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31 juillet 2017 1 31 /07 /juillet /2017 18:45

Deuxième partie : vers la naissance du FFS

Malgré la toute-puissance de l’exécutif incarné par le duo Ben Bella-Boumediene, l’Assemblée nationale constituante (ANC) est court-circuitée. En effet, à côté du projet constitutionnel que prépare l’ANC, Ben Bella charge une équipe « d’experts » en vue d’élaborer le texte fondamental.

Le premier à réagir à cet abus de pouvoir, c’est l’homme de conviction, Hocine Aït Ahmed. « Après avoir critiqué, le 2 juillet 1963, la politique de la dictature personnelle de Ben Bella, un homme tout puissant, aveugle et buté, Aït Ahmed traite de monstre constitutionnel le projet de constitution approuvé par les cadres du FLN et exhorte les citoyens réfléchis à dire non au régime chaotique de la médiocrité, de l’improvisation et de l’arbitraire », écrit l’auteur de la « question berbère », Amar Ouredane.

À partir de cet instant, la rupture semble inéluctable entre l’exécutif et l’opposition. Cela dit, bien qu’il soit amené à jouer un rôle de premier ordre, force est de reconnaître que Hocine Aït Ahmed doit se démener d’abord à créer un courant de l’opposition unifié. En effet, deux visions s’affrontent au sein de l’opposition.  D’un côté, il y a le projet politique d’opposition incarné par Hocine Aït Ahmed et de l’autre côté, le projet de renversement du régime par la force, incarné par l’UDRS (union pour la défense de la révolution socialiste), regroupant Krim Belkacem, Ali Yahia Abdenour, Mohand Oulhadj, etc.

En tout cas, s’il y a une seule incohérence dans le projet de l’UDRS, c’est évidemment l’objectif qu’elle s’est fixé. En effet, l’UDRS prévoit de lancer une attaque rapide sur Alger en vue de renverse le régime et s’engage à ne pas mener aucune action militaire en Kabylie. Avec quel effectif ?  Elle compte mobiliser la VIIème région militaire (ex wilaya III). Hélas, l’histoire a toujours prouvé que les terrains de combat ne se décrétaient pas. (Je reviendrai plus loin sur cet épisode).

Pour revenir au contexte politique du mois de juillet 1963, le choix de la base –bien qu’il soit cornélien –penche vers la solution de Hocine Aït Ahmed. Et c’est ainsi que le 29 septembre 1963 l’alliance de plusieurs courants de l’opposition donne naissance au Front des forces socialistes. Dans leur déclaration, les acteurs politiques s’engagent à « mettre en œuvre tous les moyens dont il dispose pour arrêter net ce processus de fascisation, de mettre fin au pouvoir dictatorial et au régime personnel… »

Hélas, la seule réponse du régime à l’annonce de la création du FFS consiste à envoyer la troupe en vue de neutraliser le parti. Ainsi, dès le 3 octobre 1963, l’ANP, sous les ordres de Houari Boumediene, se lance dans une guerre impitoyable contre les militants politiques de l’opposition. Saisissant également cette occasion, Ahmed Ben Bella suspend toutes les institutions et s’arroge, par la même occasion, les pleins pouvoirs.

Enfin, pour revenir à l’histoire de l’UDRS, il est évident que la stratégie de ses fondateurs ne tient pas la route. Car, s’il y a un conflit armé, personne ne peut fixer, à lui tout seul, le terrain des combats. En plus, après la neutralisation des wilayas historiques lors de la crise de l’été 1962, les capacités militaires de l’ANP dépassent largement celles de la VIIème région militaire. Et encore, faut-il que les soldats de la région acceptent de faire une guerre insensée. Pour clore ce sujet, le projet de l’UDRS n’est pas sérieux, car, à l’exception de Krim Belkacem,  ses membres fondateurs sont les premiers à rejoindre le régime du duo Ben Bella-Boumediene, un mois après le début des hostilités. Quant au FFS, malgré les rudes épreuves, la résilience est définitivement intégrée dans son vocabulaire.

Suite …

  

 

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Publié par Ait Benali Boubekeur - dans Actualité
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mellah hocine 01/08/2017 13:40

Hocine AIT AHMED , en homme averti et rompu par toutes les péripéties de la guerre de libération , a pu convaincre l'ensemble des militants que le recours à la destitution des principaux " maîtres" d'Alger ne peut qu'engendrer des pertes humaines. Notre pays venait de sortir d'une guerre atroce et ce n'est guère , de cette façon , que des "démocrates" puissent prendre le pouvoir. Et même si cette option était adoptée , ce qui est contraire aux principes démocratiques, avec quel effectif pourront ils s'attaquer à cette force très bien équipée. Pour Hocine AIT AHMED le recours à la violence est contraire aux règles de la démocratie. La création d'une force politique reste un projet de formation du peuple qui n'a connu , jusque là, que les affres de la guerre. Le projet politique du FFS devrait être une voie pour enraciner , dans ce pays, une démarche de dialogue, de communication et de respect des différents courants politiques. Malheureusement l'entêtement des dirigeants de l'époque nous mène vers une restriction des libertés, une absence totale de dialogue et une unicité de pensée. Soixante cinq ans après, ce pouvoir persiste dans ses visions de directives et iniques.

Ait Benali Boubekeur 01/08/2017 20:50

J'ai rappelé cet épisode pour dire à ceux qui réduisent le combat du FFS au conflit armé que l'histoire du FFS est politique. Quand on fait de la politique, on cherche pas la violence. Hélas, l'histoire est falsifiée

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