritable tir de barrage de la part du milieu colon. Qui obtiendra son rappel. Au point que Violette signera quatre ans plus tard un livre en forme de défi : l’Algérie [sous-entendu française] vivra-t-elle ?, chronique amère d’un divorce radical entre un homme venu avec de belles intentions réformatrices et un monde fermé à toute novation », écrit Alain Ruscio dans « nostalgérie, l’interminable histoire de l’OAS ».

Quoi qu’il en soi, bien que le gouverneur général admette la suprématie du lobby colonial, il ne renonce pas à s’opposer au statu quo. Pour lui, si la France veut avoir un avenir en Algérie, il faudra qu’il accomplisse des réformes osées. « Je redoute que la légitime fierté de résultats […] ait installé dans l’esprit [des colons] à la façon d’un dogme que l’Algérie dans l’avenir ne pourra continuer à être que par eux et pour eux ; s’il en était ainsi, et si la métropole n’intervenait pas pour imposer un point de vue plus juste et plus humain, l’Algérie serait condamnée » écrit Maurice Violette en 1929.

Cependant, si en 1925 les conditions n’étaient pas totalement réunies, en 1936, le projet des réformes est porté par le président du Conseil, Léon Blum, son ministre d’État, Maurice Violette, et une grande partie de la gauche française. Bien que le contenu ne soit pas très éloigné de celui de 1925, le lobby colonial refuse –malgré la légitimité des urnes – la moindre concession. Du coup, « trois mois seulement après la victoire électorale, Maurice Violette commençait déjà à s’inquiéter », note l’historien. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que, comme en 1925, le lobby colonial réussit à infléchir les dirigeants métropolitains. En un mot, c’est cette minorité agissante qui impose son choix à toute la communauté pied-noir.

Enfin, il existe d’autres tentatives de réformer le système colonial après 1925 et 1936. Mais, après les événements de mai 1945, la grande majorité des « indigènes » ne croit plus à une possible cohabitation. D’ailleurs, le commandant en chef de la répression de mai 1945, le général Duval, prédit une paix de dix ans. Cette prédiction est ratée d’une année. En 1954, la révolte se généralise. Enfin, après sept longues années, la décolonisation se réalise à un prix exorbitant. Quant aux souffrances du peuple algérien après le recouvrement de l’indépendance, il s’agit d’une autre histoire.

Aït Benali Boubekeur

 

  

     

Repost 0
Publié par Ait Benali Boubekeur - dans Histoire
commenter cet article
29 décembre 2016 4 29 /12 /décembre /2016 19:59
Il y a des assassinats politiques qui ne s’oublient pas. Incontestablement, la liquidation physique de l’architecte de la révolution, Abane Ramdane, en fait partie. Bien que le régime ait tout fait pour minimiser la portée de cette affaire, les Algériens, notamment ceux épris de justice, savent que la dérive a commencé à ce moment-là.
En tout cas, ce lâche assassinat révèle l'incompétence des chefs révolutionnaires à surmonter la crise. En recourant à l’élimination physique, les hommes forts de la révolution la jettent dans les bras de la future dictature. En effet, quand la politique n’a plus de place dans un mouvement, la violence devient, par conséquent, la règle.
D’ailleurs, de décembre 1957 à septembre 1962, les conflits se règlent selon la loi du rapport de force. Au summum de la crise en décembre 1959, lors de la paralysie du GPRA ayant duré six mois, ou en aout 1961, lors de l'élimination des anciens de d’UDMA de Ferhat Abbas du GPRA, ou en juin 1962, lors du congrès de Tripoli, la politique est reléguée au second plan. Et c’est en leur qualité d’hommes politiques que les instigateurs de la mort d’Abane Ramdane, en décembre 1957 –ils étaient des chefs militaires de premier plan – seront éliminés de la direction de la révolution après l’accession du pays a la souveraineté.
Depuis ce moment-là, la capacité du dirigeant postindépendance se mesure à son pouvoir de faire taire la société. Or, dans les pays qui se respectent, quel que soit le titre du chef, il n'est qu'un citoyen soumis aux mêmes droits et aux mêmes devoirs. En Algérie, malgré les 54 ans qui nous séparent de la fin du système colonial, le statut du citoyen de seconde zone subsiste toujours.
En nous rendant, avec un groupe d’amis, le 24 décembre, à Alger, pour assister au meeting du FFS, un gendarme nous demande, à la sortie de Tizi Ouzou, notre destination. Le chauffeur explique alors la raison pour laquelle il se rend à Alger. Et pourtant, une simple vérification des papiers aurait dû suffire. Durant tout le trajet, plusieurs questions me taraudent l’esprit : si le gendarme n'était pas satisfait de la réponse, est-ce qui pourrait nous demander de rebrousser chemin ? Est-ce une simple curiosité ou une faon de nous intimider ? Ou est ce les deux la fois ?
Cela étant dit, bien que notre exemple n’ait pas une grande importance par rapport à l'élimination d’un grand homme, comme Abane Ramdane, il n'en reste pas moins que la crise actuelle a pris ses racines de la dérive révolutionnaire de decembre1957.
Pour conclure, il va de soi que l'assassinat injuste d’Abane Ramdane a pesé très lourd sur l'avenir du pays. Bien que le système politique ait évolué, force est de reconnaître que certaines pratiques, qui ont causé, de surcroît, tant de mal à la révolution et à notre pays pendant les premières années de son indépendance, n'ont pas disparu. C'est comme si la malédiction poursuivait le pays après tant d'assassinats injustes. Faudrait-il pour autant pleurnicher sur le sort du pays si les Algériens ne faisaient rien pour changer le système de gouvernance ? C’ est tout le sens, me semble-t-il, du combat qu’il faudrait mener.
Aït Benali Boubekeur
Repost 0
Publié par Ait Benali Boubekeur - dans Histoire
commenter cet article
3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 20:25

Pour les vainqueurs de la crise de l’été 1962, la gestion postcoloniale doit leur revenir de droit. Cette approche exclut de fait le peuple algérien de façon générale et les opposants politiques de façon particulière. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cet esprit est en contradiction flagrante avec la déclaration du 1er novembre 1954 et surtout avec la dynamique qui a permis le développement des grandes nations. Mais, il y a pire : cette stratégie est encore en vigueur.

Pour revenir au contexte de l’époque, c’est-à-dire les années 1960 et 1970, à en croire Smaïl Goumeziane, dans « le mal algérien », l’échec de la transition postcoloniale est déjà latent. En fait, au lieu d’associer le peuple algérien à l’œuvre de l’édification de la nation, le régime s’appuie sur une administration « développant à cette fin une immense bureaucratie assise sur le clientélisme et l’arbitraire », écrit l’ancien ministre réformateur.

En tout cas, bien qu’il y ait incontestablement des investissements colossaux –la fameuse industrie industrialisante –, force est de reconnaître que les manques de concertation et de transparence vont s’avérer plus tard des gouffres financiers. En d’autres termes, sous l’ère de Boumediene, les défauts l’emportent sur les qualités, et ce, bien que ces tares soient soigneusement cachées.

Pour étayer cette thèse, et dans le but de camoufler ces tares, « il faut donc s’endetter, et encore s’endetter, et dès 1975 la balance des paiements est déficitaire, tout comme le Trésor public et les entreprises, et ce, malgré le boom pétrolier », argue Smaïl Goumeziane. Du coup, de 1974 à 1979, la dette algérienne passe de 6 milliards de dollars à 26 milliards de dollars.

Toutefois, l’endettement en soi n’est pas un problème. La plupart des États occidentaux vivent à crédit. Hélas, dans le cas de l’Algérie, « l’endettement est utilisé pour réaliser des projets qui,…, sont chers, non rentables, de faible productivité, et pour importer des biens de consommation de plus en plus coûteux », explique Smaïl Goumeziane.

Incontestablement, deux facteurs sont à l’origine de cet échec. Le premier est inhérent au système de gouvernance. Dans le monde entier, les régimes autoritaires sont la principale cause de la misère des peuples. Car, au lieu de libérer les initiatives et les énergies, le chef autoritaire les emprisonne. Quant au second facteur –bien qu’il soit lié au premier –, il est relatif au sacrifice du secteur agricole. Alors que l’Algérie était exportatrice en 1962, à la fin du règne de Boumediene, le déséquilibre entre la production et la consommation est abyssal. Cette façon de gérer le pays a tout simplement hypothéqué l’avenir des générations.

Pour conclure, il va de soi que la crise algérienne est le fait des hommes et non des capacités naturelles du pays. Cela étant dit, la responsabilité des Algériens est totalement engagée. Car, si le combat pour l’indépendance était nécessaire, celle de la construction de l’État, conformément à la charte du 1er novembre 1954, exigeait encore plus d’engagements.

Hélas, la démission du peuple –il se peut aussi qu’il ne soit tout simplement pas à la hauteur des enjeux – va favoriser la déliquescence de l’État. Du coup, depuis belle lurette, seuls les plus forts ont leur place dans cette Algérie fonctionnant à plusieurs vitesses. Depuis longtemps aussi, si la situation financière est favorable, celle-ci profite aux dirigeants et leurs proches et quand la situation se dégrade, ce sont les pauvres qui trinquent. Et ça risque de continuer ainsi pendant des années jusqu’à ce que chaque acteur ait son rôle défini.

Aït Benali Boubekeur  

 

Repost 0
Publié par Ait Benali Boubekeur - dans Histoire
commenter cet article
11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 11:11

Le 22 octobre 1956, l’avion transportant la délégation extérieure du FLN, composée de Hocine Ait Ahmed, Mohamed Boudiaf, Mohamed Khider, Ahmed Ben Bella et Mustapha Lacheref, est détourné par l’armée française sur Alger. Censé atterrir à Tunis, où la délégation extérieure devait participer à la conférence maghrébine, le rapt aérien a tué dans l’œuf le projet des trois pays de constituer un front commun.

Dans la réalité, malgré toute la volonté de ces trois pays, le renforcement du pouvoir de l’armée française renvoie toute solution politique de la crise algérienne aux calendes grecques. Ainsi, bien que le président du Conseil, Guy Mollet, ait encouragé des contacts avec les responsables du FLN, il n’en reste pas moins que, sous la IVème République, le pouvoir militaire a pris le pas sur le pouvoir politique. Depuis le vote des pleins pouvoirs à l’armée, le 12 mars 1956, le pouvoir civil devient l’ombre de lui-même.

Ainsi, lorsque la cellule marocaine du SDECE (service secret français) communique le plan de vol de la délégation extérieure du FLN aux responsables militaires d’Alger, la décision de détourner l’avion ne met pas beaucoup de temps à se dessiner. Profitant de l’absence du président du Conseil à Paris, les militaires se contentent de faire part de leur plan au secrétaire d’État à la Défense, Max Lejeune.

Néanmoins, contrairement aux allégations de Ben Bella sur la trahison du roi Mohammed V, compte tenu de la présence de l’armée française dans les trois pays –bien que le Maroc et la Tunisie soient indépendants depuis quelques mois –, les faits et gestes des révolutionnaires algériens sont scrutés à la loupe. Et si le roi Mohammed V ne voulait pas aider l’Algérie à recouvrer son indépendance, il ne tolérerait pas l’installation de l’ALN sur son territoire pendant tout le conflit. Et si Ben Bella s’est imposé en 1962, c’est parce que les troupes stationnées au Maroc, à leur tête Houari Boumediene, ont décidé d’imposer leur vision au pays.

De toute évidence, même si l’armée française a cru asséner un coup dur à la révolution, force est de reconnaître que cette capture a été bénéfique dans une certaine mesure. Car, à la même époque, le conflit entre l’Intérieur et l’Extérieur –le seul membre de la délégation extérieure à se démarquer de cette lutte fratricide stérile, c’est Hocine Ait Ahmed –atteint son paroxysme. D’ailleurs, s’il y avait eu le moindre accord, signé au nom de la révolution sans l’aval de l’Intérieur, les dirigeants issus de le Soummam l’auraient dénoncé.

Toutefois, si cet acte de piraterie aérienne donne, pour quelque temps, un avantage au CCE (comité de coordination et d’exécution), le travail de sape de Ben Bella d’un côté et la répression française de l’autre côté, obligeant les membres du CCE à quitter le territoire national, finissent par affaiblir les organismes dirigeants de la révolution. Cette faiblesse sera exacerbée par les seigneurs de la guerre à tel point qu’à l’indépendance, le pouvoir reviendra à celui qui aura construit une grande colonne de soldats.

En dépit de la solution préconisée par Hocine Ait Ahmed de former un gouvernement unitaire en avril 1957, chaque groupe campe sur ses positions. Bien que des militaires se soient éloignés d’Abane Ramdane en août  1957, lorsque Ben Bella retrouvera sa force en 1962, en s’alliant avec Boumediene, il punira tous les chefs qui ont travaillé avec le Jean Moulin algérien. À tel point que même le prestigieux « lion des djebels », Krim Belkacem, sera interdit de figurer sur la liste des membres du bureau politique comme voulu par Ben Bella. Et si ce dernier avait accepté, à Tripoli, la présence de Krim au BP, il n’y aurait probablement pas eu la crise de l’été 1962.

Pour conclure, il va de soi que cet acte de la piraterie aérien relève surtout de la faiblesse de la IVème République (1946-1958). En effet, dès le début de l’année 1956, les militaires français deviennent les véritables décideurs. Ce sont ces mêmes militaires qui décideront, deux ans plus tard, d’achever cette République pour en faire une autre plus dure. Il faudra alors tout le génie du général de Gaulle pour que le pouvoir revienne aux civils. Du côté algérien, les bisbilles entre l’Intérieur et l’Extérieur, notamment après la tenue du congrès de la Soummam, provoquent la reprise en main du pouvoir par les militaires. Une situation hélas qui pénalisera l’Algérie pendant plusieurs décennies.

Par Aït Benali Boubekeur       

Repost 0
Publié par Ait Benali Boubekeur - dans Histoire
commenter cet article
1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 09:54

La révolution algérienne, comme le sont toutes les révolutions universelles, comporte une part de violence. De la même manière que la Révolution française a enfanté le régime de la terreur, le Front de libération nationale (FLN historique) a connu des moments sombres. En partie, cela pourrait s’expliquer par les impératifs historiques. Mais, une fois le but atteint, à savoir la fin du joug colonial, est-ce que cette violence est justifiable ?

Il faut dire que la violence des nationaux est plus grave que celle des étrangers. Cela étant dit, pour mieux comprendre le climat de violence pendant la guerre d’Algérie, l’éminent historien, Gilbert Meynier, dans un article intitulé « FLN : la loi de la violence », explique que la lutte contre le système colonial ne pourrait se faire avec des moyens pacifiques.

« Depuis la conquête de 1830 et jusqu’en 1962, les rapports entre la France et l’Algérie sont marqués par une extrême violence », écrit-il. En fait, après une pacification du territoire, qui a coûté, selon l’historien, la perte de 30% de sa population et 40% de ses terres les plus cultivables, l’Algérie est soumise à un système profondément injuste, la colonisation.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce système est ingrat sur tous les plans. Ainsi, bien que les Algériens participent activement à deux efforts de guerre (1914-1918 et 1939-1945), en guise de remerciement, l’Est algérien est mis à feu et à sang en mai 1945.

Cependant, bien que les partis nationalistes, notamment le PPA-MTLD, veuillent, à des degrés différents, s’émanciper de la tutelle coloniale, il n’en demeure pas moins que face à un système dominant, le combat politique ne suffit pas. « Ce PPA-MTLD s’avère vite impuissant, déchiré qu’il est en courants…

Devant ces déchirements, un troisième courant avance le recours aux armes comme la seule solution possible », note l’historien. En effet, le 1er novembre 1954, le FLN historique engage l’avenir de tout un peuple. Bien que les exactions soient inévitables, les fondateurs du FLN pensent réellement conduire le peuple algérien à sa libération.

« Plus que jamais, en Algérie comme dans le monde, le contre-État qu’il (FLN) édifie représente les Algériens », argue-t-il. Hélas, bien que le discours officiel fasse de la libération du peuple un principe immuable, tous les dirigeants ne se préoccupent pas de l’avenir du peuple algérien. Pour contrôler les rênes du pouvoir, certains dirigeants n’hésitent pas à utiliser la violence contre leurs collègues.

Pour Gilbert Meynier, « la violence remonte jusqu’à la tête du FLN. Le CCE civil, dirigé par Abane, est écarté du pouvoir en août 1957 lors du CNRA du Caire. Il est remplacé par un directoire de trois colonels issus des maquis, les fameux « 3B » : Krim Belkacem, Abdelhafid Boussouf, Lakhdar Ben Tobbal. C’est le premier coup d’État de l’Algérie contemporaine. »

Toutefois, quelle que soit la suprématie d’un pouvoir usurpé par la force, la stabilité du mouvement n’est pas garantie pour autant. Fin 1959, les 3B sont contraints de remettre le pouvoir entre les mains de dix colonels. Considérés comme politiques à partir de cette période, ils seront écartés du pouvoir par Boumediene, chef d’État-major général, en 1962.

Et c’est au nom de cette puissance et de cette victoire sur ses concurrents que le nouveau régime prive le peuple algérien de sa victoire. En somme, bien qu’à chaque commémoration historique on loue sans vergogne la libération du peuple, dans la réalité, si le territoire est certes libéré, il n’en est pas de même de la population. Et pour cause !

Pendant trois décennies, le peuple est uniment interdit de parole. Après l’ouverture démocratique, survenue de surcroît au forceps, celle-ci est vite refermée. Aujourd’hui, l’exercice du pouvoir nous rappelle les Républiques bananières où le chef ne quitte le fauteuil que pour rejoindre sa dernière demeure. En plus, compte tenu de la dépendance de notre pays aux hydrocarbures, le chef de l’État n’a aucune influence sur le cours des événements.

Mis à part les appels au peuple pour qu’il se serre la ceinture et le vote d’une loi de finances 2017 anti sociale, aucun cap n’est fixé pour sortir le pays de la crise. Or, tout le problème est dans la démarche. Ainsi, si pour les révolutionnaires de 1954 il fallait associer le peuple à leur action pour se débarrasser du joug colonial, les régimes postindépendance écartent systématiquement le peuple de la gestion de ses affaires.

D’où l’échec. Et aussi le rêve brisé.

Aït Benali Boubekeur

Repost 0
Publié par Ait Benali Boubekeur - dans Histoire
commenter cet article

Contactez-Moi

  • : Blog AIT BENALI Boubekeur
  • Blog AIT BENALI Boubekeur
  • : L’école algérienne ne s’est pas attelée, en ce qui concerne l’enseignement de l’histoire, à la transmission du savoir. L’idéologisation de l’école l’a emporté sur les impératifs de la formation. Or, les concepteurs de ces programmes préfèrent envoyer leurs enfants dans des écoles occidentales.
  • Contact

  • Ait Benali Boubekeur
  • Je consacre beaucoup de mon temps libre à la recherche de la vérité sur le mouvement national.
  • Je consacre beaucoup de mon temps libre à la recherche de la vérité sur le mouvement national.

Recherche

Catégories