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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 22:37

L’assassinat de Larbi Ben Mhidi, le 4 mars 1957, représente un vrai tournant de la révolution algérienne. En effet, malgré sa modestie légendaire, le président du congrès de la Soummam est l’un des principaux fédérateurs des courants intérieurs de la révolution.

D’ailleurs, dès sa neutralisation –son arrestation se situe vers le 25 février 1957 –, les tensions surgissent au sein du comité de coordination et d’exécution (CCE). En dépit des efforts d’Abane Ramdane de veiller sur la place du politique au sein des institutions révolutionnaires, le départ du CCE vers l’Extérieur complique gravement sa tâche.

Hélas, le hasard a fait que les deux pièces maitresses du CCE et, par ricochet, de la révolution algérienne meurent par strangulation. Depuis l’apparition du livre du général tortionnaire, Paul Aussaresses, on en sait davantage sur les circonstances inhumaines de ce lâche assassinat.

Quoi qu’il en soit, bien qu’il soit difficile de faire admettre aux défenseurs de la colonisation l’existence des pratiques inhumaines dont sont victimes les « indigènes », le témoignage de Paul Aussaresses révèle la barbarie des promoteurs zélés de la colonisation et surtout l’absence, voire l’inexistence de toute référence aux droits de l’homme dans le règlement des conflits.

Sinon comment expliquer que les lois de la guerre ne s’appliquent pas au prisonnier Larbi Ben Mhidi ? Bien que son statut de chef révolutionnaire puisse provoquer la panique des autorités coloniales, une autorité qui respecte les droits de l’Homme ne recourt pas à l’assassinat.

En fait, à en croire le général tortionnaire, dès les premiers jours de l’arrestation de Larbi Ben Mhidi, des personnalités judiciaires haut placées cherchent à le liquider. Pour étayer son propos, il cite le juge Bérard. « Ce juge d’instruction, on s’en souvient, avait pour mission de tenir le cabinet de François Mitterrand, le garde des Sceaux, directement informé de ce que nous faisions, sans avoir à passer par le parquet », écrit-il.

Ainsi, pour se débarrasser du chef historique du FLN, le juge propose, de façon à peine voilée, à Paul Aussaresses d’empoisonner le prisonnier. Alors qu’une quantité infime de cyanure est mortelle, le chef tortionnaire s’en procure, sans difficulté, dans une pharmacie algéroise, une bouteille de 75cl.

Finalement, le tortionnaire opte pour une méthode plus dégradante et plus inhumaine. Dans la nuit du 3 au 4 mars 1957, Larbi Ben Mhidi est entraîné dans une ferme isolée à une vingtaine de kilomètres d’Alger. « Une fois dans la pièce, avec l’aide de mes gradés, nous avons empoigné Ben Mhidi et nous l’avons pendu, d’une manière qui puisse laisser penser à un suicide », avoue, sans honte bue, le général tortionnaire.

Enfin, pour maquiller cet assassinat, le tortionnaire doit convaincre l’autorité judiciaire de sa bonne foi. Et comme le hasard fait bien les choses, son interlocuteur n’est autre que le juge Bérad, cité précédemment.

Pendant longtemps, cette affaire est classée comme un suicide. Sans vouloir remettre une couche sur la polémique provoquée par les propos d’Emmanuel Macron, on se demande qui de Ben Mhidi ou de Paul Aussaresses est le plus barbare. Pire encore, un tortionnaire peut-il accomplir une mission de civilisation ? C’est sans doute aux historiens qu’incombe la mission de répondre et non pas aux politiques dont l’intérêt ne dépasse pas la période électorale.

Aït Benali Boubekeur  

 

    

 

  

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Publié par Ait Benali Boubekeur - dans Histoire
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mellah hocine 04/03/2017 20:07

Seule l'histoire retiendra et révélera, un jour, les conditions dans lesquelles les grands hommes de la révolution Algérienne furent liquidés.
Jusqu'en 2007, c'est à dire après cinquante ans , les circonstances exactes de la mort de Larbi Ben M'Hidi, restent controversées. La thèse officielle présentée à l'époque par l'armée française - le suicide - n'a jamais été démentie par la France. Malheureusement, la vérité sort de la bouche du tortionnaire lui-même Le général Paul Aussaresses qui est revenu dans un entretien au Monde, sur cette mise à mort déjà évoquée dans son livre (Services spéciaux, Algérie 1955-1957), et révèle les derniers instants du chef FLN. Arrêté par les parachutistes à la mi-février 1957, Larbi Ben M'Hidi a été exécuté, mais n'a pas été torturé. Cet homme originaire du Constantinois, alors âgé de 34 ans, a même été traité avec égards par le général Bigeard (colonel à l'époque), qui ne désespérait pas de le rallier à la France. Peine perdue. Le 3 mars, Bigeard se résout à abandonner son prisonnier au "commandant O", alias Paul Aussaresses. Dans la nuit du 3 au 4 mars 1957, Larbi Ben M'Hidi est donc emmené, en jeep, à vive allure, vers la Mitidja, conduit dans une ferme désaffectée d'un colon extrémiste.. Il sait ce qui l'attend. Un peu plus tôt, un groupe de parachutistes lui a rendu les honneurs, sur ordre du colonel Bigeard. On le fait attendre à l'écart. Pendant ce temps, Aussaresses et ses hommes, six au total, préparent l'exécution. Il est un peu plus de minuit quand on introduit le chef FLN dans la pièce. Un parachutiste s'approche pour lui mettre un bandeau sur les yeux. Larbi Ben M'Hidi refuse. "C'est un ordre !", réplique le préposé à la tâche. Larbi Ben M'Hidi rétorque alors : "Je suis moi-même colonel de l'ALN , je sais ce que sont les ordres !" Ce seront ses dernières paroles. Le "commandant O" refuse d'accéder à sa requête. Larbi Ben M'Hidi, les yeux bandés, ne dira plus rien jusqu'à la fin. Pour le pendre, les bourreaux vont s'y prendre à deux fois. La première fois, la corde se casse. Dans cette précision révélée par Aussaresses, Drifa Ben M'Hidi, la sœur du supplicié, dira trouver du réconfort. C'est à ses yeux "le signe d'une intervention divine".
Le journal du Parti communiste français, L’Humanité, écrivait déjà dans son édition du 26 mars 1957 : "Il y a deux semaines on apprenait d’Alger que Ben M’hidi avait été trouvé pendu dans sa cellule. Un communiqué de police n’expliquait pas comment, mains et pieds attachés par des menottes, il avait pu déchirer sa chemise, tresser un lien et se le passer autour du cou". Comme L’Humanité, le peuple algérien savait mais il se trouve que ce mensonge grossier du suicide trouve, y compris des décennies plus tard, des personnalités et pas des moindres qui écriront que Ben M’hidi lors de son interrogatoire aurait déclaré : "Nous sommes en pleine guerre…Oui j’aimerais mourir avant la fin", et prêtaient comme d’autres le flanc au mensonge.
Larbi Ben M'Hidi, c'est Aussaresses qui l'a pendu, a vérifié qu'il était mort, avant de faire porter le cadavre à l'hôpital. Boumendjel, c'est lui, Aussaresses, qui ordonne à l'un de ses lieutenants de le jeter dans le vide du haut d'un 6e étage. Il ne fallait surtout pas, explique-t-il, que ces combattants nationalistes soient jugés par un tribunal - dans les règles donc -, ce qui " aurait entraîné des répercussions internationales ",
Aujourd'hui, Emmanuel Macron, candidat à la présidentielle Française déclara que la colonisation était « un crime contre l'humanité » et que la France devait présenter des excuses.

Ait Benali Boubekeur 05/03/2017 10:12

Encore une fois, vous complétez merveilleusement mes notes. Je suis tres ravi, Mr Mellah. Merci beaucoup

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  • : L’école algérienne ne s’est pas attelée, en ce qui concerne l’enseignement de l’histoire, à la transmission du savoir. L’idéologisation de l’école l’a emporté sur les impératifs de la formation. Or, les concepteurs de ces programmes préfèrent envoyer leurs enfants dans des écoles occidentales.
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  • Je consacre beaucoup de mon temps libre à la recherche de la vérité sur le mouvement national.
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