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13 septembre 2017 3 13 /09 /septembre /2017 19:40

Après quatre ans de lutte, les dirigeants du FLN décident de créer un gouvernement provisoire, le 19 septembre 1958. Cette idée a germé depuis début 1957. Dans un rapport fort documenté, Hocine Aït Ahmed a préconisé la création d’un gouvernement d’unité nationale.

Bien que cette décision soit motivée par le souci de doter la révolution algérienne d’un organisme plus efficace, cette proposition est également motivée par le souci de surmonter la crise interne. En effet, depuis la tenue des assises de la Soummam, deux groupes s’opposent frontalement. Le premier a pour chef de file Abane Ramdane et le second Ahmed Ben Bella.

D’ailleurs, sans le rapt aérien de l’avion transportant la délégation extérieure, la révolution algérienne aurait implosé. Hélas, malgré son arrestation, Ahmed Ben Bella ne désarme pas. En réussissant à détacher quelques chevilles ouvrières du congrès de la Soummam des thèses qu’ils ont défendues une année plus tôt, la pire ligne politique l’emporte sur la ligne soummamienne.

En effet, une année après l’adoption des résolutions de la Soummam, les anciens alliés d’Abane Ramdane changent le fusil d’épaule. En réécrivant les deux principes phares de la plateforme de la Soummam, les hommes forts du CCE (comité de coordination et d’exécution), en l’occurrence les 3B, détruisent les assises républicaines de la révolution. Le second CCE s’en charge du reste en réduisant les institutions provisoires à un rôle médiocre.

Au moment des grandes décisions, le sort est malheureusement scellé. A l’opposé, si la proposition de Hocine Aït Ahmed avait été retenue dès le début de l’année 1957, la révolution aurait poursuivi son cheminement normal. Il n’en est rien. En décembre 1957, les 3B commettent l’une des fautes aux conséquences désastreuses : l’assassinat de l’architecte du congrès de la Soummam, Abane Ramdane.

De toute évidence, deux ans après le congrès de la Soummam et une année et demi après la proposition Hocine Aït Ahmed de former le gouvernement provisoire, la révolution algérienne change littéralement de visage. Et pour cause ! La formation du GPRA, le 19 septembre 1958, se fait sans la convocation de l’organisme censé lui donner naissance, le CNRA (conseil national de la révolution algérienne).

Décrivant cet épisode dans ses mémoires « pour l’indépendance de l’Algérie : mission accomplie », Saad Dahlab relate : « Il est à signaler que le premier GPRA n’a pas été désigné par le CNRA. C’est le CCE qui s’est transformé d’autorité en gouvernement provisoire. » Revenant sur la répartition des tâches, il poursuit : « Krim pensait naturellement présider ce gouvernement. Mais Boussouf et Ben Tobbal s’y opposaient. On nous a dit que les cinq membres du 2eme CCE emprisonnés opposaient leur véto à la désignation du Dr Lamine Debaghine. On se mit d’accord sur Ferhat Abbas qui était représentatif et ne concurrençait personne. »

Cela dit, malgré le piétinement de statuts, le GPRA accomplira, de sa création jusqu’au cessez-le-feu, un travail formidable. Le caractère autoritaire des 3B ne découragera pas les meilleures volontés de contribuer efficacement à l’œuvre de l’indépendance.

Malheureusement pour l’Algérie, cette histoire va lui coller à la peau. En 1962, l’organisme qui succède au GPRA, en l’occurrence le BP (bureau politique), ne bénéficie d’aucun vote du CNRA. D’où la question énigmatique suivante : comment se fait-il que des révolutionnaires chevronnés aient pu vaincre la grande puissance coloniale, mais ils sont incapables de mettre en place des organismes légaux ? Répondre à cette question, c’est avoir le début d’explication à la crise politique postindépendance.

Aït Benali Boubekeur   

 

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Publié par Ait Benali Boubekeur - dans Actualité
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  • Je consacre beaucoup de mon temps libre à la recherche de la vérité sur le mouvement national.
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