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3 septembre 2010 5 03 /09 /septembre /2010 15:16
41813_109435155744810_4031_n.jpgL’association environnementale « Les amis de la terre » du village Ihaddadene, distant de 70 km du chef lieu de la wilaya de Tizi Ouzou, a organisé une semaine d’activités d’un niveau très appréciable. En effet, les membres de cette association ont su régaler leurs concitoyens, pendant le mois de ramadhan, de diverses festivités. Bien que ses membres aient assigné un but écologique à leur association, notamment la propreté et la plantation des arbres, il n’en reste pas moins que ces derniers ont une propension réelle pour la culture. Ainsi, dés le début du ramadhan, les villageois ont pu assister à plusieurs représentations théâtrales. Celles-ci sont ponctuées par la programmation de conférences-débats.

 

Du coup, en ce début du mois, l’association écologique a invité un spécialiste agricole, en l’occurrence le Dr Akli Moussoni, pour parler des enjeux environnementaux de façon général et de la nécessité d’exploiter la réserve florale ― superflue selon certains ― dont dispose la région. D’emblée, le conférencier rappelle la naissance du mouvement écologique dont la préoccupation est l’environnement. Il exhorte ensuite les citoyens à se prendre en charge sans attendre qu’on le fasse tout à leur place. En revanche, il est impératif, pour lui, de sortir du paradigme selon lequel les aides sont inexistantes. Tout en mettant en exergue les embûches administratives, le Dr Moussouni rassure qu’en établissant une fiche technique bien structurée, l’association pourra bénéficier des aides conséquentes tout en reconnaissant que les entraves sont réelles. Mais elles ne devraient pas, a-t-il dit, dissuader les gens d’envisager un financement de leurs projets de développement.

Par ailleurs, lors du débat, les citoyens ont montré un intérêt incommensurable à ce thème. La discussion ne s’est achevée que vers une heure du matin. L’expert a d’ores et déjà pris rendez-vous avec les villageois pour une nouvelle rencontre. Il étayera la prochaine fois, a-t-il allégué, ses dires avec des preuves tangibles. En somme, cette participation est une preuve de l’intérêt que porte le citoyen à son entourage. Il faudrait encore d’autres rencontres pour le sensibiliser sur des sujets inhérents à sa situation sociale, économique et voire politique.

Boubekeur Ait Benali, 3 septembre 2010, www.hoggar.org, Quotidien d'Algérie
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17 juillet 2010 6 17 /07 /juillet /2010 14:35
addi1.jpgDepuis l’arrêt des élections législatives en janvier 1992, les partisans du coup d’Etat s’attaquent sans vergogne à ceux qui ont soutenu ou appelé à la poursuite du processus électoral. Ce choix leur sera apparemment toujours rappelé, c’est comme s’il est honteux de défendre les valeurs démocratiques. Le dernier qui fut attaqué, dans un article au vitriol, est le sociologue Lahouari Addi. Je ne prétends pas, dans ce texte, défendre par cette modeste contribution un grand homme de la dimension d’Addi. En effet, dans la polémique qui l’opposa au député Nordine Ait Hamouda, plutôt polémique côté Ait Hamouda et analyse côté Addi, le seul tort de ce dernier fut d’avoir reproché au docteur Sadi, président du RCD, son manque de clarté par rapport à l’acception du coup d’Etat. En effet, un analyste averti, comme il l’est, ne peut pas lui échapper une contradiction qu’il résume, en parlant de Sadi, comme suit : « Il a occupé un vide, et on ne peut lui en faire le reproche. Je ferais néanmoins une remarque car Saïd Sadi est un homme politique. Je pense que sa démarche n’est pas cohérente dans la mesure où, d’un côté, il critique le MALG – et en cela il a tout à fait raison – et d’un autre côté, il a soutenu le néo- MALG, le pouvoir réel, quand il a annulé les élections de janvier 1992. Il a condamné le coup d’Etat de 1962 mais a soutenu celui de janvier 1992 ! S’il répond que l’armée a sauvé la République en 1992, il doit accepter l’idée que le MALG a sauvé la révolution. Un homme politique doit être cohérent pour être crédible. »

 

Cependant, quoi qu’on puisse épiloguer sur cette critique, il va de soi qu’elle émane d’un spécialiste, ayant à son actif plusieurs ouvrages, mais dont on peut ne pas y adhérer. En outre, le contexte est compréhensible dans la mesure où il répondit à des questions qui lui sont posées à la conférence-débat animée à l’université de Tizi Ouzou. En revanche, ce qui sort le député de ses gonds est certainement leur divergence quant à l’acception qu’ils se font de la République. Que l’on juge : « Si M. Addi s’est invité à nouveau à ce débat dans la presse nationale avec un tel parti-pris, c’est qu’il compte peser dans un domaine qu’il devine important pour la redéfinition de la scène politique. On peut imaginer que M. Addi, en mal de notoriété, ne va pas lâcher sa proie facilement, comptant sur l’usure, le découragement et la censure qui brident les Algériens pour réintroduire ses thèses qui ont scandalisé en leur temps ceux qui sont restés se battre pour l’honneur et la liberté de notre pays.» Car l’attaque se concentre sur le choix qu’avait fait Addi en 1992. En effet, il ne put lui reprocher, comme il l’avait fait avec Ali Kafi ou Ali Mebroukine, d’avoir condamné le contenu du livre de Said Sadi.

Toutefois, dans la polémique des mois précédents, les véritables démocrates se sont distingués en louant la nécessité d’enrichir autant que faire se peut la recherche sur l’Histoire. Néanmoins, même en écrivant un livre, on ne peut pas se proclamer le détenteur de la vérité exclusive. Pour les historiens, le constat qui fait un peu de consensus est que l’absence d’un programme politique clair du FLN a engendré des dissensions et des déchirements au sein du mouvement national. Ceci engendra bien sûr le développement du clientélisme, de l'intrigue, de l'élimination physique, etc. afin que le chef maintienne son hégémonie. Mais on ne peut pas nous faire admettre qu’il y avait d’un côté des méchants nationalistes et de l’autre côté des gentils. Un Abane Ramadhan a signé par exemple une circulaire appelant à l’assassinat de tous les messalistes conscients. Et pourtant ces derniers sont aussi des Algériens. Sous Amirouche, quand il était à la tête de la Wilaya 3, il y avait des égorgements dans les maquis de sa Wilaya. D’une façon directe ou indirecte, il avait une part de responsabilité.

Dans cette période, le colonel Amirouche ne dérogea pas à la règle de chercher des allégeances. Il a indubitablement pesé de tout son poids pour qu’il ait son influence sur la conduite de la révolution. Les militants nationalistes qui se trouvèrent en concurrence avec le colonel Amirouche sur ce terrain n’éliminèrent pas un Kabyle mais ils le firent afin de contrôler les rênes de la révolution. Sinon comment expliquer que Krim Belkacem ait lâché Abane en 1957 mais ait sauvé Omar Oussedik en 1960 ? Car si le premier le concurrençait au niveau de la direction, le second lui apporta son soutien indéfectible. Dans ce même ordre d’idée, voila ce qu’écrit Addi sur le premier président du GPRA: « Si Ferhat Abbas avait la force de caractère de Abbane, il [Boussouf] l’aurait tué. La haine que Boussouf avait pour le système colonial, il l’exprimait face à quiconque s’opposait à lui. Il a été concurrencé sur son propre terrain par Amirouche qui avait la légitimité des armes, celle-là même dont il se réclamait. »

Par ailleurs, le devoir de Lahouari Addi comme celui de Sadi est de permettre aux Algériens de connaître leur propre Histoire par le biais de leurs travaux. Or, pour certains radicaux, dont la haine se mêle fortement à l’analyse, les personnes qui n’ont pas soutenu leur démarche en 1992 doivent se taire à jamais. Heureusement, cette forme d’intolérance n’est pas partagée par l’ensemble des Algériens. Bien que je ne sache pas si Lahouari Addi avait soutenu les conclusions de la plateforme de Sant’ Egidio, à la lecture de la plateforme, je ne vois pas en quoi ces participants avaient trahi la nation. Les résolutions adoptées ce jour-là sont énoncées comme suit :

― La déclaration du 1er novembre 1954 : "la restauration de l'Etat algérien souverain démocratique et social dans le cadre des principes de l'islam (art 1)";

― Le rejet de la violence pour accéder ou se maintenir au pouvoir ;

― Le rejet de toute dictature quelle que soit sa nature ou sa forme et le droit du peuple à défendre ses institutions élues ;

― Le respect et la promotion des droits de la personne humaine tels qu'énoncés par la Déclaration universelle, les pactes internationaux sur les droits de l’homme, la Convention internationale contre la torture et consacré par les textes légaux ;

― Le respect de l'alternance politique à travers le suffrage universel ;

― Le respect de la légitimité populaire. Les institutions librement élues ne peuvent être remises en cause que par la volonté populaire.

Toutefois, pour que le texte ne soit pas long, je n’ai pas reproduit toutes les décisions prises. Pour Ait Hamouda, les acteurs politiques ayant adopté ces résolutions doivent demander pardon aux sauveurs de la République. Surtout, il est franchement téméraire en osant écrire sur Addi : « Vous êtes plus dangereux car, en vous abritant derrière l’université pour désinformer, vous menacez l’avenir. » Quelle façon de rendre hommage à celui qui a consacré sa vie à l’étude de la sociologie de son pays ? En tout cas, pour ses lecteurs, il ne subsiste aucune ombre de doute : vous êtes, Monsieur Addi, pour vos élèves l’un de ceux qui ont aidé des millions d’Algériens à la compréhension de la situation politique et sociologique postindépendances. Toutefois, en élevant le niveau, Addi a expliqué aux étudiants comment ériger une société démocratique sans chercher à clouer au pilori ses opposants comme le suggéra Ait Hamouda dans son texte du 7 juillet. En effet, en vous situant sur le terrain de l’analyse, vous rendez un énorme service au combat politique pacifique et instructif. En plaçant, dans vos différents exposés, la vie humaine au-dessus de toute considération de pouvoir ce qui permettra un jour à l’Algérie de connaître indéfiniment l’apaisement. D’un autre côté, comme le propose le sociologue, il faudrait qu’il y ait une puissance se situant au-dessus de la mêlée pour faire respecter ce jeu démocratique. Pour lui, il faudrait au moins trois conditions pour parvenir à organiser une nation démocratique : « 1. Le monopole de la violence doit appartenir à l’Etat. 2. Ce monopole doit être exercé par les agents de l’Etat dans le cadre de la loi. 3. La loi doit être faite par une Assemblée nationale représentative. » En somme, cette voie, si elle est suivie, suscitera indubitablement un espoir chez le peuple algérien. Elle ne sera pas la panacée, mais un moyen d’apaiser le conflit datant de l’indépendance.

Boubekeur Ait Benali,17 juillet 2010, www.hoggar.org, Quotidien d'Algérie
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12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 14:30
echec upmDepuis le lancement du projet de rapprochement entre les deux rives de la Méditerranée, l’UPM (Union Pour la Méditerranée) achoppe sur le conflit proche oriental. Prévu initialement pour le 7 juin 2010 à Barcelone, le second sommet de l’UPM fut reporté, à quelques jours de la rencontre, pour donner la chance aux soi-disant contacts officieux israélo-palestiniens d’aboutir,  sans qu’elle ait un rôle prépondérant sur l’événement. Du coup, cette union démontre, par ricochet, son incapacité à instaurer une paix durable dans le bassin méditerranéen. D’ailleurs, dés le départ, lors de son  lancement le 13 juillet 2008 à Paris, cette union fut interprétée par certains observateurs comme étant une manœuvre occidentale consistant à faire une place à Israël dans l’ensemble méditerranéen.

 

Cependant, le report du second sommet de l’UPM à novembre 2010 prouve, si besoin est, que ses membres ont du mal à surpasser les embûches inhérentes au conflit israélo-palestinien.  Face à la violence du Tsahal contre les Palestiniens, il est indéniable que le soutien occidental indéfectible, garanti jusque-là à l’Etat hébreu, est désormais perçu comme une inqualifiable injustice. Du coup,  la puissance du lobby israélien met les occidentaux dans une posture délicate les poussant à fermer les yeux sur l’annihilation programmée du peuple palestinien. Bien que des voix se soient élevées pour condamner l’assaut naval du 31 mai dernier contre les humanitaires pro-palestiniens, rien, aujourd’hui, ne garantit que ce genre d’exaction ne se reproduise plus. Et tant que le blocus sur la bande de Gaza durera, il sera difficile de persuader l’opinion du caractère effectif de l’action internationale. Que dire du coup que recevra la crédibilité de l’UPM en vue d’une coopération entre les peuples. Car la question n’est-elle pas de savoir comment tisser des solidarités de plus en plus étroites entre les peuples de la Méditerranée dans une région où subsiste un conflit porteur de tant de menaces pour la justice, la paix et le progrès de la démocratie, s’interrogea Caroline Cornu, adjointe d’Henri Guaino au Forum de Paris.

Toutefois, il y a déjà un an, l’évocation  de cet événement fut ternie par le carnage perpétré  par l’armée israélienne à Gaza, quelques mois plus tôt, du 27 décembre 2008 au 17 janvier 2009. L’offensive du Tsahal, baptisée « Plomb durci », avait causé la mort de 1315 Palestiniens et plus de 5000 blessés, selon l’UNRWA, un office des nations unies au Proche Orient.  Bien que l’omerta, sur les crimes israéliens, ait caractérisé cette campagne, et en dépit de la mollesse des dirigeants arabes, la mobilisation de la rue avait incité nombre de pays à geler leurs activités au sein de l’UPM. En effet, les diplomates des pays de la rive sud refusèrent de siéger au coté de la délégation israélienne. Par conséquent, de janvier à avril 2009, il n’y eut aucune réunion. Et l’union eut une survie artificielle jusqu’à la fin de l’année 2009. Hélas, pendant cette période l’étau ne se desserra pas non plus sur la bande de Gaza.  En outre,  la tension demeura latente dans la région. Car l’intransigeance d’Israël, sur ces visions expansionnistes, ne diminua pas d’un iota.

Cependant, il fallut attendre le début de l’année en cours pour que le secrétaire général de l’UPM soit désigné. Le diplomate jordanien, Ahmed Messadeh, fut chargé d’assumer le secrétariat général. Toutefois, la prise en main de l’Espagne, assurant  la présidence tournante de l’Union Européenne, de la préparation du second sommet de l’UPM relança effectivement le processus mis en sourdine depuis un moment. L’impartialité de ce pays dans le conflit israélo-palestinien donne du crédit à leur démarche. Et le 14 mai, le ministre espagnol des affaires étrangère,  Miguel Ángel Moratinos, assura déjà que la tenue du sommet était garantie à 90%. Mais l’engagement ne fut pas honoré à cause de l’enlisement des tensions au Proche Orient. Cette situation s’envenima avec l’attaque de la flottille de la paix, le 31 mai 2010. En effet, la marine israélienne donna l’assaut, dans les eaux internationales, contre les humanitaires ayant apporté des denrées aux habitants de Gaza. Cet abordage prouve, une fois de plus, qu’Israël ne se contente pas de serrer l’étau sur les territoires occupés mais empêche, autant que faire se peut, tout aide, il ne serait ce que spartiate, au peuple palestinien. Le bilan de cette intervention fut lourd en perte en vies humaines. Selon certains médias, Al Jazira notamment, il y aurait eu dés les premières estimations 15 morts parmi les humanitaires. D’autres sources avancèrent le nombre de 20 morts voire plus. Par ailleurs, il faut signaler que parmi les humanitaires, il y avait plusieurs députés de plusieurs nationalités, un prix Nobel de la paix 1976  et des membres associatifs.

Cependant, bien que la condamnation soit presque unanime, à l’exception des USA, Israël ne fut pas bousculé pour autant. Et en dépit de la volonté de Ban Ki-Moon, secrétaire général de l’ONU, de diligenter une enquête, les réserves américaines auraient suffi à bloquer cette initiative. Tout compte fait, il faudrait que la solution vienne de Barack Obama si le peuple palestinien songeait à vivre libre. Ceci est surtout une preuve irréfutable de l’incapacité de l’UPM à résoudre un conflit opposant deux de ses membres. Par conséquent, quelle sera la position des pays de l’union sur le conflit israélo-palestinien lors du sommet de novembre 2010 ? En tout cas, pour le peuple palestinien, l’espoir de voir son problème de survie soit pris en charge relève du miracle.

Boubekeur Ait Benali,12 juillet 2010, www.hoggar.org Quotidien d'Algérie
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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 22:50
280px-VillageKabyle-copie-2.jpgLe coup d’envoi de la célébration du 30eme anniversaire du printemps berbère, à Toulouse, est donné le 20 mars 2010. En effet, une conférence-débat sur la genèse et le déroulement des événements du printemps berbère a été animée par l’un des animateurs de ce mouvement, Gérard Lamari. D’emblée, le conférencier a tenu à rappeler le rôle dévastateur de la sécurité militaire (SM) pour empêcher la construction d’une République des droits. Pour le conférencier, les années 1970 représentaient indéniablement les plus belles années de la SM. Car le contrôle quasi-total de la société a provoqué la baisse du rideau sur le pays. Les méthodes employées sont de nature, par ailleurs, à dissuader les plus récalcitrants. Il y avait, selon Gérard, « un resserrement accru des libertés à tel point que l’étau devient insupportable pour les jeunes. » Il est un secret de polichinelle que la SM enlevait, à ce moment-là, des opposants. Les communistes, pour leur part, étaient chassés comme des sourcières, a-t-il argué.

 

Toutefois, bien que le black out et la chape de plomb aient entouré la vie nationale, il en reste pas moins que le mouvement berbère a connu un véritable frémissement. Contrairement aux baathistes qui bénéficiaient du soutien du régime, les militants du mouvement berbère ne pouvaient compter que sur eux-mêmes. Bien qu’il y ait des supports sur lesquels le mouvement comptait, telles que l’académie berbère, la revue itij (Le soleil), sur le terrain les militants affrontaient un arsenal répressif tenu par un régime cherchant à mater toute contestation populaire. Et les militants distribuaient la revue au risque de se faire arrêter. Par ailleurs, en dépit de la velléité du régime de régenter la société, d’autres formes de résistance ont fait leur apparition. Le théâtre a joué un rôle mobilisateur, notamment avec les textes pleins de sens de Kateb Yacine. La fameuse pièce de théâtre « la guerre de 2000 ans » est à ce titre explicite. La chanson engagée a également jouée un rôle prépondérant dans l’éveil des consciences. L’autre forme, plus radicale, est celle menée par les poseurs de bombes.

Cependant, c’est dans ce climat explosif que le centre universitaire de Tizi Ouzou a ouvert ses portes en 1977. Dés le départ, le syndicat estudiantin proche du régime, l’UNJA en l’occurrence, chapeautait la Fac. Mais, force est de constater que cette suprématie n’était pas admise par tous. Avant la prise en main de la fac par le syndicat autonome, plusieurs grèves avaient été lancées afin de remettre en cause l’influence de l’UNJA sur la fac de Tizi Ouzou. A ce titre, la mort de Boumediene en décembre 1978 a été une occasion de s’affirmer davantage. Les dissensions au sommet de l’Etat pour la succession ont libéré quand même des espaces. D’ailleurs, dés l’ouverture de l’année universitaire 1979-1980, la fac de Tizi Ouzou a observé une grève d’un mois pour dénoncer l’encadrement imposé par le haut. En fait, le but sous jacent des étudiants était indubitablement la création d’un comité autonome, débarrassé de toute mainmise du pouvoir. Pour le régime, ce mouvement ne pouvait être dirigé qu’en complaisance avec le roi du Maroc. Et pour intimider les animateurs, le régime a ressorti du placard l’accusation d’antan qualifiant les militants de la région de berbéro-matérialistes.

Par ailleurs, grâce à la persévérance des animateurs du comité autonome, le régime a perdu son emprise sur la fac de Tizi Ouzou. Auréolé de cette victoire, le comité autonome a programmé plusieurs activités. Profitant l’occasion de la sortie du livre sur « les poèmes kabyles anciens » de l’éminent écrivain, Mouloud Mammeri, le comité l’a invité à la fac de Tiz Ouzou pour présenter son œuvre. Ainsi, le 10 mars 1980, M. Mammeri a été attendu de pied ferme par la communauté estudiantine. L’amphithéâtre, où était prévue la rencontre, étant exigu pour accueillir la foule, les organisateurs ont dû opter pour une autre solution : organiser la conférence dans le restaurant universitaire. Malheureusement, le conférencier a été arrêté à l’entrée de la ville. Conduit au siège de la wilaya, le wali a expliqué les raisons du refus des autorités en expliquant que « les étudiants de Tizi Ouzou sont réactionnaires ». Dans la foulée, le régime a lancé un grand chantier : l’arabisation totale de l’administration. Cette réforme a provoqué l’ire des animateurs du comité autonome. Le rubican a été franchi par le régime en réprimant, le 7 avril 1980, la manifestation des étudiants venant de Tizi Ouzou. De retour d’Alger, les étudiants ont tout bonnement occupé la fac. Le mouvement s’est assigné deux axes de lutte, selon Gérard Lamari. Le premier était inhérent au problème culturel. Quant au second, il concernait les libertés démocratiques. Pour y parvenir, le comité autonome a inscrit le mouvement dans un cadre pacifique. Ensuite, il s’agissait d’affirmer haut et fort que la portée du mouvement était nationale. Pour étayer ces allégations, Gérard a cité le cas de la délégation catalogne qui s’est rendu à Tizi Ouzou pour savoir si le mouvement était autonomiste. Le comité a répondu sans ambages qu’il n’était nullement question de cela. Selon Gérard, les animateurs ont placé les constantes nationales au même pied d’égalité, à savoir la berbérité, l’arabité et l’islamité.

Toutefois, la force du mouvement résidait indubitablement dans sa nouvelle façon de s’organiser. En effet, depuis l’indépendance, Gérard préfère parler de la post-colonisation, la société qui tirait à hue et à dia a fait connaissance, pour la première fois, avec le comité autonome de la fac de Tizi Ouzou. Ce dernier puisait sa force dans sa faculté à être ouvert à la société. Ainsi, en un sens, ce mouvement pouvait être considéré comme fondateur d’une nouvelle ère de revendication. En cassant la barrière et la peur d’affronter le régime, plusieurs organisations ont vu le jour quelques années plus tard, telles que la création de la ligue des droits de l’homme (1985) et la légalisation des partis (1989).

Par ailleurs, trente ans plus tard, la situation politique, dans le pays en général et en Kabylie en particulier, est catastrophique. A la situation déjà alambiquée, les luttes intestines, en Kabylie notamment, ont provoqué un recul sur le plan revendicatif. Selon Gérard, les oppositions endémiques RCD-FFS et MCB commission-MCB coordination ont fait le jeu du pouvoir. La Kabylie est aujourd’hui à l’agonie, a-t-il poursuivi. Le comble, c’est que personne ne vient à son chevet. Pour remédier à cette souffrance, le conférencier a proposé une batterie de mesures. La première est inhérente à la nécessité de rompre avec le mythe du mouvement national et même du congrès de la Soummam. Il a proposé ensuite de cesser de revendiquer au régime des changements. Pour lui, la seule solution, pour la survie de la région, consiste à se prendre, elle-même, en charge. Autrement dit, mettre un terme, à ce que le conférencier appelle, le paradigme kabyle. C’est-à-dire, remettre en cause le modèle de revendication qui a prévalu jusque-là. Une fois ce tabou cassé, les mouvements kabyles cesseront d’être timorés. C’est à ce moment-là que la région sera véritablement souveraine. A la question de savoir comment peut-on y parvenir à cette souveraineté régionale, le conférencier a averti qu’il ne fallait pas basculer dans la violence. Pour lui, la solution idoine est la désobéissance civile. Après cette intervention d’une demi-heure environ, un débat a été ouvert pour que le conférencier explique davantage ces propos. La question qui revient tel un leitmotiv est la stratégie à mettre en place pour que la région ne souffre pas en adoptant une telle démarche.

Boubekeur Ait Benali, 22 mars 2010, www.hoggar.org
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4 mars 2010 4 04 /03 /mars /2010 19:11

0acomcodedelafamillelv2_1292003605.jpgLa célébration du 8 mars, journée mondiale de la femme, se déroule, en Algérie, sous une forme de dénonciation du statut inférieur de la femme. Ce statut particulier a été adopté  le 9 juin 1984, du temps où Rabah Bitat était président du parlement algérien. A cette époque là, le débat au parlement se réduisait à une simple formalité. Le rédacteur du projet de loi savait pertinemment qu’il n’y aurait pas de réelle opposition. Toutefois, le texte adopté ce jour-là comportait plusieurs articles pénalisant la femme. En effet, ce texte de loi, encore en vigueur, est injuste dans au moins deux dispositions : la polygamie et le tutorat. La première prive la femme du droit à la jalousie et la seconde la rend mineure à vie bien que la femme algérienne ait démontré moult fois son esprit de responsabilité, notamment lors de son engagement pour la libération du pays. Mais une fois la libération atteinte, les Algériennes pouvaient –elles s’attendre à une émancipation complète ? Les différentes déclarations des chefs de la guerre ne présageaient pas une égalité entre l’homme et la femme une fois l’indépendance recouvrée. A la question de Djamila Boupacha à Mohamed Khider de savoir qu’il serait le devenir des militantes après l’indépendance, la réponse de ce dernier était sans ambages : « Mais, madame, après l’indépendance, les femmes doivent revenir à leur couscous », citée par Khaoula Taleb Ibrahimi. D’où la velléité perpétuelle de contrôler la femme algérienne dans le moindre de ces gestes. Le seul respect auquel la femme ait droit est celui de ses enfants. Cette ambivalence a été élucidée par le grand écrivain algérien, Kateb Yacine en notant à juste titre : « L’Algérien est celui qui vénère le plus sa mère ». Malheureusement, a-t-il ajouté, «  l’Algérien est celui qui opprime le plus les autres femmes ».

En Europe, les femmes avaient su s’imposer dés le début du XXème siècle. A l’initiative de Clara Zetkin, la conférence internationale des femmes socialistes avaient proposé une batterie de mesures tendant à réduire les inégalités entre l’homme et la femme. Sous la pression du mouvement féministe, la conférence de San Francisco, ayant donné naissance à l’ONU du 25 et 26 avril 1945, a proclamé l’égalité entre les deux sexes et ce, en tant que droit fondamental. En revanche, en Algérie, à chaque fois qu’un mouvement féministe monte au créneau pour réclamer l’égalité effective entre les Algériens, les responsables promettent à la fois des changements et leurs contraires. Ainsi, le ministre de la famille et de la condition féminine a déclaré en 2004 que « le principe de la révision du code de la famille a été retenu au plus haut niveau ». La nuance a été levée juste après par le président Bouteflika en affirmant que cette révision n’allait, en aucun cas, se démarquer de la Charia. Mais, en revendiquant l’abolition d’une loi inique, les Algériennes sont-elles moins musulmanes  que les hommes? La réponse est non. Pour mieux étayer cet argument, on pourrait procéder à une  comparaison avec les pays voisins. Au Maroc, par exemple,  leur  code de la famille donne aux époux la responsabilité conjointe au sein de la famille. La polygamie est soumise à des restrictions donnant même le droit à la première épouse de s’y opposer. L’avancée la plus significative dans le statut de 2003 est le remplacement de la répudiation par le divorce juridique. Cette dernière disposition donne le droit à la femme marocaine d’être au diapason de l’homme sur le plan juridique. Quant à la Tunisie, le statut qui protège la femme a été adopté quelques mois après leur accession à l’indépendance. En effet, le code promulgué le 13 aout 1956 interdit carrément la polygamie et protège la tunisienne contre la répudiation. La mesure  la plus libérale est sans conteste l’instauration du consentement au mariage et l’égalité des sexes lors de la procédure de divorce.

En Algérie, la procédure de divorce est une simple formalité pour l’homme. En revanche, la femme doit peiner pour être entendue. En effet, l’épouse ne peut demander le divorce que dans des cas très limités. Parmi ces derniers, on peut citer : «  le refus de l’époux de partager la couche de l’épouse pendant plus de quatre mois ».  L’autre cas qui attire particulièrement l’attention est quand l’un des époux est porteur du SIDA. L’Algérien peut divorcer sans difficulté majeure. En revanche, pour la femme, pour qu’elle obtienne le divorce, il faudrait que l’époux ait contracté ce virus lors d’un rapport adultérin. Toutefois, si la contamination a été  faite par une autre voie (la transfusion de sang, par exemple), l’épouse ne peut pas obtenir gain de cause.

Par ailleurs, sur le plan international, l’Algérie a ratifié quasiment tous les textes internationaux inhérents aux discriminations. Ainsi, on peut citer entre autres, la convention sur les droits politiques de la femme, la convention sur la nationalité de la femme mariée, la convention sur le consentement au mariage, toutes adoptées par les nations unies entre 1954 et 1979. En revanche, sur le plan national, l’application de ces textes est restée lettre morte voire neutralisée par d’autres textes adoptés par les institutions nationales. Bien que la constitution ait consacré l’égalité entre les Algériens, plusieurs textes adoptés ont consacré la distinction entre l’homme et la femme. Parfois, la contradiction entre le texte et la réalité est criante. On peut citer à titre d’exemple la possibilité pour la femme d’exercer les hautes fonctions, mais pour se marier elle a besoin d’un tuteur. L’article 40 du code civil algérien stipule que : « le juge est tuteur de la femme qui en est dépourvue ». Mais que fait-on quand la femme est juge ? Car c’est là que ce situe la contradiction. En effet, la femme peut être tutrice tout en ayant besoin, elle-même, d’un tuteur. Toutefois, le problème le plus épineux reste la discrimination au travail.  Avec un taux de 15 pour cent de femmes qui travaillent, le pays ne peut pas se passer d’une réserve aussi importante. Au contraire, il  doit faire énormément d’effort pour que l’Algérie soit au diapason des pays développés. L’accès au travail doit être garanti pour tous les demandeurs d’emploi sans distinction de sexe. Car les pays qui ont le plein emploi sont ceux qui possèdent moins de 5% de chômeurs, femmes comprises.

Pour conclure, le président a reculé sur les amendements envisagés tels que la suppression du tuteur lors de la conclusion du mariage. Bien que certains amendements soient positifs, il n’en demeure pas moins que la suppression de ce code est tout bonnement nécessaire. Car l’Algérie n’est pas plus rétrograde que certains pays musulmans ne possédant pas ce genre de code. Finalement, l’Algérie a tout à gagner en regardant vers l’avenir. Ceux qui avancent l’argument religieux se trompent énormément. Car l’Algérienne, qui a participé à toutes les périodes cruciales de son pays, doit être l’égale de l’homme. Pendant la colonisation, la femme algérienne a subi les pires humiliations. Aujourd’hui rien ne justifie sans statut inférieur. D’ailleurs, son émancipation ne sera que bénéfique pour l’avenir de l’Algérie. Les études comparatives, les analyses sociologiques et économiques montrent que là où la femme est infériorisée, la société ne progresse pas, ou progresse lentement, que celles qui favorisent l’égalité entre les hommes et les femmes, a écrit un universitaire algérien dans un de ses textes.

Boubekeur Ait Benali, 4 mars 2010, www.hoggar.org
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21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 18:58
le_pen-2-31a33.jpg« Le grand méfait de toute colonisation n’est pas seulement de stopper l’évolution historique. Il est d’obliger le colonisé à le faire en sens inverse », Abdellah Laroui.

 

Cette acception est vraie dans tout système de domination. Dans le cas de l’Algérie, la présence française a été d’une pénibilité exorbitante. En effet, de cette occupation douloureuse, il est difficile de dégager un quelconque apport positif. Bien que la France ait été connue, à ce moment-là, par l’éclat des sciences, force est de reconnaitre que ceux qui ont conquis l’Algérie n’avaient rien à voir avec ces érudits. D’ailleurs, comment pourrait-on parler d’un éventuel rôle positif si aucun effort de scolarisation n’était pas consenti?  En revanche, depuis l’arrivée des français jusqu’à leur départ, toute infime  réforme allant dans le sens d’émancipation, ne serait ce qu’infinitésimale, des Algériens a été sabordée par les colonialistes. A ce propos, voila ce qu’écrivait le sociologue de renom, Abdelmalek Sayad, en 1967 : « Il n’a jamais été dans la nature de la colonisation d’assurer l’émancipation des colonisés, même au moyen  de la langue, de l’école et de la culture coloniale. Convaincus que l’action de l’école devait, tôt ou tard, porter atteinte au fondement même de l’ordre qu’ils avaient instauré, les milieux de la colonisation ont toujours été farouchement opposés aux progrès de l’école française en Algérie. » Si bien que le nombre d’Algériens illettrés en langue de Molière était insignifiant. L’aveu a été fait par le recteur de l’académie en Algérie, M.Jeanmaire, vers la fin du XIXème siècle, en admettant que «  97% d’enfants algériens étaient restés étrangers à la langue française et à toute action de civilisation. » Par ailleurs, lors du centenaire de la colonisation, seuls 4,3% d’enfants d’âge scolaire pouvaient bénéficier de l’enseignement, bien que celui-ci ait été décrété obligatoire par la loi Ferry depuis 1882. Par conséquent, la colonisation ne pouvait être vue comme une entreprise philanthropique. Car la civilisation passe inéluctablement par l’instruction. Or la politique coloniale s’est assignée pour mission de maintenir les Algériens dans les limites réduites de  l’ignorance. Globalement, la population algérienne a été étrangère à la langue et à la culture française. En 1936, 2,2% des Algériens (hommes) savaient lire et écrire le français. Dans le Constantinois, ils n’étaient que de 1,1%, selon Mohamed Hachemaoui, dans un article intitulé « La colonisation : un crime en soi.»

Cependant, si l’effort de scolarisation était en deçà du minimum requis, la mobilisation des moyens colossaux en vue de réduire le peuple algérien dans un état d’asservissement a été poussée à son apogée. En effet, les colonnes infernales, dirigées par Bugeaud et ses successeurs, ont provoqué une chute spectaculaire de la population autochtone. Selon plusieurs historiens français, à leur tête Olivier Le Cour Grandmaison,  prés de 900000 « indigènes » ont péri dans les opérations militaires de la conquête. A tel point que même les colonialistes ont admis le caractère inhumain de la conquête. Lors de sa tournée en Algérie, Alexis de Tocqueville a conclu en 1833 l’excès de violence des conquérants en écrivant  que « Nous avons débordé en barbarie, les barbares que nous venions civiliser. » Les militaires, à qui la mission de civilisation a été confié, ordonnaient souvent, tel le général Savary, Duc de Rovigo, à ses subordonnés de couper les oreilles des cadavres afin de justifier du succès de leur mission. Le summum de la violence a été atteint probablement dans le Dahra en 1845. Le colonel Pellissier a ordonné à ses subalternes comment il fallait procéder contre les « indigènes ». Si ces gredins, avait-il écrit, « se retirent dans leurs cavernes, imitez Cavagnac, fumez-les à outrance comme des renards. »  Cependant, la seconde enfumade, dans le même coin, a été conduite par le colonel Saint Arnaud, le 8 août 1845. Dans l’une de ses correspondances, il a avoué son acte en écrivant notamment : « Je fais boucher hermétiquement toutes les issues et je fais un vaste cimetière. La terre couvrira à jamais les cadavres de ces fanatiques. Personne que moi ne sait qu’il y a dessous 500 brigands qui n’égorgeront plus les Français. Ma conscience ne me reproche rien. J’ai fait mon devoir. » Dans cette série de témoignage, il est difficile d’omettre le plus inhumain d’entre eux, de Montagnac. Pour chasser les idées noires qui l’assiégeaient quelquefois, admettait-il, il faisait couper des têtes. Non pas des têtes d’artichauts, assurait-il, mais des têtes d’hommes. Pour ce colonel, seules deux options pouvaient être offertes aux Algériens : accepter l’occupation ou l’extermination. Sa démarche se résumait en une phrase : « Selon moi, toutes les populations [d’Algérie] qui n’acceptent pas nos conditions doivent être rasées, tout doit être pris, saccagé, sans distinction d’âge ni de sexe ; l’herbe ne doit plus pousser où l’armée française a mis le pied. » Cependant, la victoire du conquérant n’a pas amélioré les conditions de vie des Algériens. En effet, dés l’occupation totale du pays, un code spécifique aux « indigènes » a été mis en place pour mieux les assujettir.  Ce monument du racisme d’Etat, pour reprendre l’expression de Claude liauzu, appelé « le code de l’indigénat », a été adopté le 28 juin 1881 sous la troisième République. Il comportait un arsenal de lois réglementant et sanctionnant la moindre incartade des Algériens. Il les soumettait surtout à des pénalités exorbitantes sans jugement.  Ce code, in fine, était en contradiction la plus flagrante avec la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, adoptée quelques années plus tôt en France. Ce déni de citoyenneté, selon le journaliste Edwy Plenel, a été maintenu jusqu’au 7 mai 1946. Dans la pratique, les dispositions contenues dans le code de l’indigénat ont subsisté jusqu’à la mise à mort du système colonial.

Toutefois, 43 ans prés la fin de ce système, les parlementaires français ont adopté une loi reconnaissant le rôle positif de la colonisation, notamment en Afrique du nord. En effet, contre toute vérité historique, les députés siégeant au palais Bourbon, la proposition de loi émanait de l’UMP (Union pour la majorité présidentielle), ont défendu le mythe d’une colonisation généreuse. Pour Claude Liauzu, spécialiste de la question coloniale, cette loi était aberrante. il a justifié ceci en écrivant : «  A en croire nos élus, il n’y aurait eu ni massacre, ni destruction, ni spoliation, ni torture… De même, les bienfaits de la République auraient été apportés à « cette terre » même si les sujets ne sont jamais devenus citoyens, même si l’école n’a jamais été publique et obligatoire. »  Et lorsque cette loi a été votée, celle-ci coïncidait bien évidemment avec le centenaire de la loi séparant la religion de la sphère politique. Or, cette loi n’a jamais été appliquée aux colonies. Jusqu’à l’indépendance de l’Algérie, le culte musulman a été régi par la tutelle coloniale. Par ailleurs, bien que le président Chirac ait abrogé l’alinéa2 de l’article 4 mentionnant le rôle positif de la colonisation, plusieurs articles contiennent encore des contres vérités. En effet, dés avril 2005, un groupe d’historiens, dont Claude Liauzu, Gilbert Meynier, Gérard Noiriel, ont lancé un mouvement de protestation contre plusieurs articles, notamment l’article 13 rétablissant  les anciens de l’OAS dans leurs droits à la retraite. En guise de conclusion, il va de soi que le retour du colonial ne peut que détériorer les relations entre les deux rives de la méditerranée. Bien que la cicatrice ne soit pas totalement refermée, force est d’admettre que l’immixtion du politique dans le champ de la recherche historique ne fera qu’empirer les rapports entre les deux pays, la France et l’Algérie. Car le vote d’une loi ne changera  rien à ce qui s’est passé pendant la colonisation. Cela dit, les députés algériens qui ont déposé un projet de loi au début du mois de février criminalisant la colonisation ne s’éloignent pas de cette prétention de faire l’histoire à la place des historiens. Bien que le constat sur la colonisation soit sévère, les Algériens qui ont critiqué les députés français de s’être substitués aux historiens ne doivent pas changer d’avis quand il s’agit de leurs représentants. Et le fait de dire qu’il y a colonisation suffit amplement à conclure à  l’existence du racisme, du crime et de l’asservissement de la population conquise. En revanche, l’histoire doit être l’apanage des historiens.  

Boubekeur Ait Benali, 21 février 2010, www.hoggar.org
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18 novembre 2009 3 18 /11 /novembre /2009 15:01

imagesaDans les annales de la justice algérienne, une histoire bat tous les records de lenteur. Et pourtant, l’affaire n’est pas aussi alambiquée qu’on pourrait l’imaginer.

Mais en laissant le citoyen livré à lui-même, cette affaire démontre le laxisme caractérisant cette institution. Ce témoignage est une autre pièce à conviction qu'on pourrait ajouter au déjà lourd dossier des inconséquences de la justice. Affaire simple pourtant, diront certains, elle n'a rien d'un scandale d'Etat, mais pour autant, la justice ne trouve aucune solution. Elle laisse le dossier au fond d'un tiroir pendant qu'une famille se débat dans d'inextricables problèmes pour s'en sortir.

Les faits

En fait, cette histoire rocambolesque se passe à Illiltène, dans la daïra d’Iferhounène (wilaya de Tizi Ouzou). Un policier, hors la loi, fait sa loi. Depuis près de cinq ans, un vénérable père de famille, âgé de 82 ans et demi, se bat pour que cette situation cauchemardesque connaisse enfin son épilogue. En effet, ce père de famille, dont les initiales sont ABA,  avait un différend avec son fils aîné remontant au milieu des années 1990. Pour le résoudre, il  porte l’affaire devant la justice, en janvier 2007. Affaire qui a été reçue par le tribunal de Aïn El Hammam. Au fil des jours, voire des mois, il n'y a eu aucune volonté à solutionner le conflit. En effet, la justice s'était montrée incapable, et c’est le moins que l’on puisse dire, de trancher le litige. Cependant, pour que l’histoire soit cernée, un retour en arrière, pour élucider cette affaire, est nécessaire.  

En 1995, le fils aîné de la famille se marie. Bien que la mésentente soit palpable, le père assume, sans rechigner, les dépenses inhérentes à la cérémonie. Mais une fois le mariage passé, la tension revient de plus belle. Cette fois-ci, il y avait, en plus des problèmes habituels,  le chantage de sa belle-fille. Avant le mariage, cette dernière vivait seule, avec sa mère. Du coup, après le départ de la fille, la vieille ne peut pas rester esseulée. Désormais, aux difficultés de la vie de tous les jours, le policier tente d’imposer sa belle-mère. En possédant une arme, son chantage inexorable aboutit au bout de trois mois, soit en mars 1995. Devant une situation pouvant déboucher sur des actes forts regrettables, les villageois interviennent, à leur tour, pour trouver une solution. Lors des différentes assemblées de sages, les exigences du policier restent les mêmes : "Il doit prendre un étage à lui tout seul. Le reste de la famille, au nombre de sept, doit habiter le rez-de-chaussée, d’une surface inférieure à l’étage". La différence de surface se trouve dans le fait qu’au-dessus du patio, il y a une chambre. Au bout de tractations serrées, les sages persuadent le chef de famille de céder. A la fin de la réunion, un procès-verbal est rédigé pour immortaliser le partage. Il est signé par 15 personnes.

Cependant, au bout de deux ans, le père de famille, étant donné l’exiguïté dans laquelle se trouve sa famille décide de construire une autre maison. Les deux fils, encore sous son autorité, dorment ailleurs, chez des cousins notamment, pour laisser un peu plus d’espace. Ceci dit, après sept ans d’efforts, conjugués à une difficile cohabitation pour cause de la petitesse de l’appartement, la nouvelle maison, encore en chantier, est habitable. En effet, avant même que le carrelage soit posé, les sept membres de la famille décident de s’y installer. Cahin-caha, les travaux de finition donnent la forme à la nouvelle demeure. Mais la nouvelle situation de cette famille n’est pas du goût du policier. Il estime qu’il a été lésé. Du coup, il exige qu’un nouveau partage se refasse. Bien que le procès-verbal prouve le partage, il dit ne pas reconnaître ni document ni un autre avis. Le père, quant à lui, refuse de céder derechef à un nouveau chantage. Résultat des courses : depuis 2007, il est suspendu à la décision de la justice qui n’en a cure de ces problèmes. Et pourtant, le père ne manque pas d’initiative. A deux reprises, en 2007 et en 2008, il attira l’attention des autorités judiciaires sur cette affaire. Là aussi, ces démarches restent vaines.

Or, dans les pays qui se respectent, une telle affaire aurait-elle traîné autant ? Une justice au service du citoyen a pour préoccupation de résoudre ses problèmes. Hélas, ces choses n’arrivent qu’en Algérie. Mais quand la justice n’est pas au service du citoyen, le pays court  le risque de tomber en déliquescence.

Aït Benali Boubekeur

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25 septembre 2009 5 25 /09 /septembre /2009 17:18

imagesCAD34FLI.jpgA quelques jours de la séance plénière, au sénat français, pour examiner le texte de loi sur l’immigration, plusieurs voix s’élèvent en France pour manifester leur désaccord sur un point notamment, les tests ADN. En effet, un étranger qui désire ramener son enfant en France doit se soumettre à un test de paternité. Le député UMP, François Goulard, un chiraquien en rupture de banc avec le sarkozysme, s’interroge sur la disparité relative à l’application de la loi en France.  Pour lui, un étranger vivant en Hexagone devrait être soumis aux mêmes lois de la république.  Pourquoi, se demande-t-il alors, un français qui reconnait que tel enfant est le sien n’a pas besoin de prouver quoi que ce soit ? Il faut rappeler en effet que le texte ne concerne que les étrangers en situation régulière.
 
Par ailleurs, la fixation sur ce point inhérent au test ADN cache le reste du projet dont certains points ne peuvent soulever aucune interrogation. Avoir un logement décent, par exemple, pour recevoir les membres de sa famille ne pourrait pas trouver beaucoup de détracteurs. En revanche, le point cité plus haut parait inique du moment qu’il s’applique à une catégorie bien déterminée. Même les Européens de l’est qui arrivent par milliers en quête d’un travail ne seront pas soumis à cette loi. Autant dire franchement que celle-ci est destinée aux Africains.
Pour expliquer ce que dit le Code civil concernant la filiation, la spécialiste de droit de la santé, Dominique Thouvenin,  étaie son raisonnement en disant que cette dernière ne peut être régie que par le Code civil. Elle estime que le sujet en question relève de la coopération que la France entreprend avec les autres pays. Du moment que les pièces produites en France sont acceptées dans les autres pays, il n’est pas normal que ce ne soit pas réciproque.
Toutefois, bien que la France ne soit pas obligée de prendre pour vrai tous les documents qui émanent de l’étranger, il n’en demeure pas moins que c’est à l’Administration de prouver, après enquête s’il le faut,  la véracité ou l’authenticité des pièces fournies. Car dans le cas du projet rédigé par Thierry Mariani, il est signifié de façon sous-jacente que tout ce qui vient de l’extérieur est un faux.
 
Cependant, pour le rapporteur de la loi, il s’agit de faciliter la procédure aux personnes candidates à faire venir leurs familles. Il cite, pour exemple, la jeune femme mauritanienne qui attend depuis 8 ans  la venue de sa fille ; mais faute de pouvoir prouver qu’il s’agissait de la sienne, l’affaire n’est pas encore résolue. Par conséquent, par ce simple test, la fille qui poireaute en Mauritanie, depuis des années,  pourra rejoindre sa mère.
Philipe Val, directeur de Charlie hebdo, explique, quant à lui, que le texte est très contraignant et ne tend pas à régler les problèmes des étrangers. Ce qui prouve que l’immigration gène énormément c’est la célérité avec laquelle cette question était traitée.  Pour Claude Huriet, ancien sénateur, les textes liés à l’immigration mériteraient beaucoup plus de temps de réflexion et beaucoup de pondération. Il cite le cas d’un père qui décède dans un pays africain. Le frère, le cousin, le voisin prennent tout de suite en charge les orphelins et les considère comme ses fils, rajoute-t-il.
Dans ce cas, il semblerait que la loi ne soit pas en faveur de ces orphelins comme le prétend le rapporteur de la loi. C’est ainsi que la spécialiste de droit considère que la loi n’est pas un droit supplémentaire. Elle explique, in fine, que la loi considère l’étranger comme un fraudeur. Car jusqu’à ce que le test n’ait pas prouvé la filiation, les pièces présentées par l’étranger sont automatiquement fausses.
                        Par Ait Benali Boubekeur.   Le 25 septembre 2009

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16 mai 2009 6 16 /05 /mai /2009 14:27

benchicou.jpgLes amis d’Averroès et la librairie « la Renaissance » ont convié, hier,  l’auteur du  « Journal d’un homme libre », Mohamed Benchicou, à une conférence-débat autour de son livre. Le débat a été animé par le journaliste à l’Humanité, Alain Raynal, et le président des « Amis d’Averroès », Moncef Benouniche.

D’emblée Moncef  a décrit, de façon laconique, le parcours de Benchicou. Il a notamment mis en exergue les persécutions dont est victime le fondateur du matin. En effet, il a rappelé qu’il a été arrêté en 2004 non pas pour ces écrits, mais sous le chef d’inculpation de délinquant économique. Quant aux œuvres qu’il a publiées, a-t-il ajouté, elles sont au nombre de quatre. Publié en 2004, le livre « Bouteflika, une imposture algérienne » a été sévèrement critiqué par les proches du président. Benchicou a payé un lourd tribut puisqu’il a été arrêté en 2004 et condamné à deux ans de prisons fermes. Au sortir de la prison, a-t-il poursuivi, il a publié « Les geôles d’Alger, le combat du journaliste qui trempa sa plume dans la plaie ». Son troisième livre l’a intitulé « Je pardonnerai ». Et finalement, l’an dernier, Benchicou a publié « le journal d’un homme libre». Après cette présentation, la parole a été ensuite donnée à Benchicou.

L’auteur des geôles d’Alger a précisé que l’interdiction de son livre en Algérie est la preuve irréfutable de l’absence de la liberté dans son pays. Le régime attaque, à travers cette interdiction de publier un travail intellectuel, ce cher symbole, acquis après tant de sacrifices du peuple algérien. C’est aussi, a-t-il dit, l’accès à la lecture qui est remis en cause. Et ceux qui essayent de s’opposer à cette dérive sont tout bonnement punis par l’Etat. Benchicou a étayé son argument en citant le limogeage du directeur de la bibliothèque nationale. Désormais, la publication de livres en Algérie est soumise à la censure, a-t-il ajouté. La bibliothèque nationale, de l’avis de Benchicou, n’est rien d’autre qu’une officine de la police nationale. En plus de sa mission traditionnelle, elle est chargée de recueillir des informations sur les auteurs. Et si l’ouvrage était de nature à porter atteinte à l’image des dirigeants, elle devrait le signaler aux autorités supérieures. Pour preuve, il a donné l’exemple de l’interdiction de son livre avant qu’il ne paraisse. Bien que la ministre de la culture ait justifié ceci par l’apologie à la violence et à l’anti sémitisme, il en demeure pas moins que ces justifications sont infondées et ne sont, en aucun cas, suffisantes pour  interdire le livre.

Cependant, bien que le régime ait mené une campagne mensongère sur le contenu du livre, une partie de la société a refusé de baisser les bras. Pour l’auteur du journal d’un homme libre, les Algériens ont refusé à ce qu’on les prive d’un travail intellectuel fait spécialement pour eux. Du coup, il fallait trouver une solution pour contourner l’interdiction gouvernementale. Et il n’en existait pas mille. Partant, l’auteur a décidé de l’imprimer clandestinement. Toutefois, cette détermination à braver l’interdit n’était pas du goût des décideurs. Résultat des courses : trois libraires ont été arrêtés à Alger. Il s’en est suivi la saisine de tous les ouvrages étalés dans les points de vente. Ce procédé, selon Benchicou, est comparable aux autodafés pratiqués au XXème siècle. Ce qui a engendré en Europe, à ce moment-là, la montée du fascisme. En tout cas, le durcissement de la politique du régime ne vise qu’à régenter la société. Selon le fondateur du journal le matin, ce rapport d’autorité risque de créer un fossé grandissant avec la société. Et sans la vigilance de cette dernière, la confrontation serait inéluctable.

Concernant la relation du régime algérien avec le reste du monde, Benchicou estime que le régime, malgré la domination qu’il impose aux citoyens, n’arrive pas à se faire connaître à l’étranger. Bien qu’il jouisse d’une aura auprès des capitales occidentales, le régime est mal connu par les peuples de la planète. En échange de facilité des marchés, le régime bénéficie du soutien occidental. Ce qui l’a amené à dire qu’il n’existe en Algérie qu’un simulacre de république. Il existe un parlement, un sénat, a-t-il renchéri, mais ces institutions ne sont pas choisies librement par les Algériens. Elles sont imposées grâce à la complicité des puissances occidentales. Le régime français qui soutient indéfectiblement le régime algérien, selon Benchicou, a subi au moins deux phénomènes : le terrorisme et les harraga. Car il est difficile de retenir les jeunes à rester chez eux quand le régime de leur pays ne se préoccupe que de sa pérennité.  Il a terminé son exposé en souhait que les occidentaux aident les Algériens à bâtir une société démocratique.

La parole a été ensuite donnée à l’assistance pour interroger l’auteur sur le contenu de son livre et la situation politique de l’Algérie. Benchicou a répondu bien sûr à toutes les questions sans fard ni acrimonie.

Par Ait Benali Boubekeur.  Toulouse, 16 mai 2009

 

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26 avril 2009 7 26 /04 /avril /2009 10:17

images.jpgL’association toulousaine, AFRIKA31 (Association Franco-Imazighen de Kabylie) a célébré, hier, le 25 avril 2009, le double anniversaire printemps berbère et printemps noir. La célébration de cette date avec cinq jours de retard est due, selon la présidente de l’association, Zahia Amaouche, à l’indisponibilité de la salle. De plus, poursuit-elle, le 20 avril étant tombé au milieu de la semaine, ça serait difficile de rassembler beaucoup de monde. En tout cas, le but assigné par l’association à cet événement est de remémorer ce qui s’était réellement passé lors de ces deux événements. Ainsi, les nouvelles générations connaîtront l’histoire de leur pays en général et de leur région en particulier. Et dés 16 heures, l’association a commencé ses activités par une exposition sur tout ce qui est inhérent à la culture berbère. Ainsi, on peut voir entre autres des robes kabyles, des livres et coupures de journaux retraçant l’histoire de la Kabylie. Les artistes ne sont pas non plus oubliés puisqu’une exposition-vente de CD est aussi assurée.
L’association a invité, pour animer la conférence-débat, deux figures connues du mouvement culturel, Ramdane Achab et Gérard Lamari. Leur maitrise du sujet a permis indubitablement à l’assistance de comprendre les causes et le déroulement de ces événements. Le premier à se lancer est l’ancien détenu de ces événements, les fameux 24 arrêtés en 1980, Gérard Lamari. D’emblée, le conférencier a expliqué que les événements ne sont pas survenus ex nihilo. Bien que la société algérienne ait resté, un tant soit peu, en mouvement, il en demeure pas moins que le régime, dont la colonne vertébrale était la SM, était au faîte de sa puissance. Selon Gérard, le régime, à cette époque-là, n’hésitait pas à s’immiscer dans toutes les affaires de la société. Le régime interdisait même aux parents de donner des prénoms berbères à leurs enfants. Toutefois, le contrôle quasi-total de la société n’a pas empêché les gens de s’activer, selon Achab, à Alger et en Kabylie. Malgré la suppression de la chaire berbère à l’université d’Alger, les cours de tamazight ont continué à être dispensés par le grand écrivain et linguiste, Mouloud MAMMERI. L’académie berbère, créée dans les années 1970, a joué un rôle essentiel dans l’éveil des consciences. Elle envoyait, selon Achab, ces bulletins en Kabylie dés leur impression en France. Son travail consistait à faire connaître la vraie histoire de l’Algérie. C’est dans ces bulletins que les lecteurs ont appris la crise berbériste de l’hiver 1948-1949. Elle les a éclairés aussi sur les éliminations physiques des militants berbéristes dans les maquis lors de la guerre de libération.
Toutefois, il faut reconnaître que l’adhésion populaire n’était pas de nature à bousculer le socle du régime algérien. En effet, les moyens colossaux octroyés aux organisations proches du pouvoir ont permis à ces dernières d’occuper le terrain. Et la société qui tirait à hue et à dia a fait la connaissance, pour la première fois de son histoire, des comités autonomes de l’université de Tizi-Ouzou. Comme quoi il était possible de s’organiser en dehors des structures du pouvoir. Bien que la possession d’un tract non officiel soit passible de cinq ans d’emprisonnement, les comités autonomes ont bravé, avec courage et détermination, ces interdits. Dans leur programme figurait bien sûr la prise en charge de la culture berbère. Ils ont rejoint à cet effet les quelques chercheurs, MAMMERI, CHAKER et autres, qui travaillaient déjà sur ce thème. Ces derniers ont refusé tout bonnement de se résigner ou de baisser les bras malgré les mesures draconiennes prises par les autorités en vue de les soumettre. En vain. Fin 1979, Mouloud MAMMERI a publié un livre sur les poèmes kabyles anciens. Selon Gérard, qui était l’un des membres actifs des comités autonomes, les étudiants de Tizi-Ouzou l’ont convié à leur donner une conférence sur ses recherches et sur sa dernière publication. Hélas, le 10 mars, les autorités l’ont intercepté à l’entrée de la ville, DBK (Draa Ben Khedda). Du coup, la conférence à été ajournée. La conséquence de cette manœuvre machiavélique des autorités, les étudiants ont doublé leur mobilisation mais aussi leur vigilance. Pour la première fois depuis l’indépendance, une marche populaire a été organisée pour réclamer la liberté d’expression et le respect des libertés démocratiques. Bien que la manifestation ait été durement réprimée, la mobilisation n’a pas baissé d’un cran. Une autre marche a été organisée à Alger, le 8 avril, à l’initiative des comités autonomes. Là aussi, la marche a été réprimée. De leur retour à Tizi-Ouzou, les étudiants ont décidé d’occuper tous les espaces de la faculté. Pour les déloger, les autorités ont mobilisé leurs forces de répression. Ainsi, le 20 avril, à deux heures du matin, les étudiants ont été surpris, dans leur sommeil, par le bruit des bottes.
Par ailleurs, le principal enseignement qu’il faut tirer de ces événements, selon Achab, c’est l’ébranlement des bases du système sous l’empire du parti unique. La société qui observait un silence absolu sur la question berbère est devenue prolixe. Aidé par l’émigration, qui a joué un grand rôle, le mouvement a dépassé les frontières de l’Algérie pour atteindre le Maroc voisin. La presse, sous le parti unique, qui taxait les intellectuels kabyles revendiquant la cause berbère d’éléments formés à l’école française a trouvé désormais la région sur la même longueur d’onde que ces intellectuels. Dans les revendications du mouvement, les slogans ne se limitaient pas à la région. Ils avaient une portée nationale. Bien que la reconnaissance de la langue berbère ait occupé la première place, les autres revendications concernaient notamment la libération de la parole et la garantie des libertés démocratiques pour tous les Algériens.
Par ailleurs, les conférenciers n’ont pas oublié le printemps noir en rendant un grand hommage à leur sacrifice. Selon Gérard, ces événements sont la suite de non aboutissement des revendications du printemps berbère. Entre ces deux dates, il y avait quand même des réalisations énormes. La création de la première ligue des droits de l’homme en Algérie a été le fait de la mobilisation des militants de la cause berbère. Malheureusement, déplore-t-il, la lutte fratricide entre le FFS et le RCD a causé beaucoup de tort à la région. D’ailleurs, il ne voit aucun rapprochement possible entre ces deux formations. Leurs visions sont diamétralement opposées, a-t-il dit. Si le FFS était et est en rupture totale avec le pouvoir, le RCD a collaboré plusieurs fois avec le régime pour l’éradication de l’islamisme. En somme, il voit que l’espoir suscité par le mouvement citoyen a cédé la place, ces dernières années, à la désillusion. La démonstration du 14 juin 2001 à Alger a prouvé que la société a besoin de changement. En drainant plus de deux millions de manifestants, le mouvement a bénéficié d’une large crédibilité. Malheureusement, conclut-il, le mouvement n’a pas résisté à la pression des autorités. Je peux même dire que le mouvement est rangé ou fini, a-t-il clos son intervention.
La troisième partie de la soirée a été dédiée à la chanson. D’emblée, Boudjemaa AGRAW a tenu à rendre un grand hommage à Lounes MATOUB. Toute la salle a repris en chœur, avec AGRAW, l’hymne national version MATOUB. Après un petit discours, AGRAW a expliqué que le concert serait scindé en deux parties. Il a chanté, dans la première partie, des chansons engagées où l’espace de danse était absolument désert ; dans la seconde partie, il a carrément mis le feu à la salle. Avec le style qu’on lui connait, il est difficile de résister au champ magnétique qui nous attirait vers l’arène. La ville rose a décidé de rejoindre les autres villes françaises célébrant le printemps berbère. Il est difficile de dire que le trentième anniversaire ne sera pas fêté en grande pompe.
Par Ait Benali Boubekeur, 26 avril 2009, ALGERIA-WATCH 

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Publié par Ait Benali Boubekeur - dans Actualité
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