Par Said Radjef! Comment Si Salah, ce militant discipliné arraché de force par l’OS à ses chefs en Kabylie, qui cinq ans auparavant avait organisé et structuré le premier novembre 1954, en fournissant tous les papiers nécessaires aux principaux chefs de l’insurrection armée, en était-il arrivé à solliciter Boualem Bachagha et le cadi de Médéa , pour d’éventuelles négociations avec les autorités coloniales ? Et pourquoi de Gaulle, au même titre que les dirigeants de l’extérieur, en premier lieu Krim, Bentobal et Boussof, tenait-il à tout prix à la mort du colonel Si Salah, en dépêchant dans la wilaya III un commando corse d’élite ? Par la décision du colonel Si Salah de déposer les armes dans le cadre de la paix des braves, le général de Gaulle ne tenait-il pas l’occasion inespérée de montrer une bonne fois pour toutes au peuple algérien la cupidité et la vanité de la lutte armée qu’il venait d’engager contre l’occupation coloniale. Dans ce cas, pourquoi de Gaulle a-t-il agi de façon a préservé le moral de l’ALN et la confiance du peuple vis-à-vis des dirigeants de la révolution, alors qu’il disposait de tous les éléments pour assener le coup de grâce aux revendications indépendantistes du peuple algérien ? Ne savait-il pas ce qu’il faisait ?
La décision du colonel d’entamer des pourparlers avec l’ennemi, était-elle une décision personnelle ou une action concertée, dont les germes remontent à l’échec des réunions de Constantine et des Ait Yahia Moussa au cours desquelles les colonels de l’Intérieur avaient décidé de solder leurs comptes avec les dirigeants de l’Extérieur ?
Bien des mois avant de solliciter l’intervention de Boualem Bachagha et du cadi de Médéa, le colonel Si Salah avait fait part de ses intentions à tous les colonels de wilaya ainsi qu’à Krim, Boussof, Bentobal, Ferhat Abbas et Benyoucef Benkhedda. Quelques heures avant le vol qui devait le mener à l’Elysée, c’est la voiture du colonel Mathon accompagné du colonel Jaquin qui le déposa devant le PC du colonel Mohand Oulhadj aux Ait Imghour, alors commandant de la wilaya III…Tout le monde ou presque tout le monde était au courant de l’initiative de Si Salah. Pourquoi aucun colonel et aucun dirigeant n’a tenté de le dissuader et de lui montrer la vanité et les conséquences néfastes de son action ? Par les règlements internes qui régissent les structures de l’ALN, les trois « B », les colonels Mohand Oulhadj et Si Nacer avaient la prérogative de mettre aux arrêts ce colonel « indiscipliné ». Pourquoi ne l’ont-ils pas fait alors que sa décision allait jeter un discrédit sans précédent sur la lutte armée ? Pourquoi l’ont-ils encouragé dans son action ? Etaient-ils confiants en la réaction de de Gaulle ?
Pourquoi tant de silence sur l’affaire Si Salah, plus d’un demi siècle après ? Qui a peur ? Et pourquoi dans le cadre de cette affaire, de Gaulle avait prévenu son entourage immédiat que celui qui « parlera une fois n’aura plus l’occasion de parler une deuxième fois ? » Que cache au fait l’affaire Si Salah ?