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5 août 2017 6 05 /08 /août /2017 08:06

Quatrième partie : ouverture et fermeture de la parenthèse démocratique.

Née par effraction, la démocratie algérienne balbutie dès sa naissance. Pour Hocine Aït Ahmed, la mission des partis n’est pas une sinécure. Dans sa première déclaration à la télévision nationale, il souhaite que « le processus démocratique se redresse et s’amplifie jusqu’à ce qu’il ait atteint un point de non-retour. »

Malgré l’enthousiasme de la population qui accueille le héros de la révolution algérienne, un certain 15 décembre 1989, force est de reconnaître que les conditions de la pratique démocratique sont loin d’être réunies. En effet, alors que la logique institutionnelle recommande que le premier chantier soit le renouvellement du pouvoir législatif –dans l’idéal, il fallait reprendre le jeu politique là où il s’est arrêté en 1963 –, le pouvoir propose le renouvellement des Assemblées locales. Pire encore, la loi du 1er avril 1990 prive les maires de toutes prérogatives.

Sentant la manigance, Hocine Aït Ahmed appelle au boycottage des élections locales du 12 juin 1990. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’histoire, quelques années plus tard, donnera raison à Si Lhocine. En effet, à en croire l’enfant sulfureux du système, Sid Ahmed Ghozali, des hauts responsables lui ont expliqué leur démarche machiavélique en ces termes : les APC étant déficitaires, il fallait les confier à l’opposition pour qu’elle se casse les dents.

Mais, quand il s’agit du scrutin législatif, le FFS manifeste aussitôt sa volonté d’y prendre part. Par ailleurs, bien que l’opinion publique retienne le calendrier électoral de décembre 1991, les premières législatives sont prévues au départ six mois plus tôt, c’est-à-dire en juin 1991. À ces élections, toutes les prévisions donnent la victoire à l’alliance FFS (Hocine Aït Ahmed) et FLN réformateur (Mouloud Hamrouche et Abdelhamid Mehri). Favorisée par un découpage électoral certes injuste, cette alliance républicaine aurait pu isoler le courant islamiste, dont le poids électoral ne dépassant pas le quart de l’électorat.

Or, certains militaires politisés voient dans cette alliance un grand danger. Encouragés par un Majlis Echourra –sorte de conseil national –largement infiltré, à en croire les propos de Hocine Aït Ahmed lors d’une conférence-débat, tenue en mars 2009, à Genève, les chefs de l’ex-FIS appellent à une grève insurrectionnelle. Bien que l’impact de la grève soit limité, le cercle le plus conservateur du régime ne cesse de manœuvrer jusqu’à ce qu’il obtienne le départ du gouvernement Hamrouche, le 5 juin 1991.

À partir de cette date, les choses s’accélèrent. Le successeur de Hamrouche accède à toutes les demandes des responsables de l’ex-FIS. Résumant cette période en quelques phrases, Hocine Aït Ahmed affirme : « l’arrivée des intégristes au pouvoir, c’est quoi ? C’est le premier ministre (Sid Ahmed Ghozali) qui a signé un accord avec le président de l’Assemblée nationale sur le mode du scrutin à deux tours qui les a amenés. » En revoyant le découpage électoral de fond en comble de sorte à favoriser les régions à ancrage islamiste, le pouvoir remet, par ricochet, les clés de l’Assemblée au parti islamiste.

Hélas, ce qu’ignore le citoyen lambda, c’est que les enjeux sont ailleurs. Le fameux plan B, dont a parlé le général Nezzar en décembre 1990, est probablement la clé qui pourrait expliquer l’issue de cette échéance. Ainsi, lorsque le résultat du premier tour des élections législatives du 26 décembre 1991 est rendu public, le plan B devient inéluctable. En comptant sur le ralliement de toute la classe politique, le général Nezzar ne s’attend à ce qu’il trouve devant lui un os nommé Hocine Aït Ahmed. « J’ai rencontré Khaled Nezzar après la victoire du FIS. Je lui ai dit qu’il fallait, dans un premier temps, aller au deuxième tour qui va se dérouler dans la ferveur. Vous allez voir, les Algériens, dès qu’ils voient d’une manière concrète le danger, vont s’engager », raconte-t-il.

Fidèle à ses convictions de démocrate, Hocine Aït Ahmed refuse donc tout marchandage. Et c’est probablement de là qu’est née la haine de Nezzar envers lui. On se rappelle que lors du décès du dernier chef historique, tout le peuple algérien a salué sa mémoire à l’exception de Khaled Nezzar.

En tout cas, en ce début de l’année 1992, la préoccupation principale de Hocine Aït Ahmed est d’éviter au pays une effusion de sang. Bien que les jeux soient déjà faits, il appelle, tout de même, à la marche de l’espoir –une grandiose manifestation rassemblant plus d’un million de personnes à Alger –, le 2 janvier 1992. Pour lui, « l’espoir est encore permis et la démocratie n’a pas perdu. » Hélas, ce message ne change rien. Le coup d’État a bien lieu le 11 janvier 1992. Avec ce coup de force, c’est la parenthèse démocratique qui se referme.

Enfin, après la suspension du processus démocratique, l’activité politique du FFS se résume à trouver la solution à la crise politique. À ce titre, plusieurs initiatives sont prises par Hocine Aït Ahmed. On peut en citer au moins trois. À de Si Lhocine, en janvier 1995, les principaux partis algériens se réunissent à Rome en vue de proposer une sortie de crise. Pour rappel, cette initiative est rejetée dans le fond et dans la forme par le régime. En 1999, le régime s’inspire de la plateforme de Sant Egidio, mais il la vide au préalable de toute sa consistance. En 2007, l’initiative des trois (Hocine Aït Ahmed, Mouloud Hamrouche et Abdelhamid Mehri) bute sur la surdité du pouvoir et des autres partis soi-disant démocratiques. Depuis 2013, le FFS propose la reconstruction du consensus national. Là aussi, la proposition est combattue par le régime et ses acolytes. Mais, quoiqu’il arrive et malgré la disparition du chef historique et fondateur du FFS, le parti va continuer à travailler pour que l’Algérie retrouve sa stabilité politique.

Aït Benali Boubekeur

 

 

  

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Publié par Ait Benali Boubekeur - dans Actualité
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mellah hocine 06/08/2017 17:38

Merci , Mr AIT BENALI de nous avoir retracé ce long et périlleux chemin d'un parti qui a toujours marqué de son empreinte ce paysage aigri de la politique Algérienne. En parcourant ces quatre parties, le lecteur a compris ce que feu Hocine AIT AHMED a voulu imprimer à cet espace politique qui souffre de ses gouvernants. Depuis, 1963, le FFS tente de faire battre ce cœur d'une Algérie meurtrie et malmenée par ceux là, mêmes, qui se sont érigés en maître des lieux , en lieu et place du colonialisme. Hocine AIT AHMED et le FFS ont tenté , durant toute cette période , somme tout à fait courte pour la vie d'un pays, de remettre le train de la démocratie sur les rails, mais la résistance et la négation du pouvoir, qui contrôle tout, absolument tout, ont toujours eu raison des propositions de sortie de crise . De cette véritable aventure , je retiendrais que le peuple Algérien s'est laissé embarquer , naïvement, dans un vaisseau sans gouvernail et sans voile qui vogue hasardeusement sur un océan plein d’écueils . A chaque étape , de ce tumultueux voyage, le FFS tente de redresser la barre , mais ce peuple ne veut pas , la dépolitisation et la déculturation sont passées par là, écouter et ne veut pas suivre un parti dont les fondements sont : le droit au peuple d'avoir ses droits. Allez y comprendre ce comportement suicidaire. Mais je suis persuadé, que tôt ou tard, que votre récit sur la V e partie sera l'aboutissement de ce long combat. Encore Merci.

Ait Benali Boubekeur 07/08/2017 09:10

Merci aussi à vous d'avoir enrichi ce débat

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