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14 janvier 2019 1 14 /01 /janvier /2019 19:49

Jusqu’à nos jours, certains cercles essaient d’entretenir la confusion sur la marche historique du 2 janvier 1992. Et pourtant, son initiateur, feu Hocine Aït Ahmed, était d’une clarté absolue. Pour lui, « nous sommes des légalistes avant tout. Nous voulons donner la chance au processus électoral tout en sauvegardant la paix civile. » C’était donc le principal mot d’ordre.

En tout état de cause, bien que le parti soit attaché à la légalité, pour le FFS, le but de cette manifestation consistait à renvoyer dos à dos les extrémistes. Non à l’État policier et non à l’État intégriste était le slogan phare. Du coup, ceux qui disent que cette marche était une démonstration pour stopper le processus électoral –il faut rappeler que ces gens-là étaient les partisans de l’État policier – se trompent littéralement.

Toutefois, pour mieux comprendre cet engagement du FFS en faveur de la poursuite du processus électoral, il faudrait rafraichir les mémoires. Les premières élections législatives pluralistes étaient prévues au départ fin juin 1991. « En juin, c’était le FFS et le FLN réformé qui devaient passer », a répondu Hocine Aït Ahmed au quotidien d’Algérie du 24 et 25 janvier 1992.

Hélas, cette victoire gênait en haut lieu. Alors que la mobilisation du parti islamiste se réduisait comme une peau de chagrin, la violence provoquée par des inconnus à la place du 1er mai a eu raison du gouvernement réformateur, dirigé par Mouloud Hamrouche. La suite n’est qu’une exécution d’une partition préparée. « L’arrivée des intégristes au pouvoir c’est quoi ? C’est le premier ministre (Sid Ahmed Ghezali) qui a signé un accord avec le président de l’Assemblée nationale sur le mode du scrutin à deux tours qui les a amenés. Nous avons pourtant proposé la proportionnelle sur la base de chaque wilaya… Ces intégristes représentent à peine 23% de l’électorat. Ce n’est pas la République iranienne », a-t-il expliqué.

Pire encore, en réduisant le nombre de circonscriptions dans le centre et dans le sud du pays, le régime a tout fait pour favoriser la victoire du FIS le 26 décembre 1991. Mais, quand les règles ont été définies bien avant la joute, est-ce qu’il est républicain et démocratique de les changer en cours de la partie ? Il faut vraiment être putschiste pour étayer cette thèse.

Pour Hocine Aït Ahmed, malgré la victoire relative –188 sur 430 sièges au premier tour en faveur du parti islamiste –, l’espoir résidait dans le sursaut populaire. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le fondateur du FFS ne s’est pas trompé. Entre les deux tours, à l’appel du FFS, près d’un million de personnes ont répondu à l’appel de Hocine Aït Ahmed, le 2 janvier 1992.

En dépit de la panique qui s’est saisie d’une partie de l’opinion, cette démonstration  a prouvé que « l’espoir est permis », « la démocratie n’a pas perdu », et « la démocratie n’est pas perdue », pour reprendre les propres mots du charismatique chef historique de la révolution algérienne.

Hélas et au grand dam de l’Algérie, les planificateurs de l’enterrement de la démocratie ne voulaient pas renoncer à leur plan machiavélique. À partir d’un organisme consultatif, en l’occurrence le haut conseil de sécurité (HCS),  les putschistes ont maquillé leur coup d’État. Cela n’a pas échappé à l’observateur averti de la politique nationale. Pour Hocine Aït Ahmed, le HCS « n’est qu’un organisme consultatif et le fait de lui accorder une importance comme autorité, comme organe de décision, est anticonstitutionnel. Et une opération anticonstitutionnelle, ça s’appelle un coup d’État. »

Enfin, ce fait accompli a plongé le pays dans une guerre qui ne disait pas son nom. D’essence violente, le parti vainqueur aux élections n’avait ni l’envie ni la capacité de contenir sa frange extrémiste. De son côté, la partie conservatrice du régime a atteint son double objectif en éliminant dès juin 1991 le courant réformateur et en ramenant le courant extrémiste dès janvier 1992 sur son terrain de prédilection, la violence. Résultat des courses : depuis cette date, la parenthèse démocratique, au sens libéral du terme, est sévèrement refermée.

Aït Benali Boubekeur

 

   

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